Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM: «N'en jetez plus, la cour est pleine»

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) connaît sa... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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La Commission scolaire de Montréal (CSDM) connaît sa quatrième année de compressions de suite, souligne sa présidente, Catherine Harel Bourdon. Les parents doivent s'attendre à en ressentir les impacts, dit-elle.

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La présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a un souhait à formuler à l'égard du gouvernement en cette rentrée scolaire déjà mouvementée. «On espère qu'on ne va pas nous rajouter des coupures. Parce que ça va faire, n'en jetez plus, la cour est pleine», lance-t-elle.

Si Catherine Harel Bourdon qualifie l'an dernier de véritable «tempête» budgétaire, elle prévient les parents qu'ils doivent se préparer à en ressentir les impacts sur leurs enfants. En 2017, il y aura eu 100 millions de dollars de réductions budgétaires, a-t-elle rappelé lors d'un entretien avec La Presse dans ses bureaux du siège social, rue Sherbrooke.

«La première année, c'est difficile quand il y a des coupures. La deuxième année, un peu plus. Puis, il y a eu la troisième, et là nous en sommes à la quatrième. C'est certain qu'on ne peut pas faire comme si tout va bien, et affirmer que nos élèves ont tous droit aux mêmes services. Juste pour cette année [2015-2016], on parle de 24 millions à couper.»

Dès la rentrée, jeudi dernier, des élèves inscrits dans des écoles à l'extérieur de leur quartier (libre choix) ont appris qu'ils étaient expulsés en raison des ratios dépassés par classe. Une dizaine d'enseignants ont été embauchés, mais ce ne sera pas suffisant pour réintégrer les 143 enfants touchés. Au même moment, une classe maternelle dans Hochelaga-Maisonneuve a été fermée. Quarante enfants sont refoulés dans deux classes, une enseignante sera mutée.

Au cours des prochaines semaines, les parents risquent d'être témoins d'autres situations découlant directement des compressions budgétaires, admet Mme Harel Bourdon. Elle espère que le ministre de l'Éducation, François Blais, aura la décence de venir visiter des écoles à Montréal pour saisir les particularités du territoire. «Son prédécesseur, Yves Bolduc, avait au moins eu la délicatesse de visiter trois de nos écoles à vocation particulière», dit-elle.

Les coupes ont touché de nombreux secteurs. Voici la variation du budget de chacun et le nombre de postes touchés.

Professionnels

- 9,89% (68 postes supprimés)

Ce poste budgétaire regroupe entre autres les conseillers pédagogiques. Ce sont eux qui font la tournée des écoles pour fournir des outils et conseils aux enseignants du primaire et du secondaire. Ils sont présents pour les activités d'éveil à la lecture, et leur présence est souvent essentielle pour l'accueil et les activités de francisation auprès des nouveaux arrivants. Dans les quartiers défavorisés, aussi. «Les familles de ces enfants-là veulent que leurs enfants réussissent. Les parents sont très présents dans leur enseignement. Ils sont reconnaissants. Pour vous donner un exemple, on a reçu le cas d'un enfant de la Syrie qui a connu les camps de réfugiés. Je ne sais pas jusqu'à quel point le ministre Blais est conscient de cette réalité.»

Cafétéria

- 11,76% (8,52 postes supprimés)

Certains enfants attendront plus longtemps à l'heure du dîner pour recevoir leur plateau. Au fil des ans, la Commission scolaire de Montréal a étendu son aide alimentaire au-delà des écoles situées dans des milieux défavorisés. Des cafétérias externes et des organismes sans but lucratif préparaient des repas chauds le midi. Aujourd'hui, elle fait marche arrière. «On avait des cafétérias qui faisaient les repas pour les élèves de leur école, mais qui agissaient aussi comme traiteurs pour des personnes en milieu défavorisé. En coupant une portion de ces repas, ça réduit le nombre de repas dans les cafétérias, donc le personnel. Il est possible que tout ça crée plus d'attente», explique la présidente.

Cadres administratifs

- 4,03% (5 postes supprimés)

Les revenus de la taxe scolaire permettent, entre autres, de payer les secrétaires, les directions d'école et l'entretien régulier. On parle d'une somme de 150 millions provenant de la taxe sur un budget d'environ 1 milliard, soit environ 15%. «On a réduit de beaucoup les directions adjointes, le nombre de secrétaires aussi. Mais il y a des limites. On ne peut pas mettre une secrétaire juste deux-trois jours semaine. Elle est un service essentiel. La secrétaire s'occupe de signaler les absences, de les compiler. Elle s'occupe des premiers soins, du lunch oublié, etc. Quant aux directions d'école, il ne faut pas oublier qu'elles s'occupent des plans d'intervention, de la performance, de la réussite des élèves.»

Conciergerie

- 7,38% (25,82 postes supprimés)

Est-ce que les toilettes et vestiaires des écoles seront moins propres? Est-ce qu'il y aura encore du savon et du papier pour les mains dans les distributeurs? Ce sont les élèves qui seront à même d'en juger au cours de la prochaine année scolaire. La commission scolaire a supprimé six postes de concierge, près de dix postes d'ouvrier et d'aide-concierge. Dans un contexte où une partie du parc immobilier tombe en décrépitude, ces compressions sont délicates. Les coupes auront un impact direct sur la propreté et la qualité de l'air des écoles, a déjà prévenu la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

Soutien administratif et technique

- 6,60% (76,06 postes supprimés)

Ce sont les techniciens en travaux pratiques, en documentation, en loisirs et en travail social. Ce sont les surveillants d'élèves, aussi. Dans un contexte où il faut s'arracher les services des psychologues, ils sont souvent des oreilles précieuses, estime Mme Bourdon. «On a réorganisé nos services, en regroupant des services comme les psychologues. Il y a du bon là-dedans en cas d'absence chez un professionnel, mais il faut comprendre que le personnel de soutien joue souvent un rôle de premier plan auprès des élèves. Dans certains cas, c'est le confident pour certains élèves.»

Adaptation scolaire

+ 1,49% (7,89 postes créés)

En raison de la forte demande, la CSDM a créé quelques postes en éducation spécialisée. Mais ce n'est pas assez pour ce que la présidente qualifie «d'école-hôpital». Il y en a sept sur le territoire. Ce sont des écoles qui s'occupent d'enfants autistes, handicapés, de déficience intellectuelle (EHDAA), etc. «À l'heure actuelle, on reçoit 20 millions par école [il y en a sept], mais ça nous en coûte 30 millions par année. Le ratio est de 12 élèves par classe, mais il faut comprendre qu'on ne peut pas mettre 12 autistes dans une seule classe. On explique depuis des années qu'on va chercher l'argent ailleurs, que ça fait partie de notre déficit. Mais ça n'a pas été reconnu. Malgré tout, le gouvernement nous dit que nous sommes assez financés pour ce type d'élèves.»

Et pendant ce temps, en Abitibi-Témiscamingue

À l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, on compte 20 professeurs en moins par rapport à ce que prévoit le plan d'effectifs. Au cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, on baisse le chauffage. «On a abaissé la température de chaufferie de 1,5 degré et on en est à 21 degrés. Dans certains locaux, c'est frisquet», dit Sylvain Blais, directeur général. Les tarifs de stationnement ont aussi été haussés, particulièrement pour le personnel, qui essuie une augmentation de 40% des coûts, qui se situeront à 170$ cette année.

- Avec la collaboration de Louise Leduc

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