La soirée des chefs vue par nos experts

Jean Charest, Pauline Marois, François Legault, Françoise David.... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Jean Charest, Pauline Marois, François Legault, Françoise David.

Photo: Robert Skinner, La Presse

La Presse

À l'issue du premier débat des chefs de cette campagne électorale, nous avons demandé à deux politologues et à un spécialiste de l'image de se prononcer sur les bons et les mauvais coups des quatre candidats au poste de premier ministre du Québec. Verdict.

AVIS D'ALAIN-G. GAGNON, titulaire de la chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes @alainggagnon

JEAN CHAREST

Bon coup

Il a présenté son parti comme celui qui a la meilleure équipe économique et a discrédité le PQ en le décrivant comme un parti qui ne veut que faire la souveraineté.

Mauvais coup

Revenir ad nauseam avec le rapport Moisan. Dans l'esprit des gens, ça évoque la commission Gomery, la commission Charbonneau, le Parti libéral. Ça risque de l'éclabousser lui plus que les autres.

Note

Je l'ai trouvé souvent dans les cordes. On ne le sentait pas aussi à l'aise que d'habitude. Ce n'est pas le Charest naturel des grands jours. Il n'a pas trouvé le grand coup qui fait mal.

7,5/10

PAULINE MAROIS

Bon coup

Quand elle a accusé M. Charest d'être responsable du tiers de la dette du Québec et d'être à genoux devant Ottawa. C'est assez évocateur dans l'esprit des Québécois.

Mauvais coup

Le fait qu'elle n'ait pas présenté de cadre financier l'a hantée durant le débat. Pour une ancienne ministre de la Santé, elle n'a pas été très forte quand M. Legault l'a pourchassée sur le nombre de médecins qu'il manque dans le système. Elle a aussi été évasive sur la date du référendum.

Note

Meilleure performance qu'en 2008. Elle a été plus fougueuse que d'habitude. Elle était d'attaque et n'a pas lâché prise.

8,5/10

FRANÇOIS LEGAULT

Bon coup

Il s'est présenté durant tout le débat comme un nationaliste, notamment en parlant de ses revendications à Ottawa et de son appui à Québec inc. Il a aussi rappelé que son parti n'a pas «les mains sales» puisque c'est une nouvelle formation politique.

Mauvais coup

Rappeler souvent les suppressions de postes que veut faire la CAQ à Hydro-Québec, dans les commissions scolaires et dans les agences de santé. Dans l'esprit des gens, ça ramène les mauvais souvenirs du gouvernement Bouchard.

Note

Il a été crédible, il ne s'est pas laissé déstabiliser. Pour un premier débat, il s'en est bien sorti.

8,5/10

FRANÇOISE DAVID

Bon coup

Elle a bien pris la défense de la veuve et l'orphelin. Elle a été la seule dans le groupe à avoir une position claire contre la privatisation dans le secteur de la santé. Elle s'est maintenue au-dessus de la mêlée.

Mauvais coup

Elle respire d'idéaux mais, sur le plan pratico-pratique, il n'y a pas eu beaucoup d'exemples. Elle ne nous a pas convaincus que le Québec est aussi riche qu'elle le dit.

Note

Bon premier débat, mais son ton était trop professoral et il n'y avait pas assez d'exemples pour étoffer ses grands principes.

7/10

***

AVIS DE LUC DUPONT, professeur en communications à l'Université d'Ottawa et spécialiste en marketing @LucDupont

JEAN CHAREST

Bon coup

Il était très bien préparé et avait prévu des contre-attaques pour tous les duels. Il a été particulièrement fort dans la section économie, la première portion du débat. C'est important parce qu'on peut présumer que la plupart des téléspectateurs sont encore branchés.

Mauvais coup

On l'a senti nerveux dans les premiers instants. Il a eu un chat dans la gorge qui l'a suivi durant cinq ou six minutes. L'autre inconvénient, c'est la pluie de chiffres: à un moment, ça devient difficile de suivre. On parlait tantôt du Québec, tantôt du Canada, tantôt des États-Unis, tantôt de l'OCDE.

