Initiations à l'UdeM: «On vient de repartir à zéro», dit Hélène David

La ministre responsable de l'Éducation supérieure a dit... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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La ministre responsable de l'Éducation supérieure a dit hier qu'il devait y avoir « une façon de faire [les initiations] qui soit très encadrée, clairement orientée sur des balises à ne pas franchir ».

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« On recule, alors qu'on veut avancer. » La ministre responsable de l'Enseignement supérieur, Hélène David, a été choquée d'apprendre que des activités incitant à commettre des gestes à caractère sexuel et perpétuant « la culture du viol » s'étaient immiscées dans les initiations de la faculté de droit de l'Université de Montréal, plus tôt ce mois-ci. La ministre promet d'être « de tous les combats » et de travailler « sans relâche » pour changer les mentalités.

Des étudiantes en droit de l'Université de Montréal se sont senties « presque obligé[es] » de se déshabiller dans un contexte qui encourageait « plusieurs étudiants à accepter de poser ou de subir des comportements sexuels déplacés » dans le cadre des initiations de la rentrée, selon un texte publié dans le journal étudiant Le Pigeon dissident. Hélène David - qui vit sa première rentrée à titre de ministre responsable de l'Enseignement supérieur - a été choquée de constater qu'après des mois de campagne de sensibilisation pour contrer la « culture du viol » dans les établissements d'enseignement, de tels comportements étaient toujours observés.

« Je pensais honnêtement qu'on était rendus plus loin que ça en 2016 », a commenté la ministre, s'avouant du même coup « déçue, choquée et bouleversée ».

« On a collaboré à une campagne de sensibilisation dont le slogan est "Sans oui, c'est non !", rappelle la ministre. [...] Ma collègue Lise Thériault [ministre responsable de la Condition féminine] et moi, on a investi pas loin de 40 000 $ pour les aider. Et là, je me lève ce matin et je vois ça. Je me dis : "Ah non. Ce n'est pas vrai." On vient de repartir à zéro. »

La ministre répète à plusieurs reprises durant l'entrevue qu'il ne faut pas montrer du doigt tous les étudiants. « Au contraire, les associations étudiantes, notamment celle de l'Université de Montréal, font un très beau travail », souligne-t-elle. Or, dans le cas présent, la minorité auprès de laquelle le message ne passe pas est constituée de futurs juristes. « Ce sont des étudiants en droit. En droit », répète la ministre, consternée.

«Ce sont des étudiants qui vont être un jour des avocats, peut-être des juges, qui vont défendre des femmes et des hommes victimes d'abus sexuels, qui vont défendre des gens qui ont abusé sexuellement. C'est comme ça qu'ils commencent leurs cours de droit?»

Hélène David

« Je serai de tous les combats »

La ministre salue les mesures prises à l'École de technologie supérieure (l'alcool est interdit lors des activités d'intégration) ou encore à l'Université du Québec en Outaouais (le recteur a promis de mettre en place un plan stratégique quand des événements à connotation sexuelle ont été rapportés dans les médias il y a quelques semaines). Est-ce que les établissements doivent serrer la vis ? Oui, croit Mme David.

« Est-ce que ça veut dire qu'il faut sortir les initiations ? Pas nécessairement. Je pense qu'il doit y avoir une façon de faire qui soit très encadrée, clairement orientée sur des balises à ne pas franchir », explique la ministre, qui offre sans équivoque son aide aux associations étudiantes et aux universités qui en ressentent le besoin.

Mme David n'exclut pas l'idée de former un comité spécial qui pourrait se pencher sur la question. Elle doit rencontrer les principales associations étudiantes dans les prochains jours et entend mettre le sujet à l'ordre du jour.

« On va réfléchir tous ensemble à quelque chose de peut-être plus significatif comme action. [...] J'ose croire que ce qui s'est passé à l'UQO, à l'ETS, à l'Université de Montréal ou ailleurs [mettra en évidence] qu'il faut qu'il y ait une conscience collective beaucoup plus poussée sur ces questions-là. Et moi, je serai de tous les combats. »

L'Université de Montréal prend l'affaire au sérieux

« Bien entendu, on est d'accord [pour dire] que ce genre de gestes est inacceptable et il faut tout faire, les universités incluses, pour rétablir une culture de respect lors de ces activités-là. Si des jeunes femmes se sont senties dénigrées, ce n'est pas acceptable », a affirmé Geneviève O'Meara, porte-parole de l'Université.

De nombreuses mesures sont déjà en place, notamment un guide pratique dans lequel tout type d'activités organisées en lien avec l'Université est réglementé. Par exemple, on peut y lire que lors d'une activité de type « initiation », « aucune forme de nudité, partielle ou complète, n'est présente. Également, tout objet à connotation sexuelle est interdit ». On ajoute : « Les activités sont respectueuses et aucunement dégradantes, les jeux à connotation sexuelle, les jeux de pouvoir (l'aspect domination versus soumission) ou les jeux à connotation violente sont proscrits. » Dans le cas des initiations à la faculté de droit, les organisateurs des activités d'intégration avaient reçu la formation obligatoire.

Une rencontre aura lieu « dans les plus brefs délais » entre la direction de l'Université, l'Association des étudiants en droit, la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal, la directrice du Bureau d'intervention en matière de harcèlement et le recteur de la faculté de droit pour faire la lumière sur les événements de la rentrée.

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