«Des fabrications»: Jean Larose se défend

« Ce n'est jamais arrivé. C'est impossible. Comment je... (Photo Martin Chamberland, Archives La Presse)

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« Ce n'est jamais arrivé. C'est impossible. Comment je pourrais faire une chose pareille ? Incroyable ! » En plus de 30 ans de carrière, Jean Larose (ici en 1998) dit n'avoir jamais agi de la sorte avec quiconque.

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Jean Larose qualifie de « fabrications », résultant d'une « haine organisée en groupe » les allégations d'abus de pouvoir, d'inconduites sexuelles et de conflit d'intérêts avancées par d'ex-étudiantes.

« Je n'ai jamais fait usage de pression, de chantage, de quelque procédé ou manoeuvre psychologique pour forcer le consentement de personnes vulnérables. »

M. Larose nie catégoriquement avoir embrassé, caressé et tenté d'allonger sur le canapé de son bureau une étudiante, qu'il connaissait à peine, invitée à poursuivre la discussion avec lui après un cours. « Ce n'est jamais arrivé. C'est impossible. Comment je pourrais faire une chose pareille ? Incroyable ! »

En plus de 30 ans de carrière, M. Larose dit n'avoir jamais agi de la sorte avec quiconque. « En plus, j'aurais fait ça avec quelqu'un que je ne connaissais pas bien ? Vous vous rendez compte ? »

M. Larose reconnaît toutefois avoir déjà posé un geste à l'endroit d'Hélène Laforest, l'ex-étudiante qui a déposé une plainte contre lui à l'automne 2010. Mais il estime que le contexte pouvait lui laisser croire que ce geste « unique », posé alors que l'étudiante était dans son bureau, était désiré. « J'ai essayé de la toucher au sexe. Et là, elle a reculé. J'ai reculé. Et ça s'est arrêté. Ça doit être ce qu'on appelle une avance sexuelle non désirée. Mais une avance sexuelle non désirée... »

« Si on essaie d'embrasser une femme et qu'elle refuse, voilà une avance sexuelle non désirée. Si j'insiste et que je recommence, là, ça devient du harcèlement. Et c'est ce qui n'a pas eu lieu. »

M. Larose nie avoir demandé à Mme Laforest de se déshabiller ou avoir posé tout autre geste déplacé en sa présence. Le fait d'avoir suspendu le mentorat qu'il avait d'abord proposé à l'étudiante n'a rien à voir avec les reproches qu'elle lui a faits, soutient-il. Il croit plutôt que la jeune femme, qui avait une ambition d'écriture, est devenue « très désagréable, très agressive » le jour où il lui a dit qu'elle en avait encore pour longtemps avant de pouvoir publier. « Je lui ai dit qu'elle était un être de ressentiment. »

M. Larose souligne que, après enquête, auditions par le comité de discipline et examen d'une longue correspondance par courriel entre lui et la plaignante, la plainte déposée contre lui a été rejetée. « J'ai été assez con pour faire ça. J'ai été blanchi à cause du contexte. » Le Service de police de la Ville de Montréal est arrivé à la même conclusion, ajoute-t-il. « Il n'y a pas eu d'autres gestes, il n'y a pas eu d'autres plaintes. Il n'y en a jamais eu avec personne d'autre. »

Le professeur dit s'être défendu devant le comité de discipline de l'université en invoquant la longue correspondance que la plaignante avait elle-même déposée en preuve. « J'étais très content qu'elle le fasse parce que ça montrait comment ça s'était passé précisément et que le geste qu'elle me reprochait - je parle d'un geste unique qui n'a pas été poursuivi - était pris dans un contexte. C'était un contexte de familiarité sur les choses sexuelles qui donnait au geste que j'avais posé, sinon une justification, du moins une vraisemblance, une explication. »

Le professeur à la retraite s'est dit stupéfait d'apprendre que son dossier était considéré par le recteur comme un cas exemplaire du système qui a mal fonctionné. Il se rappelle toutefois que, dans le jugement rendu par le comité de discipline, il y avait une réflexion en ce sens. « On disait qu'étant donné qu'il n'y avait pas de code d'éthique qui avait été adopté à l'Université de Montréal, un certain nombre de choses qui étaient reprochées ne pouvaient pas être prises en compte. »

«  J'ai toujours eu le plus grand respect pour les femmes en général », soutient-il.

