Des étudiants chassent les anarchistes d'une manifestation

 

David Santerre
La Presse

Autre manifestation étudiante, autres tensions. Mais cette fois, c'est entre manifestants qu'elles sont survenues, mardi au centre-ville de Montréal. Les vrais militants, pacifiques et majoritaires, ont réagi devant les casseurs.

Vers 14h15, plus de 2000 manifestants ont quitté le square Victoria pour une marche contre la hausse des droits de scolarité, ou la «marchandisation» de l'éducation. L'itinéraire avait été gardé secret par les organisateurs. La loi ne les oblige pas à dévoiler leur trajet. Les élèves et étudiants ont déambulé dans les rues, jusqu'à l'angle des rues Sherbrooke et Metcalfe, devant l'Université McGill.

Tout s'est relativement bien déroulé, mis à part quelques graffitis et des balles de peinture qui ont été lancées sur deux ou trois immeubles. La note discordante est toutefois venue d'une vingtaine de jeunes masqués portant des drapeaux noirs. La plupart ne portaient pas l'emblématique carré rouge des étudiants grévistes.

Sur le boulevard René-Lévesque, ils ont lancé des feux d'artifice, dont un, projeté en direction des policiers, a éclaté contre le mur d'un immeuble. Plus tard, ils ont peint des graffitis noirs sur des voitures de police, avant de s'en prendre à des membres des médias qui filmaient leurs gestes.

Ces agissements ont fortement fait réagir les étudiants et cégépiens présents pour la cause, qui se sont mis à les huer copieusement.

Plusieurs ont levé les doigts au ciel en signe de paix en scandant «On reste pacifiques!» en direction des individus en noir. «Sacrez votre camp!», ont lancé des manifestants, tandis que d'autres ont déploré le fait que ces anarchistes détournent le message réel de la manifestation en attirant les projecteurs vers eux.

Puis, la foule s'est tranquillement dispersée et, peu après 17h, les policiers ont facilement pu faire partir ceux qui bloquaient toujours la rue Sherbrooke. Un seul manifestant, qui était couché au sol et refusait de se lever, a été arrêté. Tout cela s'est déroulé sous les yeux de quelques dizaines d'étudiants de l'Université McGill étonnés. «Nous, en management, il n'y a aucune chance qu'on parle de grève», a indiqué une étudiante.

«Ici, il y a 60% d'étudiants étrangers qui paient 16 000$ pour étudier ici. Leurs parents paient si cher que s'ils faisaient la grève, ce serait considéré pour eux comme de l'argent gaspillé», explique un étudiant en science cognitive, qui se dit contre la hausse des droits, mais contre la grève comme solution pour protester.

- Avec Émilie Bilodeau

Des étudiants ont pris à partie des fauteurs... (Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse) - image 2.0

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Des étudiants ont pris à partie des fauteurs de trouble mardi après-midi.

Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse

«Sacrez votre camp», leur ont lancé d'autres jeunes, alors que d'autres déploraient le fait que ces anarchistes causent un détournement du message réel de la manifestation en attirant vers eux les projecteurs.

Puis, les manifestants se sont tranquillement dispersés, si bien que vers 17h, ils n'étaient toujours que quelques dizaines à bloquer la rue Sherbrooke, toujours à l'angle de la rue Metcalfe. Policiers et jeunes se faisaient face. Les quolibets et moqueries fusaient de la bouche de quelques manifestants, mais cela n'a pas dégénéré. Des policiers à vélo et à cheval les ont dispersés sans trop de heurts. Un seul manifestant, qui était couché sur la rue Sherbrooke et refusait de se lever, a été arrêté.

Cette nouvelle manifestation marque une intensification des moyens de pression des étudiants, qui sont environ 150 000 en grève. Cette fois, ils soulignaient, de pair avec la leur, les luttes de confrères étudiants d'autres pays qui protestent contre ce qu'ils qualifient de «marchandisation» de l'éducation. Ils ont d'ailleurs fait un petit arrêt devant le consulat de Colombie, pointée du doigt.

Au départ de la marche, les organisateurs avaient refusé de dévoiler à la police l'itinéraire de leur action. Même le conducteur du camion transportant les haut-parleurs, ouvrant la marche, se faisait indiquer la route au fur et à mesure.

Jeanne Reynolds, porte-parole de la Coalition large de l'association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), a justifié cette décision. «C'est notre droit fondamental de ne pas annoncer notre trajet. Quand on le fait, les policiers nous attendent, procèdent à des arrestations de masse et la répression est encore plus grande», dit-elle.

La police de Montréal confirme d'ailleurs qu'aucun règlement n'oblige des manifestants à dévoiler les trajets de leurs marches. Même s'il est préférable de le faire. Aucun règlement n'interdit non plus, pour l'instant, de manifester avec le visage masqué.

Un autre porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, affirme que petit à petit, l'opinion publique, qui leur était majoritairement défavorable en novembre dernier, bascule de leur côté.

«Hors du parti libéral et de ses amis du patronat, les gens sont de notre côté», affirme-t-il.

- Avec Émilie Bilodeau

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