Sahar et Ricardo juraient de s'aimer à la vie à la mort

Ricardo Sanchez et Sahar Shafia.... (Photo fournie par la Cour)

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Ricardo Sanchez et Sahar Shafia.

Photo fournie par la Cour

(Kingston, Ontario) Ils ne parlaient pas la même langue, n'avaient pas la même culture ni la même religion. Mais Sahar Shafia et Ricardo Sanchez juraient de s'aimer à la vie à la mort. La mort est malheureusement arrivée bien plus vite qu'elle n'aurait dû.

«C'était très sérieux, on voulait se marier. On voulait aller rester au Honduras avec ma famille, parce que ses parents à elle n'approuveraient pas notre relation», a dit Ricardo Sanchez, cette semaine, au procès des Shafia, à Kingston. Mohammad Shafia et sa femme, Tooba, sont accusés d'avoir tué leurs trois filles, Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, Geeti, 13 ans, de même que Rona, 50 ans, première femme de Mohammad. Hamed, leur fils aîné, fait face aux mêmes accusations. L'homme de 20 ans est assis entre ses parents dans le box des accusés. Les quatre victimes ont été trouvées noyées dans une Nissan au fond de l'écluse de Kingston Mills, le matin du 30 juin 2009. Lorsque la tragédie s'est produite, la famille rentrait à Montréal après un voyage à Niagara Falls. La Couronne pense qu'il s'agit de meurtres commis au nom de «l'honneur».

La rencontre

Pendant la majeure partie de son témoignage qu'il a rendu en espagnol, Ricardo Sanchez, 23 ans, a parlé d'une voix basse, parfois à peine audible. Comme il répondait souvent seulement par oui ou non, le procureur de la Couronne, Gerard Laarhuis, a dû insister pour obtenir des réponses complètes.

Le jeune homme a expliqué qu'en 2009, il suivait des cours de français le soir à la même école que Zainab, aînée des enfants Shafia. Cette dernière lui a présenté sa soeur Sahar à un certain moment. Sahar et Ricardo ont commencé à se voir régulièrement en février 2009. «On se voyait presque tous les jours, le midi, et le soir après l'école. On allait au restaurant, au parc, au cinéma. On faisait des choses que les jeunes font», a-t-il dit.

La jeune fille devait rentrer chez elle avant 19h et faisait attention à ce que ses parents n'apprennent pas qu'elle fréquentait un garçon. «Si mes parents l'apprennent, je suis une femme morte», a-t-elle confié à Irma Janet Dias Medina, tante de Ricardo. C'est ce que cette dernière a affirmé devant le jury, mercredi. Mme Medina dit avoir rencontré Sahar à quelques reprises entre février et juin 2009, en présence de son neveu Ricardo. Les deux femmes discutaient, car elles arrivaient à communiquer en français bien mieux que Ricardo pouvait le faire. Originaire du Honduras,

Mme Medina est établie à Montréal depuis 17 ans, tandis que Ricardo est arrivé au Canada en 2008. D'origine afghane, mais ayant été élevée à Dubaï, Sahar est pour sa part arrivée au Canada avec sa famille en 2007.

Malgré la barrière de la langue, Sahar et Ricardo s'envoyaient des messages d'amour et des textos enflammés, tantôt en espagnol, tantôt en français ou en anglais. De plus, Sahar prenait souvent des photos de Ricardo et elle. Ricardo était certain que les parents Shafia n'accepteraient pas leur relation, car il est catholique. «Eux, ils se marient entre eux, tout le monde sait ça.» Il croit cependant que Sahar aurait été bien accueillie dans sa famille au Honduras, car, dit-il, la religion catholique n'est pas aussi rigide que la religion musulmane.

Derniers textos

Le 23 juin 2009, Sahar est partie en voyage à Niagara Falls avec toute sa famille. Elle était contente, se souvient Ricardo. Ils ont communiqué par téléphone portable de vive voix, et d'autres fois par textos, entre le 23 juin et le soir du 29 juin.

Dans les heures précédant sa mort, le 29 juin, Sahar a envoyé des textos à Ricardo disant que la famille était partie de Niagara pour rentrer à Montréal, qu'ils étaient fatigués et que le père avait décrété un arrêt à Kingston pour dormir dans un motel.

C'est le dernier message que Ricardo a reçu de Sahar, car la pile de son portable était à plat et il n'avait pas son chargeur, a-t-il expliqué. Il a appris le lendemain ou le surlendemain, par une amie de Sahar, que cette dernière avait péri dans l'écluse avec ses soeurs et sa «tante».

Le procès fait relâche jusqu'à lundi. La Couronne fera alors entendre son dernier témoin, une experte culturelle qui viendra parler de culture et de crimes d'honneur.

 

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