Le harcèlement à l'université: une «bombe à retardement»

Le contexte des dénonciations anonymes pour harcèlement sexuel... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Le contexte des dénonciations anonymes pour harcèlement sexuel à l'UQAM a contribué à attirer une centaine de personnes hier au colloque «Sexe, amour et pouvoir: il était une fois à l'université».

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Le hasard a voulu que le scandale des dénonciations anonymes pour harcèlement sexuel qui visaient trois professeurs à l'UQAM éclate la même semaine où s'y tenait un colloque sur les relations amoureuses et sexuelles entre professeurs et étudiantes. Pourtant, les deux événements sont reliés. Le colloque cherchait précisément à éviter que n'éclate cette «bombe à retardement».

C'est ce qu'explique Martine Delvaux, professeure à l'UQAM et une des organisatrices du colloque «Sexe, amour et pouvoir: il était une fois à l'université», qui sentait venir l'orage depuis quelques mois. Le bouchon a sauté à quelques jours de l'événement, mais le contexte a contribué à attirer une centaine de personnes hier. Si bien qu'une nouvelle salle a dû être réservée à la dernière minute.

Plusieurs hommes se trouvaient dans la foule, mais un constat a été posé lorsqu'un professeur a demandé à la foule combien de professeurs masculins étaient présents. Trois mains se sont levées.

«Si ce n'est pas un statement, ça, je ne sais pas ce que c'est», a-t-il réagi.

«Les hommes progressistes se disent au courant de la question [de harcèlement], mais ils ne se sentent pas concernés», a renchéri une jeune femme.

Cependant, lorsqu'un des trois professeurs a levé la main pour demander comment il pouvait devenir un allié de ce nouveau souffle de contestation, la réponse fut lapidaire. «En cessant de demander aux femmes de faire ton éducation», lui a balancé une étudiante. Quelques applaudissements et plusieurs réprobations se sont fait entendre. Le malaise était palpable.

Quel consentement?

La question des relations amoureuses entre professeurs et étudiantes est complexe puisque l'étudiante majeure est consentante. «Mais qu'est-ce que le consentement dans les couloirs d'une université?», s'est questionné Mme Delvaux dans son discours d'ouverture. Selon Isabelle Boisclair, professeure à l'Université de Sherbrooke, la responsabilité d'éviter toute relation avec une étudiante incombe au professeur, qui est en situation de pouvoir. «C'est un triple pouvoir: l'homme sur la femme, l'aîné sur la jeune, le professeur sur l'étudiante, a-t-elle souligné. La responsabilité n'est pas égale.»

Selon Mme Delvaux, il semble que les professeures reproduisent moins ce schéma amoureux, bien qu'elle reconnaisse qu'il existe peu de statistique sur la question.

Si les cas de harcèlement sont difficiles à dénoncer pour les victimes, les collègues féminines de ces profs se sentent aussi complices par leur silence. Catherine Leclerc, professeure à l'Université McGill, a parlé avec beaucoup de sincérité des difficultés à confronter un collègue, au risque d'être elle-même exclue. «Personne ne veut être la police de la morale», a-t-elle ajouté à La Presse en marge de sa présentation.

«C'est une erreur de penser que le prof est un monstre. Ce sont des collègues, des amis, des gens compétents et agréables», ajoute-t-elle. Elle-même connaît les trois professeurs visés par la campagne de dénonciation. «Ce ne sont pas des gens que je connais comme harceleurs, précise-t-elle, d'où la difficulté à dénoncer. Mais étant donné le contexte que je connais, on aurait tort de penser trop rapidement que le harcèlement dans les universités est une idée farfelue.»

Si Martine Delvaux déplore les dénonciations anonymes à coups d'autocollants sur les portes des professeurs, elle souligne néanmoins qu'il est intéressant que cet autocollant était celui de la politique 16 contre le harcèlement sexuel à l'UQAM. «C'est un peu comme si elles disaient: "Dites-nous quels sont nos recours!"»

Depuis l'été dernier, la professeure siège à un comité de révision de cette politique. «Le Bureau d'intervention et de prévention en matière de harcèlement de l'UQAM reçoit si peu de plaintes [une centaine], et une seule personne y travaille. Donc, c'est clair que certaines personnes ne font pas confiance dans ce processus, mais on veut améliorer les choses. Ça prend du temps, mais l'université commence à bouger», a-t-elle affirmé.

«Le comité réfléchit à la création d'un code de déontologie pour encadrer les relations entre professeurs et étudiants. Selon Mme Delvaux, certaines universités interdisent les relations amoureuses entre professeurs et étudiants. Aucune décision n'a toutefois été prise à l'UQAM pour le moment», souligne la professeure.

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