Quel est leur remède pour la santé?

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Quatre partis, quatre candidats qui promettent d'améliorer le système de santé et d'améliorer l'accès aux soins pour les Québécois en quête d'un médecin de famille.

Enjeu majeur des campagnes électorales, la santé suscite souvent de belles promesses, mais aussi de grandes déceptions. Comment les candidats entendent-ils s'y prendre pour réussir là où d'autres ont échoué ? Comment respecteront-ils leurs engagements ? Notre journaliste Pascale Breton les a rencontrés.

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Philippe Couillard et Gaétan Barrette.

Jacques Boissinot

Gaétan Barrette Parti libéral du Québec

Principaux engagements

Révision du mode de financement des hôpitaux; embaucher 2000 infirmières praticiennes spécialisées en 10 ans; créer 50 supercliniques ouvertes 24 heures par jour, 7 jours sur 7; recourir aux cliniques privées pour la radiologie, les échographies et l'imagerie médicale; réduire de 10% la bureaucratie en trois ans.

Q En quoi les 50 supercliniques seront-elles différentes des cliniques réseau actuelles, si ce n'est des heures d'ouverture prolongées?

R Dans les groupes de médecine de famille (GMF) et les cliniques réseau, on parle toujours de groupes de 10 médecins. Nous, on voit plus grand. Il va y avoir plus de médecins de famille, mais aussi des spécialités de base (internistes, pédiatres, gastro-entérologues, selon les cas). Les supercliniques doivent être le miroir des urgences pour le 80% de choses qui sont vues aux urgences, mais qui ne devraient pas être vues là parce qu'elles ne demandent pas ces ressources. Ce sont des problèmes plus mineurs, mais tout de même significatifs. [...] Pour régler le problème de façon définitive, il faut aussi qu'il y ait de l'investigation sur place, comme de l'imagerie médicale, de l'échographie et potentiellement du scan.

Q On compte à peine 235 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) actuellement. Votre plan d'en former et d'en recruter 2000 est très ambitieux. Comment allez-vous y parvenir?

R En ce qui concerne la formation, on va décentraliser, comme on l'a fait pour la médecine quand on a augmenté les admissions. On va multiplier les sites de formation et les sites de stage.

Q Quelle sera la place de ces infirmières praticiennes spécialisées, en sachant que leur rôle est encore méconnu, tant du public que des professionnels de la santé?

R Certains groupes voient les IPS comme une première ligne parallèle. Nous les voyons plutôt dans des circonstances physiques et géographiques particulières. Le suivi des personnes âgées est un exemple. [...] Dans des endroits plus isolés, c'est parfait aussi. Il n'est pas question de créer des cliniques d'infirmières praticiennes au centre-ville de Montréal. L'objectif est de faire un ajustement du réseau qui va intégrer les supercliniques, mais qui va intégrer aussi les infirmières praticiennes dans des situations où elles ont un rôle et un effet qui est plus efficace par rapport à celui du médecin. Il n'est pas question de créer un deuxième réseau parallèle.

Q Pourquoi se tourner vers les cliniques privées pour la résonance magnétique, les échographies et les scans au lieu d'en faire davantage dans les hôpitaux?

R Le secteur privé est celui où on peut le plus rapidement augmenter l'accès à ces examens. Les équipements sont là et souvent, les cliniques ne marchent pas à pleine capacité. En les rendant publiques, on augmente le volume immédiatement. Le patient présentera sa carte d'assurance maladie. Le médecin ne pourra plus recevoir de l'argent du patient, en aucun cas.

Q Comment allez-vous réduire de 10% l'administration, tant au ministère que dans les agences de santé et les hôpitaux?

R Par l'attrition. On y parviendra en quelques années avec les départs à la retraite. Il n'y aura pas de congédiements, juste de l'attrition.

Réjean Hébert... (Archives La Tribune) - image 3.0

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Réjean Hébert

Archives La Tribune

Réjean Hébert Parti québécois

Principaux engagements

Un médecin de famille pour tous les Québécois en 2016; améliorer l'accès aux échographies et à l'imagerie médicale; faciliter la prise de rendez-vous dans les cliniques; mise en place de l'assurance autonomie et d'une politique nationale de prévention.

Q Près de 300 000 Québécois sont inscrits sur la liste d'attente des guichets d'accès pour les clientèles orphelines (GACO) pour trouver un médecin de famille. Plusieurs attendent depuis des mois, voire des années. Comment pouvez-vous leur assurer qu'ils auront tous un médecin de famille en 2016?

R Quand on aura atteint 85% de la population qui sera couverte par un médecin de famille (contre 77% actuellement), pour moi, ce sera le plein accès. Les sondages nous montrent qu'environ 15% de la population ne veut pas de médecin de famille ou n'en a pas besoin. [...] Sur le GACO, l'attente va être de moins en moins longue. Dans six mois, on devrait avoir pas mal éliminé l'attente, et ensuite, on va aller vers le plus facile, c'est-à-dire les gens de 30-32 ans en bonne santé qui veulent avoir un médecin de famille. Le bout le plus difficile, actuellement, c'est les patients vulnérables (les malades chroniques), et c'est le plus difficile, parce que ça demande beaucoup d'énergie aux médecins de famille.

