Le «ROC» las de la menace référendaire

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Que pensent les Canadiens de l'arrivée possible d'un gouvernement souverainiste à Québec ? Selon ce que La Presse a constaté, ils ont de nombreuses autres préoccupations.

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(Ottawa) Les commentateurs du Canada anglais sonnent l'alarme depuis des semaines au sujet de la possible élection d'un gouvernement souverainiste le 7 avril. Mais la crainte d'un troisième référendum sur l'indépendance n'inquiète pas outre mesure dans les chaumières du «Rest of Canada», a constaté La Presse.

De Vancouver à Halifax en passant par Calgary, Winnipeg et Toronto, les observateurs contactés par La Presse jugent que la menace référendaire n'a pas du tout gagné le «ROC». Au contraire, les résidants des autres provinces semblent moins enclins que jamais à monter au créneau pour défendre l'unité nationale.

D'ailleurs, le sondeur Frank Graves a un mot pour résumer le sentiment des Canadiens hors Québec à l'égard de la question nationale: lassitude.

«Pour une variété de raisons, il semble que l'élan émotif qu'on a observé en 1995 ne se reproduirait pas si ce dossier devait revenir à l'avant-plan de nouveau, explique-t-il. Il y a de la lassitude, mais il faut aussi considérer que l'âge moyen des Canadiens a augmenté depuis 20 ans. Les gens ont d'autres préoccupations.»

TORONTO

Deux solitudes qui s'éloignent

> 6 054 191 habitants dans la région métropolitaine

> Première ministre: Kathleen Wynne (Parti libéral), portée au pouvoir en 2013

Enjeu majeur: gouvernement minoritaire à Queen's Park, élection à la mairie de Toronto

L'élection au Québec ne passe pas inaperçue à Toronto, mais dans une ville rendue célèbre par son controversé maire Rob Ford, les électeurs ont d'autres chats à fouetter, résume David Cameron, professeur de sciences politiques à l'Université de Toronto.

Ce chercheur, qui a écrit abondamment sur le fédéralisme et le nationalisme québécois, constate que les Ontariens sont toujours préoccupés par l'unité nationale, peut-être davantage que leurs concitoyens de l'Ouest. Mais il remarque aussi que les fameuses «deux solitudes» sont plus éloignées que jamais. Cela explique en grande partie pourquoi la perspective d'un troisième référendum sur l'indépendance du Québec n'effraie pas outre mesure les Torontois.

«Il semble qu'un modèle différent a émergé, observe M. Cameron. C'est comme s'il y avait deux communautés nationales habitant côte à côte. Au Canada anglais, il y a amplement d'espace pour que le Québec puisse bâtir son propre modèle de société au sein du Canada.»

Par ailleurs, comme c'est le cas à Winnipeg, la Charte des valeurs est jugée très sévèrement dans la Ville reine, où l'on trouve de nombreuses communautés culturelles.

HALIFAX

Pas d'inquiétude, pour le moment

> 413 710 habitants dans l'agglomération

> Premier ministre: Stephen MacNeil (Parti libéral), élu en 2013

Enjeu majeur: croissance économique, vieillissement de la population

Même s'ils risquent d'être coupés du reste du Canada advenant un référendum sur l'indépendance du Québec, les résidants des provinces atlantiques ne sont pas en état d'alerte devant la perspective d'un gouvernement péquiste majoritaire. Du moins, pas encore.

L'auteur Dan Leger, chroniqueur au Chronicle Herald d'Halifax, constate que hormis quelques mordus de la politique, rares sont les Néo-Écossais qui suivent de près la campagne québécoise. Sur une échelle de 1 à 10, il estime le niveau d'alerte de ses concitoyens à 5.

«Les gens ici sont comme n'importe où: ils sont plus intéressés par les séries éliminatoires au hockey, par comment leurs enfants vont à l'école ou par la santé de leurs parents», résume-t-il.

Pourtant, l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement péquiste aurait des conséquences importantes dans l'est du pays, dit-il. Hormis les conséquences géopolitiques évidentes d'un Canada morcelé, il craint qu'une nouvelle poussée vers l'indépendance du Québec ne mine les rapports entre les communautés francophones et anglophones des provinces atlantiques.

C'est pourquoi il croit que ses concitoyens se montreront de plus en plus préoccupés si Pauline Marois se dirige vers un gouvernement majoritaire.

