La réforme de 2000 est un échec, disent les enseignants

Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation... (Photo Yan Doublet, archives Le Soleil)

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Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation

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Louise Leduc
La Presse

Parents, ne vous fiez pas trop aux bulletins de vos enfants : les notes sont couramment gonflées artificiellement pour que l'école ait l'air de performer à la hauteur des attentes du gouvernement. La réalité, c'est que les programmes éducatifs québécois sont mal foutus et que l'école produit trop d'analphabètes fonctionnels.

C'est ce qu'ont dénoncé, hier, sans détour et d'une même voix les trois syndicats d'enseignants francophones de l'île de Montréal dans le cadre de la commission sur la réussite scolaire mise en place par le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx.

« On veut que l'élève réussisse [sur papier] à tout prix, quitte à mentir ou à niveler par le bas. Que veulent vraiment dire les notes du bulletin ? », a demandé hier Mélanie Hubert, présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Ouest de Montréal qui représente les enseignants de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

« La réforme [des programmes scolaires instaurée en 2000] a voulu apprendre aux élèves à apprendre. Mais encore fallait-il leur faire apprendre quelque chose ! »

Après une première moitié de mandat passée dans le brassage de structures de commissions scolaires et dans les coupes, le ministre Proulx a voulu entendre les acteurs de l'éducation sur les façons d'améliorer la réussite scolaire. Les syndicats ont saisi l'occasion et n'ont pas mis de gants blancs.

À leurs yeux, le ministère de l'Éducation doit reconnaître que sa réforme des programmes pédagogiques mise en place en 2000 est un échec.

« Ça fait 15 ans que la réforme est implantée, et les enseignants ont encore du mal à s'y retrouver », se désole Mme Hubert.

Plutôt que de transmettre de vraies connaissances aux enfants, la réforme de 2000 a cherché à leur donner des compétences. « Mais des compétences, c'est vague à enseigner et vague à évaluer. »

Des exemples de compétences trop floues ? « Mes préférées, a dit avec une pointe de sarcasme Mme Hubert en coulisses, ce sont celles qui nous demandent d'évaluer si l'enfant a su "adopter un mode de vie sain et actif" et s'il sait lire "des textes variés". »

Autre problème majeur : le manque total d'uniformité dans les matières enseignées.

Par exemple, dans certaines écoles, on enseigne aux enfants seulement les lettres détachées. Dans d'autres, seulement les lettres cursives. Dans d'autres encore, les deux méthodes.

« L'élève qui est à Montréal doit apprendre la même chose que celui qui est à Chicoutimi ! », a plaidé en entrevue Catherine Renaud, présidente de l'Alliance des professeurs de Montréal (ceux de la Commission scolaire de Montréal).

LES CYCLES, C'EST PROBLÉMATIQUE

Les profs en ont aussi contre le fonctionnement par cycle. Comme les concepts doivent être vus sur un horizon de deux ans au primaire (1re et 2années regroupées, 3e et 4e, 5e et 6e), un élève qui change d'école se fera peut-être servir deux fois de suite les mêmes enseignements et en échappera d'autres selon que le professeur a choisi d'enseigner telle ou telle notion à la première ou à la deuxième année du cycle.

Mais ne réclamez-vous pas d'avoir de la marge de manoeuvre dans vos classes ? a demandé le ministre Proulx aux syndicats. Certes, a répondu Mme Hubert, « mais ce serait sain que le Ministère nous dise quoi enseigner, et en quelle année ».

Le ministre a écouté et donné quelques indices des changements qu'il compte apporter. « Le taux de diplomation est plus élevé en Ontario, où on évalue beaucoup moins souvent les élèves qu'au Québec. Les enfants ontariens ont 16, 17 ou 18 évaluations du primaire au secondaire et les Québécois, quelque chose comme 83. Pensez-vous, comme moi, qu'on devrait évaluer les enfants moins souvent ? »

Assurément ! a lancé Mme Hubert. « On passe notre temps à évaluer et à préparer les enfants à des examens et trop peu de temps à enseigner. »

En entrevue en fin de journée, le ministre Proulx a expliqué « qu'on aura toujours besoin d'un système d'évaluation » mais qu'il entendait voir s'il y aurait moyen de limiter le nombre d'examens et « la pression indue mise sur les élèves et sur le personnel ».

M. Proulx s'est aussi montré soucieux d'améliorer la littératie des enfants, en plus d'insister davantage sur l'importance de la communication orale.

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