Bilan de campagne: la bataille de l'Ontario

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De gauche à droite, de haut en bas: Stephen Harper, Thomas Mulcair, Justin Trudeau et Gilles Duceppe.

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La campagne fédérale se joue principalement en Ontario, où les trois principaux aspirants au poste de premier ministre ont passé plus de la moitié de leur temps, permet de constater une analyse de leur itinéraire depuis le déclenchement des élections.

La Presse a compilé une liste des circonscriptions visitées depuis le 2 août par les chefs des cinq principaux partis à Ottawa. Même si cet exercice comporte certaines limites - les arrêts de campagne peuvent parfois être dictés tout bêtement par la disponibilité des salles ou les demandes des candidats locaux - l'itinéraire emprunté en dit long sur leur stratégie de campagne, dit le politicologue Jean-Herman Guay, à qui nous avons soumis nos résultats.

Ainsi, des trois aspirants au poste de premier ministre, Justin Trudeau est celui ayant eu le début de campagne le plus dynamique, constate ce professeur de l'Université de Sherbrooke. Il a en effet concentré ses efforts dans des circonscriptions où le Parti libéral espère faire des gains le 19 octobre.

« Contrairement à Stephen Harper et Thomas Mulcair, Justin Trudeau semble plus stratégique, peut-être plus agressif. Il sent peut-être que, comme il est troisième, il doit faire une percée rapidement. Il veut se faire voir et cherche à marquer des points. », explique M. Guay.

Stephen Harper et Thomas Mulcair ont pour leur part semblé chercher un équilibre dans leurs visites entre des circonscriptions acquises et celles qui pourraient basculer dans leur camp. « Pour le moment, leur préoccupation est surtout de faire le tour du pays, de se faire voir. L'aspect stratégique va plus se manifester dans la deuxième moitié de campagne », évalue M. Guay.

Reste que les deux chefs ont tout de même fait preuve de stratégie en visitant davantage l'Ontario, où des gains sont possibles pour chacun des principaux partis. Plus de la moitié de leurs arrêts de campagne ont eu lieu dans cette province alors que celle-ci n'abrite que le tiers des circonscriptions (121 sur 338).

À l'inverse, les chefs ont été peu présents dans les Prairies et dans les provinces atlantiques, où les jeux semblent déjà faits. Alors que l'Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba comptent 62 des 338 circonscriptions canadiennes (18 %), ces trois provinces ont reçu moins de 10 % des arrêts de campagne. Et encore, ce résultat s'explique principalement par une brève incursion de Justin Trudeau en Saskatchewan, qui a visité les quatre circonscriptions échappant à la mainmise du Parti conservateur dans l'Ouest, autre signe du début de campagne énergique du chef du PLC.

La percée des néo-démocrates aux élections provinciales en Alberta n'a pas motivé Thomas Mulcair à déployer davantage d'efforts dans cette région du pays. Il fait probablement le calcul que les troupes de Rachel Notley ont profité d'une division de la droite pour prendre le pouvoir, estime Jean-Herman Guay. « Ce n'est pas le même alignement au fédéral », note M. Guay. D'ailleurs, les plus récents sondages montrent que les conservateurs ont une avance de 20 points sur les néo-démocrates en Alberta.

« Quand il y a une avance forte pour un candidat et une absence de possibilité de gains pour un autre, on comprend qu'ils ont l'un et l'autre peu intérêt à y mettre le pied », résume M. Guay.

Même désaffection pour les provinces de l'Atlantique, où les sondages donnent une avance confortable aux libéraux. Avec 9 % des circonscriptions, celles-ci n'ont pourtant reçu que 2 % des arrêts depuis le début de la campagne. En fait, Stephen Harper et Justin Trudeau y ont chacun fait un arrêt de campagne, Thomas Mulcair n'y ayant pas encore mis les pieds.

Où sont allés les chefs?

Stephen Harper, Parti conservateur du Canada

Stephen Harper a tenté de maintenir l'équilibre entre l'offensive et la défensive en ce début de campagne, passant un peu plus de la moitié de son temps dans des secteurs où son parti avait obtenu une majorité de votes en 2011. Lorsqu'il s'est aventuré en terrain «hostile», il a ciblé principalement des circonscriptions québécoises ayant voté pour le NPD. Durant ce premier mois de campagne, le chef conservateur s'est surtout fait voir en Ontario (50% de ses arrêts) et au Québec. Il n'a pratiquement pas mis les pieds dans l'Ouest, une région qui lui est généralement acquise.

Thomas Mulcair, Nouveau Parti démocratique

Depuis le début de la campagne, Thomas Mulcair a consacré la moitié de ses visites à des circonscriptions où le NPD avait terminé deuxième en 2011. Lorsqu'il s'est aventuré en terrain hostile, il a surtout ciblé des secteurs qui avaient voté pour le Parti conservateur, principalement en Ontario. Mulcair est d'ailleurs le chef qui a passé le plus de temps à courtiser l'électorat ontarien, y consacrant près de 60% de son temps. Malgré la récente percée des néo-démocrates en Alberta, Mulcair a consacré peu de temps aux Prairies, préférant miser sur le Québec, où il tente de préserver les gains de 2011.

