Magnotta: un courriel inquétant après une interview

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Le journaliste, Alex West (à gauche) du London Sun, qui a déjà rencontré Magnotta suite à sa vidéo de chats, quitte le palais de justice. West était appelé comme témoin et avait embauché un avocat, Me Christian Leblanc (à droite).

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Procès Magnotta

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Procès Magnotta

Luka Rocco Magnotta, âgé 29 ans, a été l'objet d'une chasse à l'homme sans précédent dans l'histoire du SPVM. Il fait face à cinq chefs d'accusation graves, notamment de meurtre prémédité, relativement à l'assassinat et le démembrement de Jun Lin, un étudiant chinois. »

Deux jours après qu'un de ses journalistes eut interviewé Luka Rocco Magnotta au sujet de vidéos montrant un individu en train de tuer des chatons, le Sun de Londres a reçu un courriel des plus inquiétants.

«La prochaine fois que vous entendrez parler de moi, ce sera pour un film que je produis, et il y aura des humains dedans, pas seulement des chatons», disait entre autres le courriel, envoyé au Sun à 16h32 le 10 décembre 2011. Ce courriel d'une dizaine de paragraphes venait prétendument d'un dénommé John Kilbride, mais le journaliste du Sun Alex West pense que c'est Magnotta qui se cachait derrière ce pseudonyme.

«John Kilbride, c'est le nom d'une des victimes d'un tueur en série qui a frappé dans les années 60 ou 70, a expliqué Alex West quand il a témoigné au procès de Magnotta, hier. Le journaliste de 33 ans, qui était à Londres, a témoigné par vidéoconférence.

C'est ainsi qu'au 15e jour du procès, le jury a appris que le matin du 8 décembre 2011, Magnotta se serait présenté au Sun, à Londres, en disant qu'il voulait qu'on le laisse tranquille. Il n'aurait pas eu beaucoup d'attention au journal.

Un peu plus tard ce matin-là, M. West s'est vu confier la tâche d'aller interviewer Magnotta, qui résidait dans un hôtel de Wembley, un quartier à l'ouest de Londres. On soupçonnait  Magnotta de s'être filmé en train de tuer des chatons et d'avoir mis ces vidéos en ligne. L'histoire à ce sujet courait depuis un bon moment déjà.

M. West s'est rendu à l'adresse indiquée avec un photographe. L'hôtel était situé au-dessus d'un pub. Il est monté par l'escalier de secours. Il a frappé à une porte, demandé Magnotta, et celui-ci est apparu. La conversation a duré une trentaine de minutes. Magnotta, qui restait les bras croisés dans l'embrasure de la porte, a nié avoir tué des chatons et avoir mis de telles vidéos en ligne. M. West se montrait très insistant, le confrontait sur le fait qu'il semblait avoir plusieurs personnalités sur le web et qu'il se vantait de manipuler les médias.

Magnotta assurait qu'il n'avait rien à voir avec cela, que certaines personnes mal intentionnées avaient sans doute usurpé son identité, qu'il était facile de trafiquer des choses avec Photoshop, qu'il recevait des menaces de mort, qu'il était une personne très discrète et privée, et qu'il n'aspirait qu'à avoir la paix. Magnotta se plaignait que des médias appelaient à l'hôtel où il logeait, et que le gérant voulait l'expulser.

Magnotta était enregistré à son insu, et des photos de lui ont été prises pendant l'entretien, sans qu'il le sache. L'enregistrement et une photo ont été présentés au jury, hier.

Après l'entretien, M. West est resté un moment dans la voiture, près de l'hôtel. Deux policiers sont arrivés à l'hôtel, ont cueilli Magnotta et l'ont escorté jusqu'à un taxi.

Un intrigant courriel

C'est deux jours plus tard que l'intrigant courriel est arrivé au Sun. Il commençait ainsi: «Bon, je dois dire au revoir pour le moment, mais ne vous en faites pas, dans un proche avenir, vous entendrez parler de moi à nouveau. Cette fois, les victimes ne seront pas de petits animaux. Je vous enverrai une copie de la nouvelle vidéo que je vais faire.

«Vous voyez, tuer est différent de fumer... quand tu fumes, tu peux arrêter. Une fois que tu tues et que tu as le goût du sang, c'est impossible d'arrêter. La pulsion est trop forte pour ne pas continuer.»

Le courriel signalait qu'il y avait des journalistes très sexy au Sun, et décrivait les actes sexuels que l'auteur rêvait d'accomplir avec l'un d'entre eux. Il s'agissait d'actes violents et dégoûtants. Hier, M. West a admis qu'il s'était senti visé, puisqu'il était celui qui avait rencontré Magnotta.

Le courriel poursuivait sur sa lancée: «Le plus plaisant de tout ça, c'est de voir des millions de personnes être enragées et frustrées, car elles ne peuvent m'attraper... C'est ce que j'aime. J'aime le facteur de risque... Je gagne tout le temps...

«C'est facile.

«Donc, je dois disparaître pour un moment, vous comprenez... Jusqu'à ce que les gens arrêtent de m'embêter... mais la prochaine fois que vous entendrez parler de moi, ce sera pour un film que je produirai, dans lequel il y aura des humains, pas juste des chatons. Les choses que j'ai vues et ce que j'ai fait, vous ne pouvez que l'imaginer...»

«S'en tirer avec tout ça, c'est génial.»

Crédibilité

En contre-interrogatoire, Me Luc Leclair, avocat de  Magnotta, s'est employé à miner la crédibilité de M. West et du journal qui l'emploie. Il l'a questionné sur sa participation au documentaire lié à l'affaire Magnotta et intitulé Sexe, gloire et meurtre. Il reprochait au journaliste d'avoir parlé de Magnotta comme étant un «personnage.» L'avocat a aussi sorti un courriel qu'Alex West lui a envoyé en novembre 2012. Le journaliste cherchait à obtenir une interview avec Magnotta.

Me Leclair insinue par ailleurs que le fameux courriel de John Kilbride est truffé de phrases surfaites émanant d'actrices comme Sharon Stone dans Basic Instinct et Greta Garbo.

Le procès de Luka Rocco Magnotta fait relâche aujourd'hui, mais reprendra demain.

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