De la salle de classe au Carnegie Hall

L'orchestre de l'école Joseph-François-Perrault est le seul du... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

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L'orchestre de l'école Joseph-François-Perrault est le seul du Canada à prendre part au concours.

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Louise Leduc
La Presse

Ç'a commencé comme une bouteille à la mer, par l'envoi, sans aucun espoir, d'un DVD aux organisateurs d'un festival de musique américain. Deux semaines plus tard, contre toute attente, une réponse parvenait à l'école secondaire Joseph-François-Perrault: son orchestre symphonique et son orchestre à vent étaient tous deux invités à participer à des concours qui se tiendront respectivement en mars et en avril au très prestigieux Carnegie Hall de New York, là où les plus grands sont passés, de Pavarotti au violoncelliste Rostropovitch en passant par la pianiste Martha Argerich.

«C'est drôle parce que depuis longtemps, quand il veut nous pousser à nous dépasser, M. [Éric] Levasseur, notre directeur musical, nous dit: «Jouez comme si vous étiez au Carnegie Hall!» Et en mars, on y sera pour vrai!», lance Romane Langevin, une élève de 16 ans de Joseph-François-Perrault qui joue du violon dans l'orchestre de l'école. Je ne m'attends pas à ce qu'on gagne le concours, mais ça sera une très belle expérience.»

«Moi, j'espère qu'on va se faire remarquer par les juges, dit Victor Wong Seen-Bage, élève et trompettiste. Je l'espère parce qu'on va représenter notre école, notre programme de musique et tout le Québec, aussi. On est le seul orchestre du Québec à être invité.»

Les représentants de l'école Joseph-François-Perrault qui participeront aux concours sont les seuls du Québec et même du Canada, pour tout dire.

Le programme de musique de l'école Joseph-François-Perrault, située dans le quartier Saint-Michel, existe depuis 35 ans. L'invitation faite aux jeunes prend sa source dans la réputation qu'elle s'est construite et, surtout, dans une performance très remarquée l'an dernier.

«Au Festival Héritage, à Boston, notre orchestre à vent a reçu la plus haute note de tout le concours, soit 97,3%. C'est grâce à ce résultat que nous avons été sollicités pour le concours de ce printemps, au Carnegie Hall», explique M. Levasseur.

Les parents financent une partie du voyage, des donateurs sont également recherchés, mais l'argent vient aussi des concerts que les élèves donnent les soirs ou les fins de semaine.

Ces jeunes sont très motivés. Comme le dit Victor, «la trompette, ce n'est pas facile pour les voisins»; alors, comme tant d'autres, il arrive à l'école à 7h pour répéter.

«Et le soir, ils collent longtemps!», relève M. Levasseur.

Si l'on ferme les yeux et qu'on ne voit plus le local de répétition qui ne paie pas de mine, l'oreille profane jurerait qu'elle se trouve devant l'Orchestre symphonique de Montréal.

Constante amélioration

Mais même s'ils s'attaquent à des oeuvres majeures - du Dvorák, du Brahms, etc., les élèves, eux, en connaisseurs, savent qu'ils ont encore des croûtes à manger. «Ce qu'il nous faut améliorer, c'est la beauté des accords, l'homogénéité de l'ensemble, le lien entre les sections», analyse Mizuki Brault-Hori, corniste.

«La musique, c'est un langage, renchérit M. Levasseur. À 15 ans, on est capable de parler, mais avec le temps, on développe le vocabulaire. En musique, ça vient avec les heures et les heures de pratique.»

Loin de lui l'idée d'enlever du mérite à ses élèves, qui apprennent dans des conditions vraiment pas faciles, souligne-t-il. «Ça fait des années qu'on espère la construction d'une salle de concert attenante à l'école, signale M. Levasseur. Depuis le début, c'est comme si on était un programme de sports-études sans aréna ou sans piscine.»

Les jeunes devront décider s'ils deviendront musiciens de carrière (comme tant d'autres diplômés de Joseph-François-Perrault qui jouent aujourd'hui avec l'OSM, l'Orchestre métropolitain ou ailleurs) ou s'ils étudieront dans un autre domaine.

Mais quoi qu'il en soit, au moins une fois dans leur vie, ils auront joué au Carnegie Hall.

Stressés, les jeunes? «C'est plus excitant qu'autre chose, d'autant qu'on sera là ensemble, en gang», répond Victor Wong Seen-Bage.

Et le maestro, lui? «On s'en va là pour faire de la musique, pour être au service de la musique, dit M. Levasseur. On peut être fébrile, mais on se prépare adéquatement, alors il n'y a aucune raison d'être stressé.»

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