Droits de scolarité: le mirage français

Salle de classe dans une université en France.... (Photo: ROBERT PRATTA, Reuters)

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Salle de classe dans une université en France.

Photo: ROBERT PRATTA, Reuters

 

Anabelle Nicoud
La Presse

La France est-elle un modèle enviable? Vus de loin, les étudiants des universités françaises semblent particulièrement choyés. Les frais d'inscription pour une année en licence (l'équivalent du bac nord-américain) y sont de 177 euros (233 dollars CAN), contre 245 euros (322 dollars) pour une année de maîtrise. Il faut ajouter à cela les cotisations d'assurance maladie (203 euros, soit 267 dollars) et les frais de «médecine préventive» de 4,57 euros (6 $).

Ces tarifs ont toutefois été revus à la hausse entre 2010 et 2011 (+ 1,5% pour les frais de sécurité sociale et + 1,7% pour les droits d'inscription).

Un quart des étudiants français bénéficie en outre d'un système de bourses attribuées selon des critères sociaux. Les boursiers peuvent toucher, 10 mois par année, des prestations mensuelles comprises entre 100 (131 dollars) et 400 euros (527 dollars). Ils sont de plus exemptés de frais d'inscription et paient alors leur année en faculté... 4,57 euros (6 dollars).

Mais le système d'enseignement supérieur français est aussi reproducteur d'inégalités.

Toutes les universités ne limitent pas leurs frais à ceux déterminés par l'État: l'UNEF, le syndicat étudiant français, épingle chaque année des universités qui gonflent, illégalement, la facture de quelques centaines à plusieurs milliers d'euros.

Aussi, les universités, peu sélectives, sont délaissées par les étudiants issus des milieux favorisés au profit des «grandes écoles» qui affichent une tout autre philosophie.

C'est le cas des écoles de commerce privées, qui demandent de 4500 (5930 dollars) à 7000 euros (9225 dollars) à leurs étudiants chaque année.

Un premier cycle à HEC est facturé 35 700 euros (47 049 dollars) et deux années de maîtrise, de 32 000 (42 161 dollars) à 49 200 euros (64 870 dollars). Les boursiers sont exemptés.

Les prestigieux instituts d'études politiques ne font pas exception, celui de Paris en tête: l'école de la rue Saint-Guillaume a établi une grille de frais selon les moyens financiers des étudiants ou de leurs parents. Au premier cycle, une année coûte entre 0 et 9800 euros (12 915 dollars), et au deuxième cycle, entre 0 et 13 500 euros (17 793 dollars). Seul un quart des inscrits de Sciences Po ne paie aucuns frais.

La France est aussi l'un des pays de l'OCDE qui comptent la plus faible proportion d'étudiants boursiers, et les universités sont quant à elles de moins en moins accessibles aux étudiants issus des milieux défavorisés.

Politiquement «taboue», la question des droits de scolarité revient toutefois dans l'actualité. Récemment, un laboratoire d'idées de gauche, Terra Nova, a proposé de quadrupler les droits de scolarité pour les universités en cinq ans.

L'argument est simple: les étudiants défavorisés ont moins accès à l'université, tandis que ceux issus de milieux favorisés font des études plus longues. Ce sont donc les classes les plus favorisées qui bénéficient de la quasi-gratuité, plaide Terra Nova.

«En l'état, la gratuité n'a aucune vertu redistributive et aggrave même les inégalités», indique le rapport.

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