WINNIPEG

Haussement d'épaules

> 730 018 habitants dans l'agglomération

> Premier ministre: Greg Selinger (Nouveau Parti démocratique), réélu en 2011

Enjeu majeur: la taxe de vente

Au plus fort des batailles pour l'unité canadienne, une phrase résumait l'état d'esprit du Canada anglais: What does Quebec want? Aujourd'hui, plus personne à Winnipeg ne pose la question, dit l'économiste Michel Lagacé, qui commente régulièrement l'actualité politique au Manitoba.

Aux yeux de ses concitoyens - tant francophones qu'anglophones -, le Québec n'a simplement pas les moyens de se payer un troisième référendum sur l'indépendance. Voilà pourquoi la perspective d'un gouvernement péquiste majoritaire est accueillie avec un haussement d'épaules dans la capitale manitobaine.

«Les gens sont rendus à bout de patience avec ce débat qui dure depuis 1980, constate M. Lagacé. Il y a peu de sympathie pour ce genre de discours, surtout quand on sait que le Québec est endetté et qu'il vit au-dessus de ses moyens et qu'il y a des questions sérieuses sur son avenir économique.»

La Charte des valeurs, présentée par le gouvernement Marois, est jugée encore plus sévèrement dans la capitale manitobaine, dit-il. Plusieurs croient que le Québec menace sa propre prospérité en adoptant une mesure qui pourrait faire perdre leur emploi à des immigrants et à des membres des communautés culturelles.

«Je ne sens pas qu'il y aura une grande panique s'il y a un référendum au Québec, dit M. Lagacé. Les gens trouvent ça ennuyant. Ce n'est pas du tout ce qu'on a vu en 1980 et en 1995.»

CALGARY

L'anxiété est partie

> 1 214 839 habitants dans l'agglomération

> Premier ministre: Dave Hancock (Parti progressiste-conservateur), reportée au pouvoir en 2012

Enjeu majeur: le commerce avec l'Asie

Les élections au Québec étaient toujours accueillies avec une certaine anxiété en Alberta, dit Robert Roach, vice-président du Canada West Foundation, mais plus maintenant.

Après deux référendums remportés par le Non, les Albertains ont des problèmes plus pressants que l'unité nationale, affirme ce chercheur basé à Calgary.

«Le consensus général, c'est que les gens ne veulent pas que le Québec quitte le Canada, résume M. Roach. Mais d'un autre côté, il y a aussi un sentiment que nous avons déjà traversé deux référendums, donc il y a une certaine confiance que les Québécois vont choisir de rester.»

Les Albertains sont bien placés pour comprendre les frustrations du Québec à l'égard du gouvernement fédéral, constate M. Roach. En 1980, Pierre Elliott Trudeau leur a imposé le Programme énergétique national, qui les forçait à vendre leur pétrole au Canada.

Mais ce sont là de «vieilles batailles» aux yeux des Albertains, dit Robert Roach. Forts de leurs abondantes ressources pétrolières, ils se préoccupent bien davantage de l'ouverture des marchés en Asie que d'unité canadienne.

«Il y a un sentiment dans l'Ouest que nous sommes en croissance, nous sommes importants pour le pays et, qu'en quelque sorte, nous n'avons pas à demander à faire partie du pays.»

VANCOUVER

Surprise et incompréhension

> 2 476 145 habitants dans l'agglomération

> Première ministre: Christy Clark (Parti libéral), réélue en 2013

Enjeu majeur: le coût de la vie

La montée du Parti québécois est accueillie avec un point d'interrogation sur la côte Ouest, explique la chroniqueuse du Vancouver Sun Barbara Yaffe. Cette Montréalaise d'origine constate qu'aux yeux de bien des Vancouvérois, le Québec a déjà obtenu ce qu'il désirait au fil des luttes pour l'unité nationale.

Le gouvernement Harper a récemment accepté que le Québec maintienne son propre programme pour la formation de la main-d'oeuvre, ce qu'aucune autre province n'a obtenu. Ottawa a également permis à la province de maintenir son programme d'immigrants-investisseurs, aboli à l'échelle fédérale.

Bref, dit Mme Yaffe, le Québec jouit déjà d'un statut particulier dans la fédération. C'est pourquoi rares sont les gens de la Colombie-Britannique qui se montrent prêts à monter aux barricades pour défendre l'unité canadienne.

«Le Québec a déjà ce pour quoi les nationalistes se sont battus, et nous l'acceptons, résume Mme Yaffe. Vous n'entendrez pas notre gouvernement provincial réclamer des ententes semblables à celles du Québec. [...] De voter pour la séparation alors que le Québec a déjà le meilleur des deux mondes, ce serait perçu comme lunatique ici.»




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