Des suppléants recrutés sur Facebook

Plusieurs commissions scolaires peinent à recruter des suppléants... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Plusieurs commissions scolaires peinent à recruter des suppléants et ont recours à des solutions inusitées, notamment la publication d'annonces sur Facebook.

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Devant la pénurie chronique de suppléants à laquelle font face plusieurs commissions scolaires, des enseignants à la recherche d'un remplaçant doivent faire preuve d'ingéniosité.

Quelques mois après le début des classes, plusieurs commissions scolaires du Québec continuent à chercher désespérément des enseignants. La situation est particulièrement problématique pour les remplacements de courte ou moyenne durée, si bien que plusieurs enseignants cherchent eux-mêmes leurs remplaçants sur les réseaux sociaux.

Enseignante dans la région de Montréal, Martine Bourdeau planifiait depuis trois ans de prendre un long congé. Or, à moins d'un mois de son départ, on peinait à lui trouver une suppléante jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Inquiète, elle a entrepris des démarches en publiant un message sur Facebook, comme plusieurs autres enseignants de partout dans la province l'ont fait au cours des dernières semaines. Une étudiante en enseignement qui cherchait un dernier stage a répondu à l'appel. « C'est un don du ciel, je suis tellement contente », dit l'enseignante au primaire, qui voulait s'assurer de laisser ses élèves entre bonnes mains.

« Avant, quand il y avait absence d'un professeur, on avait une banque de candidats qui pouvait être consultée pour répondre aux besoins. Cette banque n'existe plus : chaque fois qu'un professeur s'absente, il faut gratter plus loin pour trouver des candidats qui ont les qualifications », explique Éric Ladouceur, coordonnateur aux communications à la Commission scolaire des Affluents. Son organisation est aux prises avec le même problème de pénurie de suppléants que la commission scolaire où travaille Mme Bourdeau.

Le manque de suppléants amène également les enseignants à faire des remplacements sporadiques pendants leurs périodes libres, consacrées habituellement à d'autres tâches inhérentes à leur travail, par exemple la correction.

« C'est supposé être des mesures exceptionnelles, s'il n'y a rien d'autre de possible. C'est rendu généralisé, et c'est un problème », dit Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l'enseignement (FAE).

« En plus, les professeurs se font refuser des formations, parfois le matin même, par exemple sur l'implantation de nouveaux programmes », ajoute Nathalie Morel.

À la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, on est en « recrutement constant » et on affiche sur les réseaux sociaux des annonces qui font état d'un « besoin urgent d'enseignants ». « Tous nos besoins sont comblés, mais notre marge de manoeuvre en suppléants est très serrée », explique la directrice des ressources humaines, Chantal Langelier.

LA PETITE SÉDUCTION

Pour recruter des enseignants, la Commission scolaire des Affluents, dont le territoire couvre notamment les villes de Terrebonne et de Repentigny, lorgne entre autres du côté de l'Université du Québec à Trois-Rivières. L'argument de poids qui est présenté aux finissants : ils n'auront pas à traverser de pont pour aller travailler.

« C'est des choses qu'on ne faisait pas avant », dit Éric Ladouceur, coordonnateur aux communications de la Commission scolaire des Affluents. 

« Habituellement, les candidats venaient tout seuls. Nos représentants des ressources humaines vont jusqu'à Rimouski pour chercher des candidats », ajoute-t-il.

Ce n'est pas la grande séduction, mais pas loin. Dès leurs premiers stages dans les écoles de la province, des étudiants commencent à être courtisés par les commissions scolaires pour faire de la suppléance. Bien qu'ils ne détiennent pas de brevet d'enseignement, ils ont une « autorisation provisoire d'enseigner ».

À la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, on recrute depuis septembre des étudiants qui ont terminé leur deuxième stage en enseignement, plutôt que le troisième comme c'était le cas les années précédentes.

« On les prend sous les mêmes conditions que ce qu'on avait pour les troisièmes années de stage. Il faut qu'ils aient passé l'entrevue et qu'ils soient assez solides pour prendre une classe en charge », précise Chantal Langelier, directrice des ressources humaines de la commission scolaire.

« Il n'est pas hors du commun pour des étudiants de recevoir plusieurs appels tous les jours pour de la suppléance », confirme Sarah Sanders, présidente de l'Association générale des étudiantes et des étudiants en éducation de l'Université de Montréal.

STAGES EN EMPLOI

La pénurie d'enseignants crée également une situation « exceptionnelle » pour ceux qui en sont à leur dernier stage, dit-elle. Des commissions scolaires de Montréal offrent la possibilité à des étudiants de faire des stages en emploi.

La FAE estime que les rôles de stagiaire et d'enseignant ne doivent pas être confondus. « C'est précieux, ces moments-là, dit Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle. Le stage 4, c'est un gros stage et c'est un moment d'apprentissage, les stagiaires ont besoin de soutien. 

« Ça n'a pas d'allure de faire ça à des gens qui n'ont pas passé l'ensemble des stages : il y a un processus, et on y croit » dit Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle de la FAE.

Comme la course aux enseignants est féroce partout au Québec, il reste qu'attirer des stagiaires peut s'avérer payant pour une commission scolaire. « On sait très bien qu'une fois qu'ils ont mis le pied dans un environnement de travail qu'ils apprécient, il y a beaucoup de chances que ces gens-là restent dans la commission scolaire », dit la directrice des ressources humaines de la commission scolaire de Saint-Hyacinthe, Chantal Langelier.

La vice-présidente à la vie professionnelle de la FAE estime qu'il ne s'agit pas uniquement d'un problème d'embauche et rappelle que la profession enseignante souffre d'un problème d'attrait et de rétention. « Les conditions d'exercice, c'est de ça qu'il faut se parler. Oui, ça passe par les conditions salariales. Mais ça passe surtout par le respect de l'autonomie professionnelle, des mesures de soutien pour les élèves en difficulté, des ratios en classe qui ont plus d'allure, de bonnes conditions matérielles. Ce sont des enjeux globaux », dit Nathalie Morel.




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