ANALYSE

Le PQ change son plan de match

Bernard Drainville a été littéralement «sonné» quand il... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Bernard Drainville a été littéralement «sonné» quand il a appris l'atterrissage de Pierre Karl Péladeau comme candidat péquiste, confie-t-on.

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Depuis le début de la campagne, Bernard Drainville doit contempler chaque matin son téléphone cellulaire, obstinément silencieux.

Cette campagne devait être celle de la Charte, le ministre de l'identité en était convaincu. Ce serait son heure de gloire. Or, la question est en pratique passée sous le radar depuis le déclenchement du 5 mars. La Charte a été à peine évoquée quand le Parti québécois (PQ) a annoncé trois candidates d'origine maghrébine - trois sacrifiées dans des circonscriptions très libérales de l'île de Montréal.

Cela devrait changer très bientôt, après le débat de demain, si on se fie à ce qu'on entend dans les coulisses péquistes. Le sondage CROP publié par La Presse hier a été un électrochoc dans les officines péquistes; pour renverser la tendance, on compte désormais modifier le plan de match.

Déjà, les stratèges de Pauline Marois ont voulu envoyer le débat sur le terrain de l'éthique. Mais le réalignement ira plus loin. On est à revoir la campagne de publicité qui, jusqu'ici, avait joué uniquement sur la personnalité de Pauline Marois. Pauline Marois avançant au pas de charge dans un édifice anonyme, sans point d'arrivée précis, cela fait plaisir à la patronne, bien sûr. Mais pour les électeurs, c'est moins évident.

Seule, Pauline Marois, tout aussi «déterminée» qu'elle soit, n'est pas une bonne carte à abattre, si on se fie aux «groupes cibles» qui relevaient, il n'y a pas si longtemps, sa personnalité élitiste. Un indice qu'on écoute religieusement ces focus groups: personne n'a vu Claude Blanchet, le mari de Mme Marois, depuis le début de la campagne électorale.

Un trio sur la glace

La question de la Charte sera bientôt ramenée au centre de la campagne péquiste. «Restez à l'écoute», s'est contenté de dire, l'air mystérieux, le ministre Drainville, surpris dans son porte-à-porte. Jusqu'ici, M. Drainville a été utilisé surtout en région, là où l'enjeu de la Charte de la laïcité a une résonance. Mais il va trouver un poste sur le premier trio bientôt.

Car ce sera dans les faits un trio. Avec, à droite, Pierre Karl Péladeau comme figure économique - il ne reparlera plus de souveraineté de sitôt. Comme ailier gauche, Bernard Drainville, parce que le PQ, voyant le mur s'approcher, a décidé de changer de cap et de donner un coup de barre vers l'enjeu le plus proche des émotions. Pauline Marois jouera au centre, comme celle capable de coordonner ce gouvernement. Elle reste en effet «la politicienne la plus populaire chez les francophones», explique-t-on au PQ.

L'idée du «premier trio» peut paraître séduisante autour d'une table de communicateurs, mais ces «flashes» ne sont pas une panacée - en 2003, les mêmes penseurs avaient tenté de vendre, sans succès, le «tandem» Landry-Marois!

Le retour de la Charte

Bernard Drainville a été littéralement «sonné» quand il a appris l'atterrissage de Pierre Karl Péladeau comme candidat péquiste, confie-t-on. L'homme d'affaires devenait d'entrée de jeu le dauphin évident pour l'après-Marois. Le plan de carrière du ministre Drainville venait, subitement, de basculer. D'autant plus que Pierre Karl Péladeau a révélé hier à La Presse qu'une fois élu, il terminerait son mandat de quatre ans même si le PQ passait dans l'opposition.

Selon Youri Rivest, vice-président de CROP, il était prévisible que Pauline Marois «se colle sur la Charte de la laïcité». C'est ce qui a fait son succès au cours des derniers, mois. C'est la Charte qui lui a permis de faire croître sa base électorale.

Un volet du dernier sondage, non publié hier, montrait que l'appui à la Charte ne se dément pas: 49% des répondants sont favorables et 38% s'y opposent. Sur cet enjeu, source de division, le PQ tient le bon bout du bâton, du côté majoritaire. Depuis octobre 2013, le projet a oscillé entre 51 et 48% d'approbation. De plus, ce thème a une résonance émotive, bien plus susceptible de galvaniser l'électorat que les programmes - pas si différents finalement - en matière de santé ou de création d'emplois.

Mais recentrer le débat sur la Charte comporte des risques. Le sondage Léger publié en fin de semaine dernière relevait que seulement 27% des électeurs souhaitaient entendre davantage parler de cette question. La santé et la création d'emplois arrivent de loin en tête, avec respectivement 85 et 84%.

Plus de Charte, plus de Drainville, moins de Pauline Marois et du Péladeau bien encadré; au lendemain du premier débat, les stratèges péquistes se croisent les doigts avec leur nouveau plan de match.




publicité

la boite:2512870:box

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer