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Projet-pilote à l'école: sextos, homosexualité et porno au menu

Les sujets abordés varieront selon la scolarité. Au... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les sujets abordés varieront selon la scolarité. Au secondaire, par exemple, les jeunes apprendront sur la prévention des infections transmissibles sexuellement, sur la vie amoureuse et affective et seront sensibilisés à la pornographie en ligne.

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Dans un dossier publié en fin de semaine, La Presse+ a brossé un portrait des jeunes nés avec un accès facile à l'internet et à la pornographie en ligne. Qu'ils qualifient cette génération d'hypersexualisée ou non, tous les experts rencontrés dans le cadre de ce reportage s'entendaient sur une chose: l'importance du retour des cours d'éducation à la sexualité dans les écoles. Dès septembre, Québec lancera un projet-pilote en ce sens. La Presse a obtenu en exclusivité le contenu de ces formations.

Une quinzaine d'écoles au Québec prendront part cet automne à un projet-pilote visant à rétablir l'éducation à la sexualité dans les écoles. Du préscolaire jusqu'à la fin du secondaire, différents apprentissages seront inculqués aux jeunes, notamment le respect de la diversité sexuelle et l'importance d'avoir un esprit critique quand on navigue sur l'internet.

Les élèves recevront entre 5 et 15 heures d'éducation à la sexualité durant chacune des deux années que durera le projet.

«Certaines notions vont ressembler beaucoup à ce qui se retrouvait dans les anciens cours de formation personnelle et sociale, explique Julie Pelletier, responsable des dossiers éducation à la sexualité et prévention/promotion au ministère de l'Éducation (MELS). On parlera par exemple de puberté, de relations amoureuses, de relations sexuelles et on répondra à la question «D'où viennent les bébés?»»

Les enseignements tiendront aussi compte des «nouvelles réalités sociales». «Il y a de nouveaux défis qui se présentent avec l'internet et l'accès plus facile à des images sexuelles. Avec les technologies qui permettent d'échanger des sextos. On va outiller les jeunes pour faire face à ça. On leur enseignera à être critiques par rapport aux nouvelles technologies», affirme Mme Pelletier.

Les notions de diversité sexuelle et de respect des droits seront également enseignées. «On parlera par exemple du respect des droits des familles homoparentales», dit Mme Pelletier.

Des notions précises

Avec l'arrivée de la réforme de l'éducation en 2005, la responsabilité de l'éducation à la sexualité n'appartenait plus à personne. Les cours de formation personnelle et sociale ont disparu. Les enseignants qui le désiraient, tout comme les infirmiers scolaires ou le personnel de soutien, pouvaient inculquer certaines notions. Mais aucun curriculum précis n'existait. Et certains s'en plaignaient. «L'éducation à la sexualité a toujours été de la responsabilité des écoles. Mais ce qui était réclamé, c'était des apprentissages bien définis pour chaque année scolaire», dit Mme Pelletier.

Les différentes notions établies par le Ministère seront enseignées par les enseignants, mais également par différents professionnels, comme les infirmières et les psychologues. «Chaque direction d'école déterminera comment elle veut mettre en oeuvre le projet. En fonction des connaissances et des intérêts de tous», note Mme Pelletier.

Les Québécois sont prêts

L'hiver dernier, l'Ontario a annoncé qu'il révisait le contenu de ses cours d'éducation à la sexualité, qui datait de 1998, pour tenir compte des réalités modernes. Dès septembre, les enfants de troisième année seront par exemple sensibilisés à la réalité des conjoints de même sexe et les élèves un peu plus vieux en apprendront plus sur la cyberintimidation, la contraception, le consentement sexuel et les maladies transmissibles sexuellement.

La nouvelle a fait grand bruit. Quelques manifestations ont eu lieu pour dénoncer ces nouveaux contenus.

Au Québec, Mme Pelletier ne s'attend pas à un tel tollé, car selon elle, «il y a un consensus social très fort sur l'éducation à la sexualité».

Le retour de l'éducation à la sexualité est réclamé depuis longtemps par plusieurs groupes, qui s'inquiétaient notamment de la hausse des infections transmissibles sexuellement chez les jeunes.

Entre 2005 et 2011, les cas de chlamydia chez les 15 à 24 ans ont bondi de 55%, selon un rapport du Groupe de travail national sexualité-jeunesse du Québec.

Pour répondre à cette demande, l'ex-ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, avait annoncé l'automne dernier que les cours de sexualité reviendraient dans les écoles sous forme de projet-pilote.

Directrice de l'adaptation scolaire et des services éducatifs complémentaires au MELS, Paule Mercier explique que les enseignants et les parents seront tous «très bien informés de ce qui sera enseigné et des intentions derrière tout ça» et que l'accueil du projet-pilote devrait être favorable.

Des sujets qui seront abordés

Préscolaire: Parties du corps des garçons et des filles

Début du primaire: Lutte contre les stéréotypes sexuels

Fin du primaire: Lutte contre l'homophobie, prévention des agressions sexuelles

Secondaire: Prévention des infections transmissibles sexuellement, notions sur la vie amoureuse et affective, sensibilisation à la pornographie en ligne

Un exemple qui fonctionne

Depuis l'avènement de la réforme de l'éducation au Québec en 2005, les cours de sexualité avaient quasiment disparu des écoles. Enseignant en univers social à l'école Paul-Gérin-Lajoie à Montréal et sexologue de formation, Francis Pelletier a pris l'initiative de parler de sexualité à ses élèves. Deux ou trois fois par année, il aborde des sujets comme l'homosexualité, l'homoparentalité. Il démystifie la pornographie. Des notions qui se retrouveront toutes dans le projet-pilote du ministère de l'Éducation. Et l'expérience se passe bien. Directrice de l'école Paul-Gérin-Lajoie, Gaétane Marquis a toujours appuyé l'enseignant dans ses démarches. «Notre mission, c'est d'offrir aux élèves ce dont ils ont besoin. On pourrait croire qu'avec les médias et l'internet, les jeunes sont informés sur la sexualité. Mais ce n'est pas le cas. Ils ont la mauvaise information et ce n'est pas objectif. Nous, on vient répondre à leurs questions. C'est un besoin réel.» Depuis son arrivée dans l'école il y a trois ans et demi, jamais la directrice n'a reçu de plaintes de parents au sujet de ces cours.

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