Justin Trudeau, Parti libéral du Canada

Justin Trudeau a connu le début de campagne le plus agressif. Il a très peu visité des circonscriptions où il avait eu de bons résultats en 2011. Signe des gains que le PLC tente de faire, la formation a ciblé des circonscriptions chaudes, près du tiers de ses arrêts ayant eu lieu dans des secteurs où les écarts de votes étaient de moins de 5% aux dernières élections. Même si les Prairies sont généralement plus propices aux conservateurs, Justin Trudeau est le chef y ayant passé le plus de temps. Cette forte présence s'explique essentiellement par une visite en début de campagne en Saskatchewan dans quatre circonscriptions chaudement disputées en 2011.

Gilles Duceppe, Bloc québécois

N'ayant fait élire qu'une poignée de députés en 2011, Gilles Duceppe a sans surprise passé la majorité de son temps dans des circonscriptions qu'il espère reconquérir. Il a ainsi principalement ciblé des secteurs où son parti a terminé deuxième aux dernières élections, sièges majoritairement perdus aux mains du NPD. «Il ne fait aucun doute qu'il cherche à être très stratégique et à sauver les meubles. Il cherche à regagner les secteurs perdus», résume le politologue Jean-Herman Guay.

Elizabeth May, Parti vert du Canada

Le Parti vert du Canada se présente comme une formation pancanadienne, mais sa chef a davantage mené une campagne locale depuis le déclenchement des élections. Elle a en effet concentré ses efforts en Colombie-Britannique, où elle a passé plus de 85% de son temps. Elle a notamment visité à neuf reprises sa propre circonscription de Saanich-Gulf Islands. Aucun autre chef n'a passé autant de temps dans son fief. «Il y a probablement des raisons budgétaires: elle n'a probablement pas les moyens de traverser le pays», dit M. Guay.

Faible attention médiatique

- 42%

Le début de cette longue campagne fédérale suscite beaucoup moins d'attention dans les médias québécois que lors des élections de 2011. La Presse a recensé 1436 reportages sur l'un ou l'autre des chefs fédéraux publiés ou diffusés dans les principaux médias québécois durant les 25 premiers jours de campagne. C'est 1000 de moins que lors des 25 premiers jours de la campagne de 2011. Cette baisse de 42% n'étonne pas le politicologue Jean-Herman Guay, de l'Université de Sherbrooke. «La campagne débute mollement parce qu'on est en été. C'est comme une période d'échauffement. L'attention devrait augmenter et on devrait atteindre un niveau comparable à partir de la fête du Travail, quand tous les gens vont être de retour au travail.»

L'évolution des sondages

CANADA

«Depuis la mi-juin, c'est relativement stable», a évalué Claire Durand, professeure à l'Université de Montréal et spécialiste renommée des sondages. Il n'y a pas de montée en fusée ni de descente en flèche.» Toutefois, «on voit une légère baisse des conservateurs et une légère hausse des libéraux», même s'il est «trop tôt» pour tirer quelque conclusion que ce soit à cet égard.

QUÉBEC

Selon Claire Durand, c'est la montée rapide du NPD qui saute aux yeux dans ce graphique. «Le NPD est parti en flèche vers le haut et loin devant. Ça, c'est clair», a-t-elle expliqué. Parmi les derniers sondages effectués, quatre le placent au-dessus de la barre des 45% d'appuis. Les conservateurs et les bloquistes, eux, «sont clairement en descente depuis le début de l'été».

Engagements phares

Stephen Harper

  • Instaurer un crédit d'impôt permanent pour les rénovations des maisons
  • Soutenir la Stratégie maritime du Québec avec au moins 52 millions de dollars supplémentaires
  • Rendre illégaux les déplacements dans des zones désignées, notamment dans les territoires contrôlés par le groupe armé État islamique
  • Retarder la possibilité de libération conditionnelle pour certains meurtriers
  • Augmenter la somme que les gens peuvent retirer de leur REER pour faire l'achat d'une première maison

Thomas Mulcair

  • Créer un million de places en garderie à 15$ par jour en huit ans, avec le soutien des provinces
  • Équilibrer le budget fédéral dès l'an prochain
  • Décriminaliser la possession simple de marijuana «dès» la prise de pouvoir
  • Abaisser de 11 à 9% le taux d'imposition des petites et moyennes entreprises canadiennes
  • Rétablir le crédit d'impôt pour les épargnants qui choisissent d'investir dans les fonds de travailleurs

Justin Trudeau

  • Investir 60 milliards supplémentaires en travaux d'infrastructure sur 10 ans, au prix d'un report de l'équilibre budgétaire à 2019-2020.
  • Ajouter 2,6 milliards de dollars au financement de l'éducation au sein des collectivités autochtones
  • Créer un système de rentes à perpétuité pour les vétérans blessés au combat
  • Légaliser la possession simple de marijuana pour «protéger nos enfants»
  • Abolir la prestation universelle pour garde d'enfants (PUGE) et la possibilité de fractionner les revenus

Gilles Duceppe

  • Exiger une enquête sur le prix de l'essence au Bureau de la concurrence
  • Protéger le modèle agricole québécois, notamment la gestion de l'offre dans l'industrie laitière
  • S'opposer au projet d'oléoduc Énergie Est, qui ne comporte «aucun bénéfice pour le Québec»
  • Défendre les projets-pilotes québécois de sites d'injection supervisés, contre Santé Canada
  • Démontrer les avantages de l'indépendance dans différents domaines, notamment la sécurité maritime et le développement culturel

Elizabeth May

  • Mettre en oeuvre un «revenu de subsistance garanti» pour tous les Canadiens
  • S'opposer à tous les projets d'oléoduc, y compris Énergie Est au Québec
  • Fournir un chien à chaque vétéran affecté par le stress post-traumatique

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