La Tuerie à l'Ecole Polytechnique: le tueur avait trois obsessions: les femmes, la guerre et l'électronique

Marc Lépine, né sous le nom de Gamel... (PHOTO: LA PRESSE CANADIENNE)

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Marc Lépine, né sous le nom de Gamel Gharbi, est né à Montréal en 1964. Il a vécu la séparation de ses parents. Son père, un Algérien, serait actuellement à l'extérieur du pays. Quant à sa mère, Monique Lépine, 51 ans, elle demeure sur la rue Malo dans un condominium, près du pont Jacques-Cartier, à Montréal.

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Martha Gagnon

Cet article a été publié dans La Presse du 8 décembre 1989.

La Presse

Le mystérieux auteur du massacre de l'École polytechnique de l'Université de Montréal est Marc Lépine, 25 ans, de Montréal, a révélé hier soir la police au cours d'une conférence de presse.

Il a été décrit comme un gars intelligent, tranquille, fasciné par l'électronique et les films de guerre, dont le principal problème semblait être ses relations avec les femmes.

Marc Lépine, né sous le nom de Gamel Gharbi, est né à Montréal en 1964. Il a vécu la séparation de ses parents. Son père, un Algérien, serait actuellement à l'extérieur du pays. Quant à sa mère, Monique Lépine, 51 ans, elle demeure sur la rue Malo dans un condominium, près du pont Jacques-Cartier, à Montréal. Il aurait aussi une demi-soeur Nadia et une parente, Suzanne Messier, à Long Island, dans l'État de New York.

Après ses études secondaires à l'école Saint-Thomas à Pointe-Claire et des Sources, à Pierrefonds, il a fréquenté le Cégep Saint-Laurent où il a fait un cours de trois ans en sciences pures et une année en électronique. Par la suite, il s'est inscrit au Cégep du Vieux-Montréal pour suivre un cours de chimie et de programmeur analyste.

D'après les renseignements préliminaires de la police, il aurait songé à un certain moment à faire une demande d'admission à l'École polytechnique. L'enquête n'a toutefois pas permis de déterminer s'il a bel et bien effectué les démarches nécessaires.

Toujours selon la police de la CUM, tout porte à croire qu'il ne connaissait pas ses victimes et qu'il a tiré au hasard, comme un fou, sur toutes les étudiantes qu'il rencontrait sur son passage à la Polytechnique, mercredi.

Sans travail depuis plusieurs mois, Marc Lépine semblait pourtant un homme sans histoires. Il ne buvait pas, ne fumait pas et n'était probablement pas un adepte de la drogue. On n'a pas découvert non plus d'antécédents psychiatriques. Il partageait un appartement avec un copain au 2175, rue Bordeaux, dans l'est de la ville. Sa période d'adolescence aurait cependant été perturbée par son échec dans les cadets des Forces canadiennes. Un rêve auquel il fait d'ailleurs allusion dans la lettre de trois pages que l'on a retrouvée dans ses poches, après la tuerie. Il aurait été jugé trop asocial pour demeurer dans le groupe.

Mais sa principale préoccupation était les femmes. En dépit de ses efforts, il n'arrivait pas à se lier d'amitié avec elles. L'accumulation de déceptions aurait produit chez-lui une grande frustation qui se serait même transformée en obsession.

Sans préciser le genre de déceptions amoureuses, la police a expliqué que Marc Lépine se montrait extrêmement gentil avec les filles jusqu'à ce que celles-ci repoussent ses avances. En plus des femmes, il avait deux autres obsessions: l'électronique et tout ce qui se rapportait à la guerre.

Lépine aurait vécu des problèmes de comportement au cours des annnées 1986-1987 au moment où il travaillait dans une institution hospitalière de Laval. Son attitude jugée étrange et bizarre par ses employeurs l'aurait forcé à démissionner de son poste. Après cela, il n'a pu se trouver un autre emploi. Il acceptait difficilement sa situation de chômeur.

Une dizaine de jours avant de mettre à exécution son terrible projet, Marc Lépine avait légalement acheté l'arme semi-automatique utilisée pour abattre à bout portant les 14 jeunes femmes. Il avait alors expliqué qu'il voulait utiliser son arme à des fins sportives.

Il se serait procuré cette carabine au magasin Checkmate, rue Saint-Hubert. Hier soir, un employé a refusé de confirmer la nouvelle. «Vous savez, on ne prend pas la photo de tous les clients qui viennent ici. Vous n'avez qu'à le demander à la police.» D'après des rumeurs, le commerçant aurait reçu des menaces après le drame. Quant à Marc Lépine, il aurait fréquenté à plusieurs reprises des endroits où l'on vendait des armes.

Quelques heures avant la tragédie, Lépine a rédigé une lettre manuscrite de trois pages dans laquelle il raconte que sa vie était insupportable depuis plusieurs années, qu'il en voulait principalement aux féministes qui avaient gâché son existence et qu'il n'avait jamais accepté d'avoir été refusé dans l'armée. Il a aussi rappelé le drame survenu à l'Assemblée nationale, au cours duquel le caporal Denis Lortie avait tué trois personnes en plus d'en blesser 13 autres.

La dernière page de son document est accompagnée d'une «liste rouge» de 15 noms de femmes reliées au monde politique, policier, syndical et à celui des communications. Il y a entre autres les noms de Monique Gagnon-Tremblay, ex-ministre déléguée à la Condition féminine et maintenant titulaire du ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, Monique Simard, vice-présidente de la CSN, Danielle Rainville, animatrice à la station CKAC, ainsi que sept ou huit femmes du service de police de la CUM.

Cette lettre datée du 6 décembre et portant uniquement la signature de «Marc» a été retrouvée dans l'une des poches de chemise de l'assassin.

Le directeur du crime organisé à la CUM, Jacques Duchesneau, a déclaré hier soir que l'enquête se poursuivait pour tracer un portrait complet du tueur fou et peut-être mieux comprendre les motifs qui l'ont incité à faire un tel geste. La lettre de trois pages est scrutée à la loupe par des experts de toutes sortes, graphologues et psychiatres.

Bien que l'on ait trouvé un couteau près du corps de Marc Lépine, la police n'a pas voulu confirmer hier si l'instrument avait servi.

Vers 20h hier, l'appartement de la mère de Marc Lépine semblait désert, malgré une faible lumière à l'intérieur et des bûches de bois sur le balcon. Les quelques voisins refusaient de répondre aux questions des journaslistes. «On préfère se mêler de nos affaires.»

Le jour tragique, Marc Lépine ne portait plus de barbe. Il avait sa casquette et des grosses bottes de travail.

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