Le melting-pot des écoles lavalloises

Un après-midi glacial de février dernier, environ 200... (Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Un après-midi glacial de février dernier, environ 200 élèves ont participé à des échauffourées à l'école secondaire Saint-Maxime de Laval.

Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse

Le portrait a bien changé dans les écoles de Laval au cours des dernières années. La commission scolaire est débordée par la vague d'immigration qui déferle sur l'île Jésus depuis 10 ans. La pauvreté et les tensions raciales font désormais partie du paysage scolaire. Six enseignants témoignent de leur réalité.

À l'école primaire Saint-Norbert, au coeur du quartier Chomedey, les classes de maternelle sont remplies, parfois aux trois quarts, d'enfants d'immigrés qui ne parlent pas un mot de français. La tâche est titanesque pour les enseignants, qui se plaignent d'une décision qu'a prise la commission scolaire il y a huit ans: supprimer les classes d'accueil à la maternelle.

Selon les enseignants, la commission scolaire de Laval est submergée par la vague d'immigration qui déferle sur l'île Jésus depuis 10 ans. «Ça augmente continuellement. Et avec le métro, les déménagements Montréal-Laval sont devenus plus fréquents que l'inverse», souligne une enseignante, qui travaille en classe d'accueil à Saint-Norbert, et qui a préféré conserver l'anonymat.

Selon des chiffres du ministère de l'Immigration du Québec, entre 1998 et 2007, 21 000 nouveaux arrivants ont posé leurs valises à Laval. «Pas nécessairement des gens qui débarquent au pays: il y a aussi un exode vers la banlieue d'immigrés installés à Montréal depuis quelques années», explique le porte-parole Claude Fradette.

Ils sont d'origine roumaine, libanaise, marocaine, algérienne, haïtienne. «Il y a beaucoup de jeunes familles: le quart d'entre eux ont moins de 14 ans», souligne M. Fradette.

Environ 15% de ces Lavallois d'adoption ont le statut de réfugié. La majorité des enfants sont scolarisés et leurs parents gagnent généralement de bons salaires, note Claude Fradette.

L'école Saint-Norbert reflète cette nouvelle réalité et ressemble donc beaucoup à certaines écoles de Montréal. «Quand je dis à des gens de Montréal que je travaille à Laval, les gens disent: "Ah, une belle petite école tranquille." Mais non! C'est comme à Montréal dans certains quartiers difficiles», raconte notre enseignante.

Et c'est d'autant plus difficile que la Commission scolaire de Laval ne semble pas avoir pris acte de ce changement. «Chaque année, on commence avec cinq ou six classes d'accueil et on augmente à une douzaine en cours de route. Chaque année, on commence au minimum et il faut réinventer la roue», dit une autre enseignante de Saint-Norbert, qui travaille elle aussi en classe d'accueil depuis des années.

Il y a quelques années, la Commission scolaire a même songé à fermer toutes les classes d'accueil. On voulait intégrer les enfants au secteur ordinaire en ajoutant un volet francisation. Une aberration, disent les profs. «Il a fallu se battre, monter des dossiers?. Les enfants qui ne connaissent pas le français seraient un boulet?dans les classes régulières», souligne une enseignante.

Les enseignants notent également un changement de mentalité chez les immigrés qui s'établissent à Laval. «Il y a 10 ans, nos enfants étaient motivés, ils voulaient apprendre. Le prof était vu comme une figure d'autorité. Aujourd'hui, on a des enfants différents, qui ont un rapport différent avec l'autorité, dit l'une des deux profs. On a beaucoup plus de problèmes de discipline.»

Une école sous tension

Un vent sec et glacial souffle en cet après-midi de février 2010. Ce jour-là, le terrain de l'école secondaire Saint-Maxime a l'air d'un champ de bataille. Environ 200 élèves et des dizaines de policiers de l'escouade anti­émeute, matraques à la main, se font face. Quelques policiers sont atteints par des morceaux de glace et des pierres.

Les élèves interrogés ce jour-là sont unanimes: un conflit entre Québécois de souche et jeunes d'origine arabe est à l'origine de cette escalade de violence. «La tension monte, il va y avoir de la grosse marde dans les prochaines semaines», prévient l'un d'eux.

Les choses n'ont finalement pas dégénéré entre les murs de la polyvalente de Chomedey, mouton noir de la Commission scolaire.

S'ils entendent fréquemment résonner toutes sortes de rumeurs dans les corridors, deux enseignants de l'école Saint-Maxime sont convaincus qu'aucune guerre raciale ouverte ne fait rage. «Nos jeunes sont très bons pour partir des affaires. Une simple dispute au sujet d'une fille peut se transformer en affrontement ethnique», croit Julie Bossé, qui enseigne les mathématiques.

Au lendemain de cette mini-émeute, la direction de l'école avait demandé aux profs de resserrer l'étau autour des élèves. «Les jeunes ont l'impression qu'ils sont capables de faire la loi à l'école. Honnêtement, ça fonctionne un peu», constate Mme Bossé.

«L'affrontement avec les policiers était un jeu, pour eux», enchaîne son collègue, qui préfère garder l'anonymat. Les élèves ont avant tout un problème avec l'autorité, et d'abord avec les policiers, ajoute-t-il.

Malgré ce dérapage, les deux enseignants brossent un portrait positif de leur école. «Les élèves de Saint-Max sont d'ordinaire très respectueux», souligne Mme Bossé.

Mais l'établissement du boulevard Lévesque traîne sa mauvaise réputation comme un boulet. Plusieurs élèves et enseignants l'évitent d'ailleurs comme la peste. «Il y a un nuage au-dessus de l'école depuis au moins 10 ans», reconnaît Julie Bossé.

Pour les deux profs, le plus grave problème des élèves de Saint-Maxime ne se trouve pas dans la cour d'école ou dans les corridors, mais bien dans les salles de classe. «Nos élèves sont extrêmement faibles en général», résume Julie Bossé.

Dans son palmarès annuel publié par le magazine L'actualité, l'école Saint-Maxime était classée au 423e rang provincial sur 477 en 2008. «En fait, notre plus grande difficulté, c'est la langue. Pour au moins 50% de la clientèle, le français n'est pas la langue maternelle, ni même la deuxième ou la troisième langue, dit l'autre enseignant. On observe alors qu'il n'y a pas de bagage culturel commun. Pour une élève afghane qui ne sait pas lire ou écrire en français, les fables de La Fontaine ne veulent pas dire grand-chose.»

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