L'annus horribilis de l'éducation

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Louise Leduc
La Presse

«Annus horribilis», a décrété en latin la reine Élisabeth en 1992 au terme d'une année à oublier, marquée entre autres par l'incendie du château de Windsor. Au terme de cette année scolaire, la question se pose tout autant ici: l'école publique brûle-t-elle, elle aussi? Retour sur les sources d'inquiétudes.

***

La Commission scolaire de Montréal (CSDM)

En avril, la firme Raymond Chabot Grant Thornton a publié un rapport extrêmement critique sur la CSDM, la plus grosse commission scolaire du Québec. Au début de juin, la CSDM a commandé elle-même un rapport sur sa propre gestion et a suspendu son directeur général. Aux prises avec des déficits depuis 2008, la CSDM, menacée de tutelle par le gouvernement Couillard, doit se mettre au régime minceur comme nulle autre commission scolaire au Québec.

Les coupes

Difficile de s'y retrouver. En avril, le ministre de l'Éducation, François Blais, a accusé les commissions scolaires d'exagérer. Alors que les commissions scolaires disent devoir couper 350 millions cette année, le ministre, lui, calcule que le vrai montant est de 200 millions. Chose certaine, si les ratios élèves/maître arrêtés dans les conventions collectives immunisent la plupart des enseignants contre les coupes, ils seront néanmoins fortement touchés par les suppressions de postes de tous ceux qui les assistent dans leur tâche (les techniciens en éducation spécialisée, orthopédagogues, conseillers pédagogiques et psychoéducateurs, frappés, eux, de plein fouet). Les enseignants se plaignent d'avoir des cas de plus en plus lourds dans leur classe.

Les élèves en difficulté touchés

La Commission scolaire de Laval a annoncé en avril l'abolition à la rentrée de 20 classes pour enfants en difficulté ou handicapés. La Commission scolaire de la Seigneurie-des-Milles-Îles avait supprimé 23 de ces classes en août dernier. À la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île, trois classes spécialisées vont sauter à la rentrée. L'illustration la plus évocatrice des coupes aux élèves en difficulté est venue de ces jumeaux qui, dans l'Outaouais, souffrent tous deux de dysphasie grave, de dyspraxie et de trouble déficitaire et dont les parents se sont fait dire qu'un seul des deux aura accès à une classe spécialisée.

Un cap incertain au ministère

En début d'année scolaire, Yves Bolduc était ministre de l'Éducation et son grand chantier, c'était de faire passer le nombre de commissions scolaires de 72 à 46. Cela devait se faire en début d'année. Payant le prix pour plusieurs déclarations maladroites, le ministre Yves Bolduc a dû démissionner. Depuis, plus question de cartes de territoires scolaires. Le ministre de l'Éducation actuel, François Blais, parle de remplacer les commissions scolaires - et leurs commissaires légitimement élus en novembre, bien que par moins de 5% de la population - par des espèces de conseils d'administration.

La décrépitude des écoles

Mal entretenues, un grand nombre d'écoles tombent en ruine. Le problème est particulièrement criant à la CSDM, dont les écoles ont en moyenne 65 ans. Onze écoles de la CSDM ont dû être fermées, le seront sous peu ou doivent être laissées vacantes pour cause de moisissures. Parmi celles-là, quatre se trouvent dans Hochelaga-Maisonneuve. Rosemont, où les écoles débordent, est aussi grandement touché. En avril, le syndicat de l'enseignement de Laval a fait une sortie pour dénoncer le peu de cas fait à la Commission scolaire de Laval des taux de radon élevés de certaines écoles.

Des indices de réussite contestés

Mais en général, elle est bonne ou non, cette école québécoise? Difficile à dire. Un nombre grandissant d'acteurs du milieu de l'éducation dénoncent le fait que les écoles gonflent artificiellement les notes des élèves, encouragées en cela par les commissions scolaires qui, elles, répondent aux exigences du ministère de l'Éducation d'atteindre des cibles de taux de réussite. Si le Québec se classe très bien dans certains palmarès internationaux, des études québécoises concluent à l'échec de la réforme (les nouveaux programmes lancés au début des années 2000), et le nombre de cours d'appoint en français au cégep se multiplient.

Une grève à venir?

Les négociations dans le secteur public s'annoncent difficiles, si bien que des demandes de médiation ont déjà été déposées. Une bonne nouvelle, non? En fait, une demande de médiation est une étape incontournable pour les syndicats qui souhaitent obtenir un droit de grève légal. Si les syndicats n'ont pas suivi le mouvement de grève étudiant des universitaires ce printemps, ils n'ont pas caché qu'ils se mobilisaient en vue d'un automne chaud.

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