Le cégep est un droit, mais pas le diplôme

Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps... (Photo Erick Labbé, Archives Le Soleil)

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Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps du Québec

Photo Erick Labbé, Archives Le Soleil

Louise Leduc
La Presse

« Le cégep, c'est un droit », lance Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps du Québec.

« Ceux qui avaient de la misère au primaire et au secondaire sont nombreux à poursuivre leurs études au cégep. Et la Charte des droits ne protège pas seulement les jeunes de moins de 16 ans. »

En entrevue - comme dans ses représentations auprès du gouvernement -, Bernard Tremblay plaide donc pour que les cégeps, qui accueillent de plus en plus d'élèves ayant des difficultés d'apprentissage ou des handicaps, aient droit à de plus généreuses subventions, comme en bénéficient, fait-il remarquer, les élèves du primaire et du secondaire.

D'emblée, chaque année, le programme Tremplin DEC admet au cégep 12 000 élèves. En très grande partie, ce sont là des jeunes à qui il manque des cours préalables, mais qui s'engagent à tout faire pour assurer leur réussite.

Pour ceux-là, comme pour tous ceux qui ont des difficultés d'apprentissage ou des handicaps, le cégep doit être le plus accueillant possible, dit M. Tremblay.

Mais que reste-t-il de l'idée voulant que les cégeps fassent partie de l'éducation supérieure ?

C'est là un « discours élitiste », selon M. Tremblay.

« L'éducation, au Québec, est un service public qui doit être offert sans discrimination », dit M. Tremblay.

L'essayiste Normand Baillargeon, qui a longtemps été professeur à l'UQAM et avant cela au cégep, a répété sur maintes tribunes sa consternation de voir arriver à l'université des étudiants trop faibles en raison d'une réforme de l'éducation inadéquate à son avis.

Certes, « notre désir d'égalité des chances fait admettre des gens - avec des troubles de toutes sortes - qui n'auraient pas rêvé de fréquenter le cégep il y 30 ans ».

N'empêche, selon lui, « et malgré un certain clientélisme déplorable », c'est globalement une bonne chose, « et les profs sont nombreux à être fiers de sauver un certain nombre d'étudiants ».

DIFFICULTÉS D'APPRENTISSAGE

Fait à noter, les difficultés d'apprentissage (la dyslexie, mais aussi la dysorthographie, la dyscalculie, les troubles de l'attention, etc.), considérées comme telles jusqu'à tout récemment, sont désormais considérées comme des handicaps.

Résultat : le nombre de cégépiens considérés comme handicapés a bondi, passant de 1303 en 2007 à 11 337 selon le dernier décompte de 2014 de la Fédération des cégeps.

Ceux qui ont ces problèmes arrivent au cégep avec un diagnostic. De ce diagnostic découlent des accommodements que sont tenues d'accorder les écoles - un peu plus de temps pour faire un examen, des examens adaptés aux besoins de ces élèves, etc.

Cela ne signifie pas pour autant que ces cégépiens soient immunisés contre toute suspension ou expulsion et que l'obtention du diplôme soit un droit, comme l'a appris un jeune Beauceron il y a quelques semaines.

Dans une sortie publique, Charles McKenna, élève du cégep de Beauce-Appalaches, a contesté le fait qu'il soit empêché d'y poursuivre ses études à la suite de trop nombreux échecs. Selon lui, ses handicaps - sa dysphasie, associée à une apraxie et à une dyspraxie - devraient le protéger contre pareille mesure.

Dans les faits, si ses handicaps lui garantissaient des accommodements, ils ne pouvaient lui garantir un diplôme.

Mais ceux qui échouent sont loin d'être systématiquement ceux qui sont considérés comme handicapés, nous ont dit plusieurs acteurs du réseau, qui ont observé que ce sont souvent des élèves habitués de redoubler d'efforts.

Souvent, les cégépiens se retrouvent en situation d'échec « parce qu'ils viennent de découvrir la radio étudiante et qu'ils tripent ou parce qu'ils viennent pour la première fois de quitter le nid familial et qu'ils sont déstabilisés », évoque Lucie Piché, présidente de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep et enseignante en histoire.

Même si tout cela ensemble fait en sorte que des milliers de cégépiens sont en situation d'échec, Mme Piché plaide, comme M. Tremblay, pour un cégep qui soit le plus inclusif possible.

À son avis aussi, le cégep est un droit ? « Ce n'est pas vraiment ma perspective. »

« Ma perspective, c'est surtout de penser qu'il faut tout faire pour offrir le soutien nécessaire à un étudiant. Et réussir, ça peut aussi souvent vouloir dire d'aider un jeune à trouver une solution de rechange », dit Lucie Piché.

Ainsi, Mme Piché plaide pour qu'on mise davantage sur l'orientation, pour qu'on aide encore plus les élèves à trouver une formation qu'ils pourront réussir, mener à terme, pour laquelle ils seront motivés et qui leur permettra de contribuer au mieux à la société.

D'autant qu'au bout du compte, rappelle Bernard Tremblay, de la Fédération des cégeps, « la société a un grand besoin de main-d'oeuvre ».




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