Anglais intensif en 6e année: un must?

Antoine Basque, 13 ans, a adoré son expérience... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Antoine Basque, 13 ans, a adoré son expérience en anglais intensif l'an dernier. Son frère de 11 ans, Charles, vient d'être accepté dans le même programme et suivra ses traces l'an prochain. «Quand je vais voyager ou travailler plus tard, si je ne parle pas anglais, je ne pourrai rien faire.»

Photo: Robert Skinner, La Presse

Chaque jour, Flavie Boivin-Côté fait la navette entre sa maison du quartier Ahuntsic et son école du Plateau Mont-Royal, Au pied de la montagne. La fillette de 11 ans et ses parents sont prêts à braver tous les bouchons pour qu'elle profite du programme d'anglais intensif qui y est offert aux élèves de 5e et de 6e année.

«L'anglais, on adore ça! C'est la matière que toute ma classe préfère», explique Flavie.

Les programmes d'anglais intensif sont tout aussi populaires auprès des parents, qui s'arrachent les rares places offertes dans 14 des 130 écoles primaires de la Commission scolaire de Montréal.

«Au début du mois, c'était la folie lors des inscriptions! Il y a eu 3000 demandes pour les 300 places. Les parents formaient des files d'attente, comme s'ils voulaient aller voir Madonna ou Céline Dion», raconte le porte-parole de l'Alliance des professeurs de Montréal, Yves Parenteau.

«Chez nous, la demande est si forte qu'on vient de passer d'une à deux classes. Et il y a plusieurs enfants d'autres écoles sur notre liste d'attente», confirme Isabelle Valois, au sujet de l'école primaire Notre-Dame-de-Grâce, située dans le quartier du même nom.

Son fils aîné de 13 ans, Antoine Basque, a suivi le programme l'an dernier. Son cadet, Charles, est ravi à l'idée de l'imiter l'an prochain. «On vit dans le quartier le plus bilingue de Montréal, alors ils comprennent l'anglais à force de jouer au soccer ou au hockey avec des petits anglophones, indique Mme Valois. Mais Antoine était beaucoup trop gêné pour parler. Aujourd'hui, il tient une conversation sans problème.»

Pour cette parfaite bilingue, très active dans le milieu scolaire, étendre l'anglais intensif à tous les élèves de 6e année est donc une excellente nouvelle. «Les anglophones ont le droit de faire de l'immersion française et ils en profitent. Pourquoi pas les francophones? Sur le marché du travail, être bilingue n'est plus un luxe, c'est une nécessité», souligne-t-elle.

«Je tiens à ce que mes enfants soient forts en français. Oui, il faut protéger notre langue, mais parler anglais nous donne la chance de viser haut, de décrocher les postes de direction», renchérit Marie Vaillancourt, avocate de Westmount, qui a préféré changer son nom pour s'exprimer sur ce sujet sensible.

Trop difficile?

Les parents d'élèves ayant un trouble d'apprentissage - environ 12% des enfants - risquent d'être nettement moins heureux. Leur association n'a pas voulu se prononcer vendredi, mais l'Alliance des professeurs l'a fait.

«On a déjà du mal à voir tout le contenu dans plusieurs matières. Le problème va s'accentuer s'il faut aller chercher le temps consacré à l'anglais dans les autres disciplines», craint Yves Parenteau.

«Dans notre école, on a dû mener toute une bataille. On a mis des années avant d'obtenir notre première classe d'anglais intensif. Les profs ne voulaient pas», confirme une mère.

Qu'en pensent les jeunes? «Maintenant qu'on est passés aux autres matières, j'ai des examens de mathématiques aux trois jours et beaucoup de devoirs, même la fin de semaine, mais ça va», répond Flavie Boivin-Côté.

«Avoir au moins une heure et demie de devoirs par soir, ça m'a préparé au secondaire», philosophe Antoine Basque.

Depuis trois ans, deux commissions scolaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean offrent l'anglais intensif à presque tous leurs élèves de 6e et les résultats sont excellents, assure pour sa part Micheline Schinck, présidente de la Société pour la promotion de l'enseignement de l'anglais, langue seconde, au Québec.

Dès la garderie

Pour bien des Montréalais, même en 6e année, c'est trop tard. Plusieurs francophones racontent des histoires en anglais à leurs petits et leur font écouter les films de Pixar ou Walt Disney en version originale anglaise. D'autres les envoient dans des camps de vacances ou des camps de jour en anglais.

Marie Vaillancourt est allée encore plus loin. «Quand nos jumeaux étaient tout petits, leur père leur a parlé anglais pendant un an ou deux. Mais il a fini par abandonner: pour un francophone comme lui, c'était un très gros effort au quotidien.»

Aujourd'hui, les jumeaux se débrouillent quand même très bien dans les deux langues. Entre autres parce que leurs parents les encouragent à avoir des amis anglophones. Et parce que leur ancienne garderie, francophone, confie tous les enfants de 4 ans à des éducatrices anglophones, qui mènent les activités en anglais.

C'est ainsi que, depuis septembre, la petite soeur des jumeaux fait des progrès spectaculaires. «Quand je l'entends jouer dans la maison, elle parle en anglais à ses poupées, dit sa mère. Et on ne peut plus se parler anglais dans l'espoir qu'elle ne comprenne pas ce qu'on dit.»

«Sa prononciation est incroyable! se félicite-t-elle surtout. Quand je parle anglais, je suis toujours complexée par mon accent. J'ai pratiqué trop tard. Les enfants, eux, sont comme des éponges.»

Dans le quartier Côte-des-Neiges, le personnel de la garderie L'Éveil au monde raisonne de la même manière. Depuis plus de 10 ans, chaque groupe d'enfants y passe une demi-journée par semaine avec une éducatrice anglophone. «Pendant un mois, elle leur répète les mêmes mots de vocabulaire et leur chante la même chanson en anglais. Ça ne les rend pas bilingues, mais ça leur exerce l'oreille, ça les ouvre», expose la directrice, Suzanne Mortazavi.

En Espagne, depuis 2006, on initie tous les enfants à l'anglais dès 3 ans. Le mois dernier, en France, le ministre de l'Éducation a toutefois provoqué un tollé en proposant la même chose. Entre autres parce que, comme au Québec, l'école primaire offre ensuite des cours de langue au compte-gouttes.

«Même l'anglais intensif, c'est absurde si on revient ensuite au saupoudrage, dit Maria Arpino, enseignante d'anglais langue seconde nouvellement retraitée. Une langue, ça s'oublie si on retombe à deux heures par semaine. Ici, je dois travailler pour ne pas perdre l'italien, qui est ma langue maternelle, alors imaginez une langue seconde!»

Pour Jean-François Lisée, blogueur au magazine L'actualité, les élèves québécois devraient donc faire deux bains linguistiques. L'État a le devoir de rendre «opérationnellement bilingues» tous les élèves qui le désirent, justifie-t-il. «Tous les partis politiques s'entendent là-dessus.»

Il y a deux semaines, lors d'un sondage La Presse-Angus Reid, 84% des francophones québécois ont répondu que parler couramment les deux langues officielles était important. Cela apparaît même «très important» à 51% d'entre eux.




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