François Blais, un ministre jugé beaucoup trop discret

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Contrairement à son prédécesseur Yves Bolduc, le ministre de l'Éducation François Blais s'est montré d'une discrétion rare, refusant toute entrevue de fond avec un média depuis sa nomination.

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Louise Leduc
La Presse

«Avons-nous seulement un ministre de l'Éducation?». C'est la question que pose Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), à quelques semaines du premier anniversaire de François Blais comme ministre de l'Éducation.

«Si on faisait un sondage dans la population et qu'on demandait aux gens de nommer le ministre de l'Éducation, combien de personnes seraient capables de l'identifier?», demande-t-elle.

Tout en se montrant critique, elle est prête à donner néanmoins une chance au coureur, sous condition. «Des ministres de l'Éducation, on en a tellement eu et on a tellement besoin de stabilité! En même temps, il faudrait qu'il démontre qu'il a réellement l'intention de défendre son réseau, ce qu'il n'a certes pas démontré jusqu'ici.»

Peut-être s'active-t-il en coulisses, «mais il détient quand même le deuxième plus gros portefeuille au Québec. Il faut qu'il soit à la hauteur de ses fonctions et que l'on voie des résultats».

À la décharge de M. Blais, Mme Chabot estime qu'il fait partie d'un gouvernement qui se refuse «à tout dialogue social» et qui donne très peu de place à ses ministres.

Sous la note de passage

Égide Royer, professeur à l'Université Laval en adaptation scolaire, ne donne pas la note de passage à François Blais. «Il est loin de faire en sorte que l'éducation devienne une priorité au Québec, comme c'est le cas en Ontario», dit M. Royer.

Au surplus, selon lui, François Blais n'a pas fait jusqu'ici la démonstration qu'il a une vraie vision de l'éducation, et une vision basée sur ce que les dernières études désignent comme étant les meilleures pratiques pédagogiques.

Camil Bouchard, auteur du rapport Un Québec fou de ses enfants et ex-député péquiste, commence par dire qu'il avait des attentes très élevées face à François Blais, chercheur et ex-doyen de la faculté des sciences sociales de l'Université Laval qu'il a côtoyé comme universitaire et dont il estimait le parcours jusque-là. «Nous avons connu des ministres de l'Éducation qui savaient défendre leurs budgets et qui incarnaient l'éducation - les Paul Gérin-Lajoie, Jean-Guy Cardinal, par exemple. Nous sommes loin de cela.»

Cela dit, M. Bouchard constate que «le président du Conseil du trésor a vraiment le gros bout du bâton dans ce gouvernement» et qu'un autre politicien ne saurait peut-être pas faire mieux dans ces circonstances.

«Vite, il faut un nouveau ministre de l'Éducation», lance sans détour pour sa part l'ancien syndicaliste Réjean Parent.

«[François Blais] est complètement déconnecté du milieu et il n'a pas l'air d'avoir de véritable stratégie sur l'un des enjeux essentiels, à savoir l'amélioration des taux de réussite scolaire.» - Réjean Parent

«Le Québec aurait besoin d'un nouveau ministre, mais surtout, d'un ministre qui serait là pour rester parce que la durée de vie moyenne des ministres de l'Éducation, ces derniers temps, est d'à peu près 16 mois...»

M. Blais a lui-même succédé à Yves Bolduc, qui est resté à l'Éducation moins d'un an. Jugé de commerce agréable et très accessible, M. Bolduc était apprécié sur le plan personnel des acteurs de l'éducation. Le milieu ne l'a pas ménagé pour autant, lui qui a souligné à grands traits chacune de ses déclarations maladroites qui avaient le tour de mettre son gouvernement dans l'embarras.

Contrairement à M. Bolduc, François Blais s'est montré, lui, d'une discrétion rare, refusant toute entrevue de fond avec un média depuis sa nomination. Ses conférences de presse d'importance ont été programmées un vendredi après-midi ou un dimanche et, dans certains cas, sans qu'on prévienne par courriel les journalistes parlementaires, comme on le fait habituellement. 

«Leadership déficient»

«Je me permettrai d'être assez sévère», dit Isabelle Lacroix, directrice de l'École de politique appliquée à l'Université de Sherbrooke, quand on lui demande de commenter à son tour la performance de François Blais jusqu'ici.

«Cette année aura été celle où la population s'est beaucoup mobilisée pour l'éducation. Et face à cela, on a eu un ministre au leadership déficient, un ministre effacé, que l'on a très peu entendu et qui a néanmoins trouvé le moyen de faire des déclarations malheureuses quand il a parlé.»

Mme Lacroix évoque cette fois, pendant les grèves étudiantes, où il a suggéré aux recteurs d'expulser «deux, trois étudiants par jour» pour refroidir les ardeurs de certains.

De fait, certaines de ses rares sorties n'ont pas été bien accueillies. Sa défense des coupes - alors qu'il disait par exemple en octobre qu'il serait «maladroit» de réinvestir en éducation - lui a aussi été largement reprochée.

Lors d'une réunion privée, M. Blais a aussi déclaré que le ministère de l'Éducation est «vieillot» et que des fonctionnaires pourraient être invités à «relever de nouveaux défis ailleurs». Ses propos ont eu tôt fait d'être transmis à La Presse.

Le grand dossier de François Blais aura été jusqu'ici celui de la gouvernance, qui implique un immense bouleversement des commissions scolaires.

Louise Chabot, de la CSQ, lui donne là-dessus le mérite d'avoir pris le temps de consulter et de réfléchir avant de lancer le projet de loi, qui fera l'objet d'une commission parlementaire à la fin du mois de janvier.

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