Pleins feux sur l'esprit torturé de Magnotta

Luka Rocco Magnotta... (ILLUSTRATION MIKE MCLAUGHLIN, LA PRESSE CANADIENNE)

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Luka Rocco Magnotta

ILLUSTRATION MIKE MCLAUGHLIN, LA PRESSE CANADIENNE

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Procès Magnotta

Luka Rocco Magnotta, âgé 29 ans, a été l'objet d'une chasse à l'homme sans précédent dans l'histoire du SPVM. Il fait face à cinq chefs d'accusation graves, notamment de meurtre prémédité, relativement à l'assassinat et le démembrement de Jun Lin, un étudiant chinois. »

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Luka Rocco Magnotta est convaincu d'avoir une relation spéciale avec Marilyn Monroe, qui lui «parle parfois.» Mais c'est Friday the 13th qui vient le hanter dans ses rêves. Quand il est éveillé, il y a ces voix qui le dénigrent, ceux qui l'épient, ses codétenus qui manigancent pour le couler, le regard des journalistes...

L'esprit torturé de Luka Rocco Magnotta a été au centre des témoignages, lundi, à son procès. Même si M. Magnotta avait des antécédents de schizophrénie paranoïde dans le passé, il demeurait compliqué de retenir un diagnostic précis à son sujet après son arrestation pour le meurtre de Lin Jun.

C'est ce que sa psychiatre traitante, le Dr Renée Roy, a noté en janvier 2013, avant d'ajouter qu'il présentait aussi «une personnalité fragile avec traits limites et histrioniques.» 

La Dr Roy est devenue la psychiatre traitante de M. Magnotta à partir de novembre 2012, alors qu'il se trouvait à la prison de Rivière-des-Prairies. Elle le voyait aux deux semaines. M. Magnotta prenait une lourde médication pour apaiser ses angoisses, contrôler ses symptômes psychotiques, son état dépressif, et faciliter son sommeil. Il a fallu ajuster sa médication à plusieurs reprises. C'est d'ailleurs cette médication qui a provoqué son gain de poids. Tous les témoins qui l'ont vu dans le passé, ont d'ailleurs remarqué que M. Magnotta avait considérablement grossi.

Au début de sa détention, en mai 2012, M. Magnotta pesait 134 livres. Au printemps 2013, il en pesait 150 et maintenant, son poids atteint 200 livres, selon la Dr Roy. 

Pas d'émotion

M. Magnotta est un homme qui n'exprime pas beaucoup d'émotions, a remarqué la Dr Roy, mais quand il a des stress importants, il réagit, a-t-elle dit. À titre d'exemple, le 28 décembre 2012, M. Magnotta était triste, car il disait qu'une religieuse qu'il aimait beaucoup était décédée une semaine auparavant, alors qu'il lui parlait au téléphone. La religieuse était hospitalisée pour un cancer.

En janvier 2013, M. Magnotta  a écrit une lettre à la Dr Roy, car il voulait être hospitalisé en raison de son niveau d'angoisse. Il disait regretter les erreurs du passé. La psychiatre ne l'a pas fait hospitaliser, mais elle l'a vu plus rapidement. 

Au printemps 2013, M. Magnotta a subi son enquête préliminaire, ce qui a encore haussé son niveau d'angoisse. Il se disait incapable de faire face au regard des journalistes.

M. Magnotta s'est effondré dans le box à un certain moment pendant son enquête préliminaire. L'hypothèse avancée par la Dr Roy est qu'il a fait une baisse de pression en raison des médicaments.

Amour en prison

À un certain moment, M. Magnotta s'est attaché à un infirmier qui lui faisait des sourires. La psychiatre a plutôt utilisé l'expression faire «un transfert amoureux.» Ce genre de chose n'est pas toléré, a souligné la Dr Roy. Magnotta a voulu s'excuser, mais l'infirmier est parti en congé.

En 2013, M. Magnotta a manifesté le désir d'écrire à la mère de Lin Jun pour s'excuser. Mais la Dr Roy lui a dit que c'était un peu trop tôt, qu'il avait une démarche à faire et qu'il devait en parler à son avocat.

En prison, Magnotta craignait deux codétenus. Il croyait qu'ils amassaient de l'information pour lui nuire dans son dossier légal. À un certain moment, Magnotta a été placé dans une cellule où des détenus avaient fait des graffitis à son sujet. Il en a été affecté.

La docteure a aussi relaté que Magnotta avait tenté de reprendre ses études par correspondance en prison. Mais il avait trop de mal à se concentrer et il a finalement abandonné.

La Dr Roy poursuivra son témoignage mardi.

Un peu plus tôt dans la journée, lundi, d'autres médecins qui ont vu Magnotta au cours des 12 dernières années ont été appelés à la barre.

Entre 2003 et 2009, Luka Rocco Magnotta s'est retrouvé souvent devant le Dr Alan Tan, un médecin de famille de Toronto, pour des problèmes physiques et psychiatriques. 

Le patient, qui s'appelait Eric Clinton Newman, a changé son nom en 2006 pour Luka Rocco Magnotta, parce qu'il disait être «suivi partout», a indiqué le Dr Tan. Magnotta disait entendre des voix qui lui disaient qu'il marchait comme un singe.

Le Dr Tan estime avoir vu Magnotta plus de 12 fois, entre 2003 et 2009. Le médecin n'a pas reconnu M. Magnotta dans le box, mardi. «Il a beaucoup grossi», a-t-il dit. Quand l'accusé le consultait, dans les années 2003, 2004, 2005, c'était tout le contraire: il tentait désespérément de gagner du poids. Il a même songé à avoir injections dans les muscles pour augmenter leur volume, a relaté le Dr Tan.  

M. Magnotta était dans la jeune vingtaine au début des consultations, mais il avait tout de même été hospitalisé trois fois auparavant pour maniaco-dépression. Il se décrivait comme bisexuel, disait avoir de multiples partenaires sexuels. Il s'est plaint aussi d'avoir de la difficulté à maintenir une érection, et voulait avoir du Viagra ou un médicament semblable.

À un certain moment, Magnotta s'est mis à entendre des voix. Il pensait que les gens le surveillaient avec des jumelles. Il n'avait cependant pas de pensées homicidaires ou suicidaires. 

M. Magnotta a été diagnostiqué schizophrène.

Magnotta était considéré inapte au travail et recevait des prestations d'aide sociale bonifiées pour cette raison. Il travaillait cependant comme escorte et acteur.

Rappelons que M. Magnotta, 32 ans, est accusé du meurtre prémédité de Lin Jun, survenu le 25 mai 2012, d'outrage à son cadavre, production et diffusion de matériel obscène, utilisation de la poste pour envoyer ce matériel, et harcèlement contre le Premier ministre Stephen Harper et les membres de son gouvernement. 

M. Magnotta admet avoir commis les actes qu'on lui reproche, mais présente une défense de troubles mentaux, ce qui pourrait lui valoir un verdict de non-responsabilité criminelle.

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