Eux aussi peuvent décrocher

Chaque année, autour de Noël, la mère de Marck craint le pire. Fiston se... (Photothèque La Presse)

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Photothèque La Presse

Chaque année, autour de Noël, la mère de Marck craint le pire. Fiston se démotive. Basta, l'école. Il ne veut plus rien savoir. Et cette année ne devrait rien y changer.

Marck - il a voulu qu'on l'appelle ainsi pour préserver son anonymat - n'a que 8 ans. Mais déjà, en quelques mois d'école, il a fait le tour. Il piétine. Bref, il s'ennuie ferme. «Maman, quand est-ce que je pourrai aller au secondaire pour apprendre quelque chose?»

Inscrit en troisième année, dans une petite école de quartier de Granby, rien ne le distingue a priori de ses petits copains. Ou presque.

Rencontré un matin de journée pédagogique, il est assis par terre, à jouer aux bonhommes avec sa soeur. Et il se chicane avec sa cadette. Tous deux veulent la même figurine. Classique. Mais Marck, malgré ses collants de Spider Man et ses dessins malhabiles accrochés au mur, n'est pas un petit garçon comme les autres.

C'est en première année que tout s'est confirmé. Un jour, l'enseignante vient aviser  la mère: Marck est puni; il n'écoute pas en classe; il dessine et dérange les autres. Vérification faite auprès de son fils: s'il n'écoute pas, c'est... parce qu'il a déjà compris!

Nouvelle rencontre avec la professeure pour faire le point. «Elle me regarde avec un petit air suffisant: la mère pense que son fils est plus intelligent que les autres ?» Visiblement, l'enseignante ne veut rien savoir. La situation dégénère: «Il se faisait de plus en plus étiqueter comme un enfant qui n'écoutait pas et qui commençait à déranger les autres.»

Les mois passent. Arrive Noël et Marck ne veut carrément plus aller à l'école: «Il commence à me dire qu'il n'aime pas, c'est plate, il n'apprend plus.»

La mère décide alors de prendre les grands moyens et rencontre une psychoéducatrice au privé (au moment de l'entrevue, elle était toujours sur la liste d'attente de la psychoéducatrice de l'école, et ce, depuis la maternelle!). Les premiers tests de quotient intellectuel sont « hors norme ». Marck en passe donc une deuxième série. «Il est dans le 99e percentile.» Armée de ses résultats, la mère rencontre enfin la direction de l'école: «Bon, on fait quoi maintenant?»

Première hypothèse : faire sauter une année scolaire à Marck. Mais le petit manque de maturité, ce n'est pas recommandé. Impossible d'envisager l'international ou le privé (trop loin, trop cher). On décide donc de travailler sa motivation, en lui donnant des activités amusantes en classe. L'année se termine tant bien que mal.

La deuxième année, grâce à une enseignante plus à l'écoute, travaillant par projets, se déroule mieux, malgré une petite baisse de motivation, inévitable, autour des Fêtes.

«Mais chaque début d'année, je suis inquiète. Tout à coup une autre prof le trouve dérangeant? Je sais que ces enfants-là peuvent décrocher. Oui, ça m'inquiète», laisse tomber la mère.

Les enseignantes de Marck n'ont pas voulu commenter ce témoignage. Sa psychoéducatrice, par contre, nous a confirmé qu'il s'agissait d'un cas «assez rare», souvent «mal vu à l'école», et pour lequel, effectivement, «on manque de ressources».

Pour cause: dans une école comme celle de Marck, assez défavorisée, c'est vers les élèves en difficulté que sont dirigés la majorité des efforts. Son ancien directeur, qui a changé d'établissement depuis, confirme: «Dans une classe, un enfant doué ou surdoué peut occasionner autant de problèmes qu'un enfant en problème d'apprentissage, dit-il. Or, on s'est toujours davantage préoccupé des clientèles défavorisées, dans le besoin, parce qu'elles semblent être l'urgence. Or, les deux sont urgents.» Urgent? «On entend souvent dire que les élèves doués vont s'en sortir. Et pourtant. Eux aussi peuvent décrocher...»

Ce témoignage a été reçu, comme des dizaines d'autres, à la suite d'un «appel à tous» lancé sur le blogue La mère blogue, sur Cyberpresse. Comme dans le cas de Marck, plusieurs parents ont raconté que leur enfant s'ennuie à l'école, au point de ne plus vouloir y mettre les pieds, leur sentiment d'impuissance, le manque de structures alternatives, une précocité scolaire peu valorisée, voire dénigrée. Comme le résume la mère de Marck: «Oui, c'est un beau problème, mais c'est un problème quand même.»




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