Pourquoi les jeunes ne votent pas?

Les jeunes votent peu. À l'exception de l'élection de 2012 qui s'est déroulée... (Photo Robert Skinner, archives La Presse)

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Les jeunes votent peu. À l'exception de l'élection de 2012 qui s'est déroulée peu de temps après le printemps érable, le taux de participation des 18-24 ans diminue d'élection en élection. On les dit cyniques, désabusés, désintéressés. Comme ils lisent moins les journaux et regardent peu les bulletins d'information, ils sont peu au fait de la campagne électorale. Analyse d'un phénomène.

Pourquoi boudent-ils les élections?

«On a toujours observé un décalage entre les jeunes et les vieux, observe Bernard Fournier, chercheur québécois rattaché à l'Université libre de Bruxelles et auteur de nombreux écrits sur l'engagement politique des jeunes. C'est un peu normal, à cet âge, car ils ne sont pas encore insérés socialement, ils sont en devenir. Ce qui est plus inquiétant depuis quelques années, c'est qu'ils se socialisent dans un climat cynique par rapport à la politique. Or, si un jeune ne vote pas la première fois qu'il le peut, les chances sont plus élevées qu'il ne vote pas aux élections subséquentes.»

«Est-ce parce que les politiciens ont moins de panache qu'autrefois?», se demande Philippe Bernier Arcand, essayiste et auteur du livre Je vote moi non plus, publié en 2009, qui tentait de comprendre le désintérêt de la population par rapport à la politique. Selon lui, «les efforts des politiciens pour se rapprocher des jeunes - aller dans les talk-shows, participer à une émission humoristique comme l'a fait Barack Obama la semaine dernière - ne les rendent pas plus cool. Ils contribuent plutôt à entretenir le cynisme chez les jeunes.»

«C'est vrai que le cynisme face à la politique est notre principal obstacle, confirme Léo Bureau-Blouin, le plus jeune député à l'Assemblé nationale, candidat dans Laval-des-Rapides et responsable du dossier jeunesse au Parti québécois. Moi, je crois que pour intéresser les jeunes, il faut leur parler de choses concrètes, montrer ce que la politique change dans nos vies.»

«Il n'y a pas de formule magique, affirme Bernard Fournier. Si on veut que les jeunes s'intéressent à la politique, il faut que la politique s'intéresse à eux sans cynisme. Or, les partis nous parlent de ce qu'ils ne pourront pas faire par manque d'argent plutôt que de parler de projets et d'avenir.»

Comment rejoindre les jeunes?

Toutes les études le disent, les 18-24 ans ont délaissé l'écoute de la télévision et la lecture des journaux. Ils préfèrent le web, qu'ils ne visitent toutefois pas beaucoup pour s'informer. La meilleure façon de parler politique aux jeunes, c'est d'aller sur le terrain. Sur ce point, tout le monde s'entend.

«Quand tu rencontres quelqu'un à la cafétéria, tu ne peux pas te défiler, note Léo Bureau-Blouin, qui fait le tour des cégeps et des universités. On répond à leurs questions, on discute.» Quand La Presse lui a parlé, vendredi dernier, il s'apprêtait à aller faire la tournée des bars de Laval. «C'est certain qu'on ne peut pas avoir de longues discussions, mais c'est plus décontracté, on se présente, on parle avec les gens.»

Chez Québec solidaire aussi, on aime bien ces activités de proximité. «Amir Khadir est amateur de hockey alors les soirs de match, on organise une petite tournée dans les bars, lance Keena Grégoire, directeur de campagne dans Mercier. On est souvent invités dans les cégeps et les universités où on a des structures permanentes.»

Le plus difficile, selon Léo Bureau-Blouin, c'est de rejoindre les jeunes qui ne fréquentent plus l'école. «Ils sont moins présents sur les réseaux sociaux, il faut vraiment se rendre sur leur lieu de travail pour leur parler.» Même constat chez Québec solidaire. «Les syndicats sont un bon moyen pour nous de rejoindre les jeunes qui travaillent», observe Keena Grégoire.

Traditionnellement, le jour du vote, les partis ont l'habitude d'appeler les électeurs à la maison pour leur rappeler d'aller voter. Mais les jeunes n'ont plus de ligne fixe. «Les jeunes n'apparaissent plus dans les registres, on ne peut donc pas les rejoindre», observe Léo Bureau-Blouin.

Les réseaux sociaux: pas une panacée

Quand nous avons demandé à la Coalition avenir Québec (CAQ) comment le parti s'y prenait pour rejoindre les jeunes, la conseillère aux communications Émilie Toussaint nous a répondu ceci: «en étant très présent sur les médias sociaux». Or, quand nous avons consulté le compte Twitter de la Commission de la relève de la CAQ, il était inactif depuis deux semaines et sa page Facebook ne comptait que deux «J'aime». Le président de la commission, David Raynaud, un élève de 21 ans du cégep de Saint-Laurent, promet d'être plus présent, mais il pense lui aussi que les visites dans les institutions sont les plus efficaces pour s'adresser aux jeunes.

«Facebook peut donner l'illusion que tout le monde s'intéresse à la campagne, affirme Leo Bureau-Blouin. Mais ça dépend qui sont tes amis. Si la politique ne t'intéresse pas, tu n'iras pas visiter la page d'un parti ou t'abonner à son compte Twitter.»

«Quand tu es sur les réseaux sociaux, c'est que ton idée est déjà un peu faite, croit Madwa-Nika Cadet, présidente de la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec. Facebook et Twitter, c'est bon pour la visibilité et pour véhiculer des messages et on essaie d'être très actifs, mais il n'y a rien de mieux qu'une assemblée, un kiosque d'information ou une rencontre avec un candidat pour avoir un véritable impact. Les jeunes aiment que les politiciens se déplacent pour venir les rencontrer.»

Des solutions qui fonctionnent

Tout le monde est d'accord: la nouvelle loi 13 - qui permettra aux étudiants de voter sur leur campus - devrait avoir un impact positif sur le taux de participation. D'autres facteurs pourraient jouer. Selon Bernard Fournier, la pression sociale et familiale compte pour beaucoup. «Si tes amis te disent: «Es-tu allé voter, vas voter, c'est ton premier vote, c'est important», cela aura un impact» explique-t-il.

« Le vote électronique aussi pourrait favoriser le vote des jeunes tout comme d'abaisser l'âge du vote à 16 ans. L'école pourrait prendre en charge l'éducation à la citoyenneté, les jeunes seraient davantage informés.»




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