Jean Chrétien dit avoir «honte» de Stephen Harper

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L'an dernier, Jean Chrétien avait fait un vibrant plaidoyer pour que le Canada soit aux premières lignes de l'aide humanitaire en Irak et en Syrie, au lieu de participer à la mission militaire dirigée par les États-Unis.

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(Du bureau d'Ottawa) Interpellé par la crise des migrants, irrité au plus haut point par la «réaction froide et dure» de Stephen Harper face à cette tragédie humaine, l'ancien premier ministre Jean Chrétien saute dans la campagne électorale afin de dénoncer les torts qu'infligent les conservateurs à la réputation du Canada sur la scène internationale.

Dans une lettre coup-de-poing publiée dans la section Débats de La Presse, M. Chrétien affirme que Stephen Harper a mis abruptement fin à une longue tradition canadienne, épousée jusqu'en 2006 par tous les premiers ministres qui ont dirigé le pays, peu importe leur allégeance politique, voulant faire du Canada une nation «avancée et progressiste» qui s'évertue à promouvoir la paix et la stabilité dans le monde.

Des Casques bleus de Lester B. Pearson pour mettre fin à la crise du canal de Suez en 1957 à la décision de Pierre Trudeau d'établir des relations diplomatiques avec la Chine en 1970 en passant par la lutte de Brian Mulroney contre l'apartheid en Afrique du Sud et la signature, sous l'impulsion du gouvernement Chrétien, du traité d'interdiction des mines antipersonnel en 1997, le Canada s'est patiemment construit «une réputation internationale exceptionnelle» en misant sur une approche «multilatérale [des] problèmes mondiaux».

Mais le gouvernement Harper, en moins de 10 ans, «a terni près de 60 ans de notre réputation de bâtisseurs de paix et porteurs de progrès».

En un mot, M. Chrétien dit avoir «honte» du gouvernement Harper, qui continue encore aujourd'hui de privilégier la force militaire en Irak et en Syrie au lieu de mettre l'accent sur l'aide humanitaire et l'accueil de réfugiés syriens, comme tous les premiers ministres canadiens qui l'ont précédé l'ont fait dans le passé lorsqu'une crise humanitaire a frappé une région du globe.

«Aujourd'hui, en tant que Canadien, c'est avec un mélange de honte et de tristesse que j'observe la réaction froide et dure de notre premier ministre face à la tragédie des réfugiés en provenance de la Syrie et de l'Irak. Entretemps, la chancelière allemande Angela Merkel s'est montrée à la hauteur du drame et le monde regarde la générosité de son pays avec la plus grande admiration. La même chose vaut notamment pour la Norvège, la Suède et la Finlande. Ils ont agi rapidement et avec diligence pour faciliter les procédures d'accueil aux réfugiés et non les compliquer davantage. Mais pas Stephen Harper dont le détachement fait honte aux Canadiens et à notre pays aux yeux de la communauté internationale», écrit l'ancien premier ministre.

Vives pressions

Au cours des derniers jours, Stephen Harper a fait l'objet de vives pressions de la part des partis de l'opposition, des provinces et des grandes villes du pays pour que le Canada accueille un plus grand nombre de réfugiés. M. Harper a déjà annoncé que le Canada doit accueillir, d'ici 2017, 11 300 réfugiés de la Syrie, mais le traitement de leurs demandes s'enlise dans les dédales bureaucratiques. Au début de la campagne, M. Harper s'est aussi engagé à accueillir 10 000 réfugiés de plus au cours des quatre prochaines années s'il est reporté au pouvoir. L'effort du Canada est minime si on le compare à celui de l'Allemagne, qui prévoit accueillir 800 000 réfugiés cette année seulement.

Cette lettre ne sera pas la seule sortie de M. Chrétien contre les conservateurs de Stephen Harper durant la campagne. Dimanche, il sera aux côtés de Justin Trudeau à Hamilton, où il prononcera un discours devant les militants au cours duquel il mettra en relief les travers de la politique étrangère depuis une décennie, entre autres. M. Chrétien souhaite l'élection d'un autre gouvernement le 19 octobre pour stopper la dérive du Canada sur la scène internationale.

Nation guerrière?

Dans sa lettre, M. Chrétien s'inquiète aussi de l'esprit guerrier qui anime le gouvernement conservateur de Stephen Harper, rappelant que le Canada, sous sa houlette, a envoyé des avions de chasse en Libye en 2011 - quelques mois après avoir subi une rebuffade aux Nations unies en n'obtenant pas un siège au Conseil de sécurité en 2010 - et qu'il participe à la mission militaire en Irak et en Syrie depuis presque un an.

«Après la campagne de Libye dont on sait maintenant les conséquences désastreuses, le gouvernement Harper a fait survoler le parlement par nos chasseurs-bombardiers en signe de victoire; un rituel normalement caractéristique de nations conquérantes et guerrières, un peu comme tirer des coups de feu en l'air», affirme M. Chrétien, qui a été premier ministre de 1993 à 2003.

L'an dernier, M. Chrétien avait fait un vibrant plaidoyer pour que le Canada soit aux premières lignes de l'aide humanitaire en Irak et en Syrie, au lieu de participer à la mission militaire dirigée par les États-Unis. Il soutenait que le Canada devrait accueillir 50 000 réfugiés qui ont échappé aux griffes du groupe armé État islamique et verser 100 millions de dollars au Programme alimentaire mondial pour nourrir les centaines de milliers de réfugiés. Si ce plan avait été mis à exécution, il y a un an, «nous aurions pu réduire la souffrance liée à ce drame d'une immense ampleur que des images insupportables viennent nous rappeler jour après jour».

En entrevue avec La Presse, hier, M. Chrétien a rappelé les efforts déployés par son gouvernement pour accueillir au Canada 5000 réfugiés du Kosovo en un seul mois.

«Il y avait un problème humanitaire évident. Il y avait une guerre. Je n'ai pas hésité une seconde avant d'agir. En ce qui me concerne, cela allait de soi. Je ne me suis pas dit: "Est-ce qu'il y en a un qui ne sera pas un bon citoyen?" Cela peut arriver. Cela fait 50 ans que je suis là-dedans. Il y en a eu, des réfugiés qui sont venus ici en 50 ans. Et dans 99,9999% des cas, ils sont devenus de bons citoyens exemplaires», a-t-il dit.

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