Couillard ne désavoue pas les tableaux blancs interactifs

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Le premier ministre admet que le TBI est loin d'être une panacée: la technologie n'est qu'un moyen à ses yeux et il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, selon lui.

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
QUÉBEC

Philippe Couillard ne désavoue pas l'imposition de tableaux blancs interactifs (TBI) dans les écoles au coût de 240 millions de dollars, même si une étude aux résultats dévastateurs remet en cause leur fiabilité et leur utilité.

Toutefois, il est illusoire de s'accrocher à cette technologie pour améliorer la performance du système d'éducation au Québec, selon le premier ministre, alors que son prédécesseur, Jean Charest, qui a lancé ce plan en 2011, avait lié la réussite scolaire à l'arrivée de cet outil.

M. Couillard a ainsi réagi, mardi, aux résultats d'une étude d'un centre de recherche de l'Université de Montréal. Cette étude, dont le résumé a été obtenu par La Presse Canadienne, a été effectuée auprès de 6000 élèves et 400 professeurs.

Elle révèle que Québec aurait pu trouver des solutions 10 fois moins chères au lieu d'imposer les TBI et que cette décision n'était «aucunement réfléchie». Les enseignants manquent de formation, les problèmes techniques sont nombreux et les élèves interagissent trop peu avec cet outil pédagogique.

Le premier ministre a soutenu que le ministère de l'Éducation donne maintenant davantage de formation et qu'il a reçu des témoignages de professeurs en faveur des TBI.

«Clairement, il faut augmenter la formation et c'est ce que le ministère va faire», a dit M. Couillard mardi matin, dans une conférence de presse au ministère du Conseil exécutif à Québec.

Il maintient aussi que l'objectif d'équiper toutes les salles de classe du Québec doit être maintenu, alors qu'un peu plus des deux tiers des salles en sont actuellement pourvues.

«Si la formation se fait, je pense que cela peut être positif», a-t-il dit.

Cependant, le premier ministre admet que le TBI est loin d'être une panacée: la technologie n'est qu'un moyen à ses yeux et il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, selon lui.

«C'est illusoire de dire que parce qu'on va mettre de la technologie dans une classe, automatiquement, la performance du système d'éducation va s'améliorer. Il y a bien d'autres éléments à prendre en compte. Cela n'a pas de vertu magique en soi, la technologie», a dit M. Couillard.

À l'opposé, lors du discours inaugural où il avait lancé le programme des TBI, en 2011, le premier ministre Jean Charest avait lié la réussite scolaire à l'arrivée de cette technologie.

«Nous allons poursuivre et intensifier notre combat pour la réussite scolaire de nos enfants. (...) Nous allons rapprocher l'école de nos jeunes, spécialement des garçons. Nos jeunes sont attirés par les nouvelles technologies. C'est leur univers. L'école doit s'inscrire dans cette réalité. J'annonce que chaque classe de chaque école du Québec sera dotée d'un tableau blanc intelligent», avait dit M. Charest.

Le ministre de l'Éducation, François Blais, a pour sa part plaidé que les technologies «ouvrent les classes sur le monde». En point de presse, il a lancé un message aux enseignants: le TBI est utile, une fois qu'on a reçu une formation adéquate.

«Une fois qu'on se l'approprie, l'investissement en temps en vaut vraiment la peine», a-t-il dit.

Lui-même ancien professeur à l'université, M. Blais a dit qu'il était quant à lui plutôt resté à l'époque «des rétroprojecteurs et acétates».

Rappelons que l'implantation des TBI avait été marquée par des controverses. Une enquête du quotidien La Presse avait révélé que la grande majorité des achats de tableaux avait été effectuée auprès d'un fournisseur, Smart Technologies, dont le lobbyiste était un ancien membre du cabinet de M. Charest.

L'opposition n'a d'ailleurs pas tardé à réagir. Selon le député Amir Khadir, de Québec solidaire, il s'agit d'un autre exemple d'un programme mis sur pied dans l'intérêt des «copains» du parti.

«C'est une honte en matière de décision publique, a déclaré M. Khadir dans un entretien téléphonique mardi. C'est l'illustration de la pire chose à faire, comme on le fait trop souvent, un projet dont l'utilité est loin d'être démontrable, alors que cet argent aurait pu servir à autre chose, notamment à des professionnels pour les jeunes en difficulté d'apprentissage.»

Il dit ne pas être étonné puisque cela se compare au projet hydroélectrique de La Romaine ou au projet d'amphithéâtre de Québec. «L'État est devenu appareil au service de lobbys d'affaires qui réalisent des projets qui leur rapportent gros», a lancé M. Khadir.

Le député caquiste de Chambly, Jean-François Roberge, dit avoir vécu de l'intérieur l'implantation du programme «mal foutu» des TBI, lui qui était enseignant jusqu'avant son élection en 2014.

«C'était vraiment du «n'importe quoi', a-t-il dit en entrevue téléphonique. Cette étude vient confirmer le fiasco des TBI qui a coûté très, très cher, qui n'a pas été suivi de programme de formation, et qui a été entré de force dans la gorge des enseignants.»

Le premier ministre de l'époque n'aurait pas dû s'improviser «expert en pédagogie», selon lui, et choisir les technologies. La décision aurait dû être prise dans les écoles, voire prof par prof, au nom du principe de l'autonomie défendue par la CAQ, a soutenu M. Roberge.

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