Note 7/10

PAULINE MAROIS

Bon coup

Elle était manifestement très préparée. Elle connaissait bien ses dossiers. Elle a brandi l'épouvantail Stephen Harper dès les premiers instants du débat.

Mauvais coup

Je m'attendais à ce qu'elle soit plus forte sur la corruption. Elle a été relativement faible, ce qui est très étonnant. On a senti que le thème avait été absolument et totalement récupéré par M. Legault. De plus, elle avait une mauvaise habitude tout au long de la soirée, particulièrement à partir de la deuxième heure: elle tapait fréquemment sur son lutrin. Très, très embêtant.

Note 7/10

FRANÇOIS LEGAULT

Bon coup

Il s'en est tenu à quelques lignes et au créneau clair qu'il occupe depuis le début de la campagne, du début à la fin: «faire le ménage», «fini la corruption», «mettre le Québec sur les rails». Un positionnement clair est très important en marketing politique. Cela dit, il n'a pas eu peur de prendre des positions un peu plus délicates, par exemple son association entre le PQ et les syndicats.

Mauvais coup

Il s'agit probablement du moins bon communicateur des trois, sa capacité de communiquer n'est pas toujours au point. On l'a senti un peu hésitant dans les premiers instants.

Note 8/10

FRANÇOISE DAVID

Bon coup

Ma surprise de la soirée. Évidemment, j'ai noté le carré rouge. Elle a visé à plusieurs reprises son électorat de base: les jeunes, d'une part, et les familles à revenu réduit, d'autre part. Elle a été très souriante et très éloquente, particulièrement dans la partie développement. Elle a bien réussi à se dissocier des «vieux partis» et à coller cette étiquette à Jean Charest et Pauline Marois.

Mauvais coup

On a vu qu'elle n'était pas à l'aise avec la partie argumentation et contre-argumentation, qui demande un peu plus de «chien». On a senti que ce n'était pas sa tasse de thé.

Note 7,5/10

***

AVIS DE JEAN-HERMAN GUAY, politologue de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

JEAN CHAREST

Bon coup

Il a bien maîtrisé ses dossiers. Il avait une bonne connaissance de ses chiffres et de ses faits. C'était habile de ramener sur la table la commission Moisan. Il a bien fait de mettre en contradiction Pauline Marois et François Legault.

Mauvais coup

Il avait un sourire qui montrait une forme de suffisance, un sourire narquois qui pouvait paraître prétentieux aux yeux des téléspectateurs.

Note 8/10

PAULINE MAROIS

Bon coup

Elle a été habile pendant les 30 premières minutes. Proposer des élections à date fixe, c'était un bon coup.

Mauvais coup

Après la première demi-heure, son message est devenu moins clair, moins net. Elle a eu de la difficulté à le faire passer. Elle s'est fait attaquer à plusieurs reprises et elle a eu de la difficulté à se défendre. Elle a beaucoup répété certains propos.

Note 6/10

FRANÇOIS LEGAULT

Bon coup

C'était son premier débat, il avait moins d'expérience, mais il avait tout de même préparé de bonnes phrases, par exemple lorsqu'il a dit «pendant qu'on marche, les autres courent», au sujet de la richesse des Québécois. En général, il a réussi à faire passer son message.

Mauvais coup

Il n'est pas parvenu à démontrer comment il allait réaménager les finances de l'État. Il n'était pas assez convaincant. Il a répété trois fois, voire quatre, certaines idées. Ça donnait l'impression qu'il n'avait pas d'arguments assez forts pour faire valoir certaines positions.

Note 7/10

FRANÇOISE DAVID

Bon coup

Elle a offert une très bonne performance. Elle a paru sympathique. Elle n'est pas tombée dans le radicalisme de gauche. Elle n'était pas fermée. Elle est la seule qui a parfois donné raison à ses adversaires. Elle a affirmé qu'elle serait prête à travailler avec les autres partis si un gouvernement minoritaire est élu. Elle a fait passer son message simplement et clairement.

Mauvais coup

Au sujet des emprunts et du financement de Québec solidaire, lorsque Jean Charest l'a accusée de faire du financement pyramidal, son message n'était pas si clair.

Note 8,5/10




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