Le décrochage scolaire a augmenté sous les libéraux

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Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Québec

Loin de se résorber, le fléau du décrochage scolaire est en expansion au Québec depuis que les libéraux ont pris le pouvoir.

En 2000, 26 pour cent des jeunes du secondaire du réseau public quittaient l'école sans diplôme. L'an dernier, c'était le cas pour près de 29 pour cent d'entre eux. Chez les garçons, le constat d'échec est encore plus troublant: un sur trois - plus de 35 pour cent - fait l'école buissonnière.

En milieu défavorisé, c'est encore pire. Si à Westmount, seulement 6 pour cent des jeunes décrochent, dans des quartiers comme Pointe-Saint-Charles ou Parc-Extension, à Montréal, la proportion dépasse les 40 pour cent, indiquent les statistiques officielles.

En 2003, avant de prendre le pouvoir, les libéraux de Jean Charest avaient pourtant fait de la lutte au décrochage scolaire une de leurs grandes priorités d'action. M. Charest s'était engagé alors à accroître le taux d'obtention du diplôme.

À ce chapitre, le Québec affiche d'ailleurs la pire performance des provinces canadiennes, après le Manitoba, selon les données de Statistique Canada.

L'Ontario, par exemple, semble réussir là où le Québec a échoué. En 2006-2007, le taux de décrochage se situait à 25 pour cent, en baisse spectaculaire de sept points par rapport à 2003-2004.

Au même moment où 100 jeunes décrochent en Ontario, il faut en compter 137 au Québec, calculait en octobre dernier l'économiste de l'UQAM Pierre Fortin, lors des Journées interrégionales sur la persévérance scolaire, à Beaupré.

On devrait entendre beaucoup parler de décrochage scolaire au cours des prochains mois. L'Assemblée nationale devait s'attaquer à ce problème l'automne dernier en commission parlementaire, mais les élections générales ont fait mourir le projet au feuilleton.

L'opposition officielle a confirmé jeudi avoir l'intention de revenir à la charge, lors de la reprise des travaux en mars, pour réclamer la tenue d'une commission parlementaire, afin de dégager au plus tôt des pistes de solution.

Par ailleurs, un groupe de travail, chapeauté par le président de la Banque de Montréal pour le Québec, Jacques Ménard, a été mis sur pied, lors des Journées interrégionales, et devrait remettre son rapport en mars.

Le groupe est formé de plusieurs intervenants (ministère de l'Education, commissions scolaires, experts, organismes de soutien) et devrait proposer des moyens concrets pour inverser la tendance.

Le décrochage coûte cher

Les conséquences de cette désertion en masse des bancs d'école peuvent être dramatiques, tant pour les jeunes eux-mêmes que pour la société en général.

Le Conseil canadien sur l'apprentissage, un organisme indépendant, s'est affairé à calculer ce coût, dans un rapport rendu public mercredi.

Les auteurs concluent, chiffres à l'appui, qu'un décrocheur a bien plus de chances qu'un diplômé de vivre d'aide sociale, de devoir se contenter d'un emploi précaire ou d'avoir des ennuis de santé.

Pour l'État aussi, conclut le rapport, le coût du décrochage est élevé: chaque décrocheur signifie des baisses de rentrées fiscales, un ralentissement de la croissance économique, une plus grande pénurie de main-d'oeuvre qualifiée et plus de pression sur les programmes sociaux.

«Si on augmentait juste d'un pour cent le nombre de diplômés, on verrait déjà l'effet financier. Une hypothèque de moins qu'on aurait à payer, pour les personnes et pour la société», dit à ce propos la directrice du Carrefour de lutte au décrochage scolaire de Montréal, Michèle Glémaud, en entrevue à La Presse Canadienne.

Vu l'ampleur du problème, «il faut agir autrement, il faut faire les choses autrement», particulièrement en milieu défavorisé, estime-t-elle.

L'important en ce domaine, insiste cette experte en la matière, consiste à assurer «un continuum de la petite enfance jusqu'à la fin du secondaire pour faire en sorte qu'on arrive à un résultat significatif».

«Il faut intervenir tôt et il faut intervenir avec de la constance», résume-t-elle.

Elle plaide pour que le décrochage passe aux yeux de tous de la «problématique scolaire» à la «problématique sociétale».

En attendant, au Québec, chaque année, plus de 18 200 adolescents rejoignent les rangs des décrocheurs des années précédentes, se retrouvant eux aussi non seulement sans diplôme, mais certains diront sans avenir.

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