Une manifestation «historique»

Pascale Breton
La Presse

Dans une ambiance festive où le rouge était à l'honneur, de 100 000 à 200 000 manifestants ont envahi les rues de Montréal, hier, pour scander leur opposition à la hausse des droits de scolarité.

Dès midi, sous un soleil radieux, les manifestants ont convergé à la Place du Canada, lieu du rassemblement. Drapeaux fleurdelisés, grandes banderoles rouges, maquillage, ballons et chansons improvisées, l'ambiance était à la bonne humeur.

La marche s'est lentement mise en branle vers 13h45, accompagnée des airs des Loco Locass, des Cowboy Fringants et des Trois Accords.

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À un certain moment, la foule compacte et colorée s'étendait sur près de cinq kilomètres. Tandis que des groupes s'ébranlaient encore de la Place du Canada, lieu du départ, d'autres marchaient depuis plus d'une heure déjà.

Les organisateurs ont évalué la foule à 200 000 personnes, affirmant qu'il s'agissait d'une «manifestation historique», eux qui n'en espéraient pas tant. De leur côté, des policiers discutant entre eux ont estimé la foule à plus de 100 000 personnes.

Le mouvement est loin de s'essouffler, a affirmé le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin. «Chaque jour de grève est de plus en plus payant», a-t-il confié, ajoutant que «cette manifestation n'est pas la fin. C'est le début d'une nouvelle phase de mobilisation».

Plus tôt dans la journée, plusieurs piquets de grève avaient été organisés devant certains cégeps et pavillons d'université. Des élèves du secondaire ont fait de même, notamment devant les écoles Paul-Gérin-Lajoie et Saint-Louis, à Montréal.

La Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) avait pour sa part organisé une «perturbation économique» dans le Vieux-Port en bloquant l'accès aux camions.

En fin de matinée, les dizaines de milliers d'étudiants, arrivant de partout au Québec, ont ensuite convergé vers le centre-ville de Montréal. Une dizaine de députés des partis de l'opposition ont marché à leurs côtés en guise d'appui, dont la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois.

De jeunes familles et des retraités étaient aussi du nombre. L'un d'eux, Eddy Dunn, se rappelle trop bien que lorsqu'il était étudiant, il a dû choisir l'École normale parce que l'université coûtait alors trop cher.

«Je viens d'un milieu pauvre, dit-il en expliquant qu'il craint l'impact d'une hausse des droits de scolarité dans les milieux défavorisés. «Vous savez, un pauvre a le réflexe de ne pas s'endetter. Il ne veut pas commencer dans la vie aussi pauvre que ses parents.»

Éloi Morin, étudiant à la maîtrise à l'Université de Montréal, avait fièrement amené sa petite Solayane, 5 mois, à la grande marche. «Il faut manifester notre mécontentement», a-t-il indiqué en ajoutant que tous les citoyens devraient se sentir concernés par l'augmentation des droits de scolarité.

Beaucoup de curieux s'étaient massés sur les trottoirs pour voir passer la foule. Plusieurs arboraient fièrement le carré rouge et applaudissaient les manifestants.

Une femme a même fendu la foule pour serrer la main de Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE. «J'ai beaucoup aimé votre intervention à Tout le monde en parle. Lâchez pas!» lui a-t-elle lancé chaleureusement.

Divergences d'opinions

En fin de parcours, la tension a légèrement monté, mais entre les organisations étudiantes elles-mêmes.

Des manifestants se disant solidaires de la CLASSE ont voulu faire bifurquer, sans succès, les manifestants vers une trajectoire non prévue, avant de bloquer quelques instants le camion en tête de la marche.

La manifestation a pris fin rue de la Commune, face à la place Jacques-Cartier. Les esprits se sont légèrement échauffés quand des membres de la CLASSE ont refusé que les porte-parole de la FECQ et de la FEUQ (Fédération étudiante universitaire du Québec) montent sur la même tribune qu'eux.

Chacun a finalement pu s'adresser à une foule surchauffée par deux heures de marche.

Il est temps d'augmenter la pression, a prévenu le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. «Pour faire bouger le gouvernement, il va falloir perturber, il va falloir occuper, il va falloir que ça brasse au Québec.»

La lutte doit continuer, a ajouté la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins. «C'est nous qui allons définir ce que va être la société québécoise de demain, et on a décidé qu'elle serait beaucoup plus juste et beaucoup plus équitable.»

La foule s'est calmement dispersée vers 17h. Les policiers n'ont signalé aucun incident majeur.

«Il y a eu des éléments perturbateurs qui se sont greffés au groupe, mais ça n'a pas causé de problèmes parce que l'itinéraire était connu. Les policiers ont pu bloquer la circulation routière pour ne pas que les manifestants se promènent à travers les voitures», a rapporté Ian Lafrenière, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal.

- Avec la collaboration de David Santerre et Émilie Bilodeau

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