Q C'est bien d'avoir un médecin. Mais sera-t-il possible de le voir quand on est malade?

R On est en train d'introduire le taux d'assiduité dans le cadre de gestion des GMF [cliniques regroupant des équipes de médecins]. C'est la proportion de malades qui sera vu par le médecin ou les membres de son groupe, au lieu d'aller aux urgences ou dans une clinique sans rendez-vous. Le financement des GMF va être influencé par ce taux d'assiduité. [...] Ceux où ça va bien auront une prime, ceux où ça va mal auront des pénalités, pénalités qui vont servir à payer les primes.

Q De quelle façon comptez-vous améliorer l'accès aux échographies dans les hôpitaux?

R On a investi 7 millions dans le réseau public, on a acheté 112 appareils d'échographie, on a engagé des techniciens autonomes. D'ici l'été, il n'y aura plus de listes d'attente en échographie partout au Québec. [...] Pour une échographie élective, on prévoit un délai d'attente de six mois, c'est notre norme. D'ici l'été, il n'y aura plus d'attente de plus de six mois. Jusqu'à peu, ça pouvait aller jusqu'à un an d'attente dans certaines régions.

Q Mais six mois d'attente, c'est encore long.

R Oui, mais quand ce n'est pas urgent, c'est le délai qui a été reconnu comme médicalement acceptable par les experts.

Q Le Parti québécois parle très peu de l'assurance autonomie et de la politique nationale de prévention. Cette politique était d'ailleurs prévue l'automne dernier?

R Ce sont des piliers de nos engagements. [...] C'est la continuité, on continue le financement prévu pour l'assurance autonomie avec 110 millions la première année et 100 millions les années subséquentes. [...] Concernant la politique nationale de prévention, j'aurais aimé la livrer plus tôt, mais les groupes de travail ont pris plus de temps à faire le tour des questions scientifiques. On va arriver avec une politique gouvernementale qui ne s'intéressera pas seulement à la santé, mais à l'ensemble des déterminants de la santé, la lutte contre la pauvreté, le milieu scolaire, l'éducation.

Le député sortant de Mercier de Québec solidaire,... (Photo Yan Doublet, archives Le Soleil) - image 4.0

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Le député sortant de Mercier de Québec solidaire, Amir Khadir.

Photo Yan Doublet, archives Le Soleil

Amir Khadir Québec solidaire

Principaux engagements

Ouvrir les CLSC 24 heures par jour, tous les jours; embaucher 800 professionnels dans les CSLC; changer le mode de rémunération des médecins; un médecin de famille pour tous, plus de soins à domicile, moins de recours aux agences privées; régime universel d'assurance médicaments.

Q Au lieu du mode de rémunération à l'acte, vous proposez une solution mixte qui introduirait un salaire pour les médecins dans certains cas. Quel en serait l'avantage?

R Il y a des secteurs où la rémunération à l'acte peut avoir un sens pour tenir compte de la complexité, aux urgences, par exemple. Alors que la prise en charge de la première ligne pour la santé populationnelle, c'est peut-être la rémunération par salaire ou par capitalisation (forfait) qui est plus efficace. On propose de revoir la rémunération pour mieux l'adapter aux besoins de la population et aux services dont elle a besoin plutôt qu'aux besoins et au lobby des médecins, comme c'est le cas actuellement.

Q Le modèle des CLSC a déjà été tenté il y a une trentaine d'années et ça n'a pas fonctionné. Comment allez-vous faire en sorte que ce soit différent?

R Il n'y a pas eu de volonté politique. Le Parti libéral, mais aussi le Parti québécois sont très influencés par les lobbys médicaux. Nous, on ne l'est pas. C'est une question de volonté politique. [...] Il y a beaucoup de médecins qui adoreraient travailler dans les CLSC, pourvu qu'ils soient appuyés pour faire fonctionner la machine. [...] La différence des CLSC, c'est l'implication avec le communautaire. Leur vocation initiale était, le nom le dit, des centres locaux de santé et de services communautaires, avec des intervenants sociaux, des travailleurs de rue, des psychologues. Ils n'ont pas nécessairement leur place dans les GMF actuellement [cliniques regroupant des équipes de médecins de famille]. Les GMF sont le pâle reflet de ce que les CLSC pourraient être s'il y avait une volonté politique derrière.

Q Vous estimez être en mesure de faire une économie de 2,2 milliards en gérant mieux les médicaments (Pharma Québec) et en instaurant un régime universel d'assurance médicaments. Quel est le problème avec le régime actuel?

R Ça coûte cher. [...] L'État empocherait une part de ce que les travailleurs versent actuellement aux assureurs privés. Pourquoi les travailleurs qui ne sont pas à risque, qui sont très solvables, sont donnés au privé et que l'État s'occupe des malades chroniques? On mutualise l'ensemble, ça diminue le risque pour tout le monde et ça fait faire des économies. L'État irait chercher cette marge bénéficiaire.

Q Vous promettez un médecin de famille pour tous, une sage-femme pour tous ceux qui le souhaitent, plus de soins à domicile... Ce sont des promesses qu'on a souvent entendues. Comment allez-vous réussir là où tout le monde a échoué?

