Des adieux émouvants et grandioses aux victimes de la fusillade de Polytechnique

Huit landaus garnis de fleurs suivis de neuf... (PHOTO: ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE)

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Huit landaus garnis de fleurs suivis de neuf corbillards et d'un nombre encore plus grand de limousines, occupaient toute la rue Notre-Dame, en face de la basilique Notre-Dame de Montréal.

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Suzanne Colpron

Cet article a été publié dans La Presse du 12 décembre 1989.

La Presse

Dans une atmosphère remplie d'émotion, plus de 8500 personnes se sont groupées hier à l'intérieur et à l'extérieur de la basilique Notre-Dame de Montréal pour dire un dernier adieu à neuf des 14 victimes de la tuerie de l'École polytechnique.

Trois heures et demie avant le début de la cérémonie, à 10h30, de nombreuses personnes convergeaient déjà vers la basilique dans l'espoir d'y obtenir une place. Mais seuls les parents, les proches, les camarades d'université, les ingénieures et les dignitaires pouvaient y pénétrer.

Massées sur la Place d'Armes et les rues voisines, malgré un temps froid et humide, 5000 personnes ont pu assister à la messe des funérailles grâce à un système de hauts-parleurs installés à l'extérieur. Pendant tout l'avant-midi, la circulation automobile a été interdite dans ce secteur, surveillé par un nombre impressionnant de policiers de la Communauté urbaine de Montréal et par un hélicoptère de la Sûreté du Québec.

Dès 8h30, les familles des victimes ont été admises dans la basilique auprès des dépouilles en chapelle ardente. C'est une heure et quart plus tard que les invités d'honneur, les étudiants et les ingénieures ont pu entrer dans l'église qui contient 3500 places assises. La cérémonie, exceptionnellement longue, a débuté à 10h30 et pris fin vers midi.

Le cardinal Paul Grégoire, archevêque de Montréal, assisté de neuf autres évêques, a présidé à la messe des funérailles. Le cardinal Paul-Émile Léger était aussi présent dans le choeur. Toute la cérémonie, à la fois grandiose et émouvante, s'est déroulée dans un recueillement et un calme remarquables. Quatre cercueils étaient disposés dans l'allée centrale et les cinq autres, placés le long de la sainte table, tout près du choeur.

Parents, proches et dignitaires étaient groupés dans la nef de la basilique, tandis qu'un grand nombre d'étudiants et d'ingénieures se trouvaient dans les jubés latéraux.

Mme Jeanne Sauvé, gouverneur général du Canada, M. Brian Mulroney, premier ministre du Canada, M. Gilles Lamontagne, lieutenant-gouverneur du Québec, M. Robert Bourassa, premier ministre du Québec, M. Jean Doré, maire de Montréal, M. Gilles Cloutier, recteur de l'Université de Montréal, M. Roland Doré, président de l'École polytechnique, et de très nombreux autres, dont 43 députés et ministres fédéraux et provinciaux, assistaient à la cérémonie.

Un des moments les plus intenses de la messe a été atteint lorsque le cardinal Paul Grégoire a prononcé l'un après l'autre les noms des jeunes femmes mortes dans la tuerie: Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Maryse Leclair, Annie Saint-Arneault, Barbara Klucznik Widajewicz. On a alors entendu des pleurs venant de la foule et vu des couples tenter de se réconforter en se serrant dans les bras les uns les autres.

L'émotion a véritablement éclaté à la fin de la cérémonie lorsque les cercueils blancs et cuivre, portés par des étudiants et des étudiantes, ont commencé à se diriger vers la sortie de l'église.

«Heureux ceux qui ont soif de justice»

Dans son homélie, le cardinal Grégoire a insisté particulièrement sur les Béatitudes évangéliques: «Heureux les miséricordieux... Heureux ceux qui pleurent... Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice...» Et il a lancé l'invitation suivante: «Vos filles, vos soeurs, vos amies, futures ingénieures que nous pleurons aujourd'hui avaient choisi de bâtir. En mémoire d'elles, en solidarité avec elles, vous chercherez à bâtir un monde fraternel.»

Plus tard, à la fin de la cérémonie, des témoignages d'adieu ont été rendus par M. Roland Doré, président de Poly, et par des étudiants. «Nous avons perdu 14 amies, 14 copines... Ensemble, réalisons les choses dont elles rêvaient», a dit un camarade de classe.

C'est sous une volée de cloches, longue comme on en aura probablement jamais entendue à la basilique Notre-Dame, que les cercueils sont sortis, l'un après l'autre, devant les yeux d'une foule transie et silencieuse.

Précédés de huit landaus garnis de fleurs, neuf corbillards identifiés par des numéros et un plus grand nombre encore de limousines occupaient toute la rue Notre-Dame en face de la basilique, entre les rues Saint-François-Xavier et Saint-Laurent. Une douzaine d'autobus de la STCUM nolisés pour les membres des familles et autres proches attendaient un peu plus loin.

Suivis des parents des victimes, les cercueils ont défilé sur le parvis de la basilique pendant un long moment. Les quelque 100 dignitaires, réunis sur le porche, ont attendu durant une quinzaine de minutes jusqu'à ce que le cortège se mette en branle à destination des divers cimetières où devaient être inhumées les dépouilles des neuf victimes.

Seuls les cris d'une femme, en proie à une crise soudaine, ont momentanément rompu le silence de l'assistance groupée à l'extérieur, derrière les barricades érigées par la police pour contenir la foule. Une fois les dignitaires dans leurs voitures, les gens se sont dispersés dans le silence.

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