Des professeurs spécialisés dénoncent le manque de ressources

Des enseignantes en classes spéciales de l'école Iona... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Des enseignantes en classes spéciales de l'école Iona dénoncent les conditions dans lesquelles elles exercent leur métier. Sur la photo : Mandy Vallières, Julie St-Onge, Michèle Morrone-Giroux (derrière Julie), Annie Quintin (devant avec les bras croisés), Marie-Eve Bourret (en arrière, à la droite de Michèle), Joïse Claveault et Maya Boubrik.

Photo Alain Roberge, La Presse

La Semaine des enseignantes et des enseignants amorcée lundi se veut une occasion de valoriser le travail des professeurs. Pour un groupe d'enseignantes en adaptation scolaire de Montréal qui dénonce le manque criant de ressources pour aider les élèves, le seul fait d'être écoutées serait déjà un pas en avant.

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Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, la mairesse de Montréal, Valérie Plante et Catherine Harel Bourdon (Présidente de la CSDM) tiennent une conférence de presse pour annoncer un investissement de 740 millions pour les écoles du Québec, à l'école primaire Iona, dans NDG.

Photo Alain Roberge, La Presse

« Entendez-vous ce qu'on vous dit ? demande Maya Boubrit d'un ton légèrement excédé. On a besoin de services d'orthophonie, d'orthopédagogues, de psychologues, de soutien de toutes sortes. »

L'enseignante est attablée dans un restaurant de Côte-des-Neiges avec ses collègues de l'école Iona. Même si elles ont la « force de l'équipe », ces titulaires de classes consacrées à des élèves qui ont des troubles de langage et des difficultés d'apprentissage se disent à bout de souffle.

« On se sent seules face aux enfants et à leurs difficultés, souvent complexes. On sent qu'on ne peut pas aller à 100 % de la capacité de l'enfant », laisse entendre Julie St-Onge, enseignante avec 15 années d'expérience.

Parfois on se dit : "Si j'avais plus de temps, plus d'aide, il pourrait aller plus loin"... », ajoute t-elle.

Les enfants qui fréquentent leurs classes ont d'importants problèmes de langage et peinent parfois à faire une phrase complète. Le français est souvent leur deuxième ou troisième langue. Chacun de ces élèves est un « petit univers » en soi, illustre l'enseignante Mandy Vallières.

« On ne peut pas faire un portrait de notre classe. Tu as l'élève dans sa bulle, que tu ramènes en parlant d'un animal. Tu as l'autre qui est vraiment à son affaire, qui persévère, mais qui en arrache. Il y a celui que tu ne comprends pas quand il parle, même si ça fait un an que tu travailles avec lui. Il y a l'autre qui a de la difficulté à saisir quand tu lui demandes comment ça va... »

UN CONTEXTE DE PLUS EN PLUS LOURD

Le contexte dans lequel l'enseignement se fait est de plus en plus lourd, disent ces professeures.

Elles affirment qu'elles n'ont pas vu la couleur des nouveaux spécialistes embauchés cette année. Au contraire, trois nouvelles classes ont été ajoutées dans les dernières années, mais les services en orthophonie n'ont pas suivi, disent-elles. « Ils s'acharnent à appeler ça un maintien de service, ce qui n'est pas vrai. Dans les faits, c'est une diminution de service », dit Mandy Vallières.

La présidente de la Commission scolaire de Montréal soutient qu'au contraire, le nombre d'élèves bénéficiant de plans d'intervention est stable, tandis que les embauches de spécialistes sont en hausse.

« Nous avons embauché cette année 40 orthophonistes de plus. Elles ne sont pas toutes à temps plein, mais elles ont été assignées en priorité à des classes en besoins spécialisés », explique Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal

Mme Harel Bourdon précise toutefois que les départs en congé de maternité ou en congé de maladie peuvent être plus difficiles à pallier.

Les parents de Côte-des-Neiges dont les enfants obtiennent un diagnostic de dysphasie sévère sont dirigés vers l'école Iona, qui est un « point de services » pour ces élèves. Chacune des classes compte huit enfants.

« On les dirige vers notre école en leur faisant miroiter qu'ils auront beaucoup plus de services, alors que dans les faits, les postes ne sont pas comblés. Les élèves ont un professeur spécialisé, mais les services qui devraient venir avec ça ne sont pas là », estime pourtant l'enseignante Joïse Claveault.

« QU'IL SE PASSE QUELQUE CHOSE »

À la mi-janvier, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, était de passage à l'école Iona pour annoncer des investissements « historiques » pour rénover les écoles de la province.

Certaines enseignantes en adaptation avaient pensé se déguiser en « femmes-sandwichs » pour attirer son attention et celle de la ministre Hélène David, de la mairesse Valérie Plante et de la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel Bourdon, également présentes à cette annonce.

« On voulait qu'il se passe quelque chose », dit Annie Quintin.

De peur d'être expulsées, les enseignantes ont plutôt choisi de poser sur les chaises des invités un document décrivant leur quotidien et demandant des solutions au manque de ressources qu'elles dénoncent. « On espère que les documents vont être lus et qu'ils vont nous en donner des nouvelles. On peut toujours rêver », conclut Annie Quintin.




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