R C'est sûr que c'est impossible pour les partis traditionnels de réussir parce qu'ils sont très sensibles aux lobbys. [...] Nous, on vient d'un milieu où les lobbys ne nous connaissent pas et savent très bien que nous ne sommes pas intéressés. Ils savent déjà qu'ils n'ont pas notre oreille. Vraiment, ce n'est pas plus compliqué.

Q Et vous allez réussir à donner un médecin de famille à tous? Une sage-femme?

R Je ne promets pas que ce sera au rendez-vous nécessairement, mais on va corriger un tas de choses. [...] On prend les meilleures pratiques ailleurs et on se prémunit contre les lobbys des secteurs des affaires et des corporatistes médicaux. Ce sont déjà deux ingrédients essentiels pour réussir, plus un financement qu'on va aller chercher en gaspillant moins ailleurs.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François... (Archives La Presse Canadienne) - image 5.0

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Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, et son député dans La Prairie, Stéphane Le Bouyonnec

Archives La Presse Canadienne

Stéphane Le Bouyonnec Coalition avenir Québec

Principaux engagements

Éliminer les agences de la santé et des services sociaux; réduire la bureaucratie; revoir le mode de financement des hôpitaux, revoir le mode de rémunération des médecins; donner plus de place aux infirmières.

Q Les agences de la santé et des services sociaux ne représentent que 100 millions dans tout le budget de la santé. En quoi leur abolition aurait-elle un impact?

R On essaie d'épargner partout [...]. On a le Ministère, les agences, les CSSS (centres de santé et de services sociaux), les hôpitaux. Il y a un palier de trop, et on pense que c'est celui des agences. Dans certains cas, il y a une agence pour un seul CSSS ou une agence pour un seul hôpital et un CSSS. Laval en est un bon exemple. Une partie du travail de planification et de monitorage peut très bien se faire au niveau des CSSS, qui font ensuite rapport au Ministère. [...] Il y a aussi trop de redditions de comptes, il faut supprimer ces postes liés à une surbureaucratisation.

Q Pourquoi voulez-vous revoir le mode de financement à l'acte des médecins? Comment seraient-ils rémunérés?

R On a assez de médecins actuellement au Québec, mais la répartition du travail fait en sorte qu'il y a dédoublement. Un patient qui se présente à la clinique voit un médecin généraliste, et s'il doit ensuite passer une radiographie à l'hôpital, il voit un autre médecin généraliste. C'est inutile. Il faut plutôt des corridors de santé avec les spécialistes dans les hôpitaux pour qu'ils acceptent les patients dirigés par les généralistes, sans les faire attendre de nouveau. Il faut revoir la rémunération pour faire en sorte que les médecins des deux côtés fassent des compromis pour éviter les dédoublements. [...] Dans les GMF [cliniques regroupant des équipes de médecins], il faut revoir la rémunération pour faire en sorte qu'une plus grande partie de la rémunération soit fonction du nombre de patients pris en charge [rémunération par forfait].

Q Les médecins qui accepteront de prendre les patients en charge auront-ils une prime?

R On n'a pas les détails. On parle de prise en charge et de délégation des actes vers des super-infirmières, par exemple.

Q La loi 90 prévoit déjà depuis 2002 de déléguer des tâches vers d'autres professionnels comme les infirmières ou les pharmaciens, mais sur le terrain, il y a de la résistance. Comment changerez-vous la donne?

R C'est toujours une question de cash. Si je dis aux médecins qu'ils peuvent déléguer mais qu'ils vont être payés quand même pour la prise en charge, ça va être un incitatif. Peut-être qu'un médecin aura une rémunération moindre à l'acte, mais s'il prend en charge 1200 patients, même s'ils ne vont pas le voir lui, il sera payé pour cette responsabilité.

Q Vous misez sur un recours accru aux cliniques privées, un peu à l'image de la clinique Rockland MD pour les chirurgies. Les avis divergent quant à savoir si cela entraîne vraiment des économies. Quel est donc l'avantage?

R Il y aurait toujours un seul payeur dans la prestation des services (l'État), mais introduire l'apport du privé peut susciter une saine concurrence. [...] Dans un hôpital, ça prend du temps. Il y a les quarts de travail, il faut préparer la salle, l'équipement pour une chirurgie cardiaque n'est pas le même que pour une autre chirurgie. Pour des interventions dont le volume monte en flèche, les cataractes, par exemple, on devrait se tourner vers les cliniques spécialisées, qui sont comme de petites usines où les gens sont traités par des spécialistes habitués de travailler en série.

Quiz aux quatre candidats

Les candidats qui portent le dossier de la santé affirment que les propositions mises de l'avant par leur parti guériront les maux du système de santé. Les idées qu'ils avancent s'appuient-elles sur une bonne connaissance du réseau? C'est ce que nous avons voulu savoir. Les candidats se sont prêtés de bonne grâce à un quiz sur La Presse+, davantage un clin d'oeil qu'un test scientifique. Aussi à lire, les entrevues ci-dessous dans leur intégralité.




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