Pour la mémoire de Lac-Mégantic

Depuis le 6 juillet 2013, Marcel Larrivée prend... (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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Depuis le 6 juillet 2013, Marcel Larrivée prend des photos de Lac-Mégantic. Tous les jours, sans exception.

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

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Tragédie à Lac-Mégantic

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Tragédie à Lac-Mégantic

Un convoi ferroviaire transportant du pétrole brut a explosé à Lac-Mégantic, le 6 juillet, faisant plusieurs morts et rasant la quasi-totalité du centre-ville historique de cette municipalité. »

Annabelle Blais
La Presse

(Lac-Mégantic) Parmi tous les Méganticois qui ont assisté aux commémorations, hier, Marcel Larrivée se devait d'être présent. Depuis le 6 juillet 2013, l'homme de 73 ans prend des photos de Lac-Mégantic. Tous les jours, sans exception. Ce retraité qui vivait isolé et «n'aimait pas la visite» a repris goût à la vie en se donnant pour mission de documenter la lente reconstruction de sa ville.

Les premières photos de Marcel ont été prises dans les jours qui ont suivi le drame. «J'ai commencé par le feu», dit-il. Puis, à l'automne, il a commencé à prendre des photos des maisons en reconstruction.

«Tout n'est jamais tout noir, alors je voulais montrer du positif et surtout informer les gens de ce qui se passait en ville. Il y a des gens qui sont partis depuis le 6 juillet et ne sont jamais revenus», raconte-t-il.

Marcel suit particulièrement les travaux de reconstruction du Musi-Café et du nouveau pont qui reliera la ville et le quartier Fatima, actuellement séparés par la zone sinistrée, dont l'accès est toujours interdit.

Il est aussi particulièrement fier d'avoir conservé en photos les images de l'église Notre-Dame-de-Fatima et de sa démolition en avril dernier. Si la démolition était prévue avant la tragédie, ce moment n'en a pas moins été particulièrement douloureux pour les Méganticois, puisque des funérailles des victimes du déraillement de train y ont été célébrées il y a 11 mois. Bientôt, une épicerie Métro ouvrira ses portes sur ce terrain et le souvenir de l'église s'effacera peu à peu des mémoires.

«C'est pour l'histoire de Lac-Mégantic que je fais ça. Dans 50 ans, les gens ne se souviendront plus de ce qu'il y avait. C'est un peu comme des archives.»

Marcel Larrivée

Il y a quelques semaines, le septuagénaire a également surpris la mairesse Colette Roy Laroche avec son mari sur un banc de parc et a capturé ce moment. «Je me suis dit : «Beau petit couple», puis, une semaine après, on apprenait que son mari était malade», soupire-t-il.

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Il a encadré quelques-uns de ses clichés, qu'il appelle ses «trésors» et qu'il garde précieusement enveloppés dans une courtepointe. Il publie également une partie de ses photos sur la page Facebook «Lac-Mégantic : Support aux gens» créée dans les heures qui ont suivi le déraillement du train.

Si, au départ, la page visait d'abord à aider les familles à la recherche d'une personne disparue dans le déraillement et l'explosion, elle est maintenant un lieu d'échange sur la reconstruction de la ville.

«Marcel a commencé à publier des photos et les gens appréciaient et le remerciaient, alors je lui ai dit de continuer, qu'il était nos yeux à Mégantic», explique France Dumont, fondatrice et administratrice de la page Facebook, qui habite à Saint-Georges, en Beauce.

Plusieurs membres de ce groupe Facebook se sont d'ailleurs rencontrés en février dernier à Lac-Mégantic. Marcel était présent, ce qui aurait été impensable il y a un peu plus d'un an. «J'étais un gars réservé, je ne sortais pas et je ne voulais pas de visite», dit-il. «Il était sauvage», ajoute sa fille, un peu en retrait.

Mais dans la nuit du 6 juillet 2013, «la visite» est débarquée, et pas qu'un peu. «On a recueilli une vingtaine de personnes, neuf chiens, deux chats et deux oiseaux», explique sa femme, Colette Rodrigue. «On avait de la parenté qui n'avait plus de maison, poursuit Marcel. On connaissait des victimes...»

Le lendemain, il est sorti avec son petit Canon Powershot. Il a pris une photo et ne s'est plus arrêté. Récemment, il s'est acheté un Canon Rebel T3i, un modèle un peu plus sophistiqué et difficile à utiliser. «J'ai eu envie de le casser trois ou quatre fois», dit-il en riant.

Et 1500 photos plus tard, Marcel parcourt toujours les rues de sa ville. «Je fais juste mon travail... je me sens comme obligé. Faut trouver un moyen de survivre. »




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