« Le langage emprunté pour me décrire fait que je deviens un Weinstein de l'université. Je deviens un monstre, un Barbe-Bleue. C'est la preuve que ce sont des inventions, des fabrications. »

Selon M. Larose, ces allégations découlent d'une « vieille rivalité littéraire » avec l'écrivain Yvon Rivard, conjoint de Mélissa Grégoire, une des ex-étudiantes avec qui il a eu une relation intime et qui, selon lui, ne lui a jamais pardonné de ne pas l'aimer. Rivard est aussi l'auteur de l'essai Aimer, enseigner (Boréal, 2012), un livre, récompensé par le Prix du Gouverneur général, où il dénonce la « prédation sexuelle » pratiquée par des professeurs.

« Avec ce que vous m'apprenez, je m'aperçois que cette femme et ses amies, armées des thèses de Rivard, profitent de la vague #moiaussi pour assouvir contre moi une vengeance qui n'a rien à voir avec l'abus, le harcèlement ou l'agression sexuels. » [Les trois ex-étudiantes citées au début de notre enquête ne se connaissaient pas avant que Jean Larose ne soit dénoncé dans la foulée de #moiaussi, l'automne dernier.]

M. Larose estime que la lecture que l'on fait de son texte de Spirale « À corps perdu, corps défendant » - en y voyant un discours pour justifier pédagogiquement l'abus - est erronée. « Quelle folie - ou quelle malhonnêteté ? »

Selon lui, il s'agit là d'une « interprétation à contresens », dans le but de l'incriminer, issue du livre Aimer, enseigner d'Yvon Rivard. Il croit que Mélissa Grégoire est la muse des thèses de Rivard à son sujet. « C'est également dans ce livre que se trouvent développées les thèses de mon "abus de pouvoir érigé en système", de mon "exploitation de jeunes gens vulnérables", etc. »

L'article de Spirale est un « essai littéraire », dit-il, et « nullement l'exposé d'un programme pédagogique de la connaissance par le sexe ». « C'est même le contraire : j'approuve, du début à la fin, l'opinion de Socrate, selon qui, si le désir est normal entre maître et disciple, le fait de céder à ce désir ne peut que nuire à la transmission de la connaissance. »

M. Larose nous a invitée à consulter l'écrivaine Ginette Michaud et le philosophe Georges Leroux, qui faisaient partie du conseil d'administration de Spirale en 2005, afin de voir si l'interprétation incriminante de son texte avait « le moindre bon sens ».

« Si je trouve l'argumentation de ce texte, démesurément long, souvent confuse et maladroite, je n'y vois rien qui justifie l'"abus" du maître, bien au contraire », dit Ginette Michaud.

« Jean Larose milite explicitement contre le recours non seulement programmé, mais explicite à la relation sexuelle dans un lien pédagogique. Il dit au contraire qu'elle est destructrice de la sublimation, c'est-à dire qu'elle empêche les jeunes de sublimer leur idéal », a renchéri M. Leroux.

Grand ami de Jean Larose, M. Leroux voit en lui l'intellectuel le plus brillant de sa génération. N'ayant pas eu connaissance des allégations qui contredisent cette lecture du texte de Spirale, il n'a pas souhaité les commenter.

Yvon Rivard persiste et signe

L'auteur Yvon Rivard se défend d'avoir fait une lecture à contresens du texte de Larose « À corps perdu, corps défendant » (Spirale, 2005), qu'il analyse dans son essai Aimer, enseigner (Boréal, 2012). « Après avoir avoué, dans ce texte, qu'enfant il a été violé par un prêtre, et reconnu que "huit ou neuf adultes ont vaguement couché avec lui quand il était mineur", Larose écrit qu'il n'est "pas sûr qu'il soit toujours mauvais pour un mineur de se laisser aimer par un adulte" et se demande "si nous devons vraiment regretter l'ancien étudiant qui après tout était un attardé sexuel, en bonne voie de névrose obsessionnelle". Si j'ai mal lu ce texte qui salue "une nouvelle culture sans sublimation" et "le maître vagissant dans le trou qu'il fait au disciple", pourquoi Larose, polémiste redoutable, n'a-t-il pas corrigé mon interprétation, dans laquelle je n'ai jamais dit que l'auteur était lui-même un "prédateur sexuel" ? »

Rivard remarque que Larose a, dix ans plus tard, publié une version différente de ce texte dans son recueil Google goulag (Boréal, 2015). Les citations controversées avaient disparu. « Pourquoi a-t-il expurgé son texte des éléments incriminants quand il le reprend dans Google goulag, où il dénonce tout à coup la "révolution libidinale universelle" ? »

L'auteur précise finalement que « les "muses" qui ont inspiré Aimer, enseigner sont plus nombreuses qu'il [Larose] le croit ».




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