Mort de Vito Rizzuto: «La mafia n'avait pas prévu le coup»

  • Vito Rizzuto, de retour de République Dominicaine, à l'aéroport de Montréal. (LA PRESSE, EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE)

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    Vito Rizzuto, de retour de République Dominicaine, à l'aéroport de Montréal.

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  • Vito Rizzuto, extradé aux États-Unis le 17 août 2006. (Photo archives La Presse)

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    Vito Rizzuto, extradé aux États-Unis le 17 août 2006.

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Mafia montréalaise

Luttes de pouvoir, règlements de compte, arrestations, toutes les nouvelles sur la mafia montréalaise. »

Daniel Renaud
La Presse

Le parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto, est mort subitement tôt lundi matin sans avoir totalement assouvi sa vengeance et préparé sa relève. Teflon Don, comme on le surnommait en raison de sa capacité à échapper à la police, est mort à 67 ans de complications liées à une pneumonie, à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.

Il n'aura fallu que quelques heures pour que la maladie emporte celui qui a succédé à son père, Nicolo Rizzuto, à la tête de la mafia à la fin des années 90. Vito Rizzuto a été admis à l'hôpital dimanche matin. Il n'en est finalement jamais sorti. La nouvelle a eu l'effet d'une onde de choc sur les médias sociaux et dans les milieux criminel, judiciaire et policier, où on n'en revenait tout simplement pas. «Il a échappé à la justice canadienne toute sa vie. Il a finalement été rattrapé par la justice américaine, est sorti de prison, est redevenu le parrain. Il fait tout cela et il meurt. C'est incroyable», a affirmé une source proche du milieu criminel. La nouvelle a causé une telle commotion que plusieurs doutent de la mort naturelle du parrain.

Toute la journée, lundi, un flot incessant de proches, d'amis et de compatriotes ont défilé à son domicile, une maison cossue du quartier Sainte-Dorothée, à Laval, pour témoigner de leur respect à la famille. Les médias étaient nombreux sur place, mais certainement pas appréciés. Plusieurs ont demandé avec insistance aux journalistes de quitter les environs. «Quelqu'un est mort. Vous voulez un commentaire, il est mort. Il est mort. Quel autre commentaire peut-on vous donner?», a dit l'un d'eux.

Selon les sources de La Presse, il est difficile de prévoir pour l'instant si la mort de Vito Rizzuto entraînera une recrudescence de la violence dans les rues de Montréal. Reste à voir qui lui succédera, et comment cette personne prendra le contrôle de l'organisation criminelle. «Une chose est sûre, la mafia italienne n'avait pas prévu le coup et est réellement dans le trouble», a spontanément lancé un informateur. «Est-ce que durant son bref retour, il a suffisamment assis son pouvoir? C'est là qu'on va le savoir», a renchéri un autre.

Reconquête sanglante

Vito Rizzuto avait repris les rênes de la mafia montréalaise il y a à peine plus d'un an. En octobre 2012, il a été libéré de la prison de Florence, au Colorado, où il purgeait une peine de 10 ans pour avoir participé aux meurtres, en 1981, de trois lieutenants du clan Bonanno, l'une des cinq principales familles mafieuses de New York. Avant cet épisode, Rizzuto n'avait à peu près aucun antécédent criminel, mis à part une affaire d'incendie pour un remboursement d'assurances fomentée avec son beau-frère Paolo Renda, enlevé et disparu depuis mai 2010.

Il a été arrêté en janvier 2004, puis extradé aux États-Unis en 2006. La domination de son clan sur la scène montréalaise a été affaiblie pendant son absence par l'opération Colisée, menée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Son fils aîné, Nick Junior, a été assassiné en décembre 2009. Son père, Nicolo, a connu le même sort 11 mois plus tard.

Entre 2010 et 2011, plusieurs chefs de clan ont formé une alliance afin de prendre la place de la famille sicilienne à la tête de la mafia. Un conflit a toutefois éclaté entre eux, ce qui a permis à Rizzuto de reconquérir son trône.

À peine un mois après son retour au pays, Joe Di Maulo, un homme respecté dans le milieu et lié à une cellule calabraise, est mort sous les balles, à Blainville. Une vague de meurtres et de tentatives de meurtre a suivi, une période pendant laquelle plusieurs organisations ennemies ont été étrillées.

Le chef de clan Giuseppe De Vito a été empoisonné au cyanure. Il a été trouvé mort dans sa cellule de Donnacona. Il y a quelques semaines, l'influent mafioso Moreno Gallo a été tué dans un restaurant d'Acapulco, au Mexique, lorsqu'un homme habillé de noir a fait irruption dans l'établissement et lui a tiré plusieurs balles de calibre 9 mm à la tête avant de prendre la fuite. Raynald Desjardins, qui a été la cible d'une spectaculaire tentative de meurtre à Laval, en septembre 2011, croupit désormais en prison pour le meurtre de Salvatore Montagna.

Vengeance inachevée

Dès son retour à Montréal, Vito Rizzuto a rapidement repris le contrôle de la mafia. Au cours des derniers mois, plusieurs sources de La Presse ont confirmé qu'il a multiplié les rencontres avec d'importants acteurs du milieu, afin de connaître les dessous de la tentative de renversement de son clan. Il voulait entre autres savoir qui se cachait derrière le meurtre de son fils et de son père.

La domination du clan Rizzuto sur la mafia montréalaise n'est pas une histoire récente. Les Siciliens, Nicolo Rizzuto en tête, en avaient pris la direction au début des années 80 en éliminant un à un les frères Violi, alliés des Cotroni.

Depuis ce temps, la mafia de Montréal est dirigée par le clan sicilien, contrairement à l'Ontario, où elle est dominée par les Calabrais. En prenant la relève de son père Nicolo au début des années 90, Vito Rizzuto a innové et brisé de vieilles traditions, en nouant des liens très étroits avec d'autres organisations criminelles. Il n'hésitait pas à faire des affaires avec les Hells Angels, ce qui n'a pas toujours été bien vu dans la Cosa nostra - l'appellation qui désigne la mafia sicilienne.

Le Bureau du coroner ne fera aucune enquête sur les circonstances de la mort de Vito Rizzuto, puisqu'elle est classée «hors de tout doute» comme étant naturelle. La famille pourrait toutefois demander à l'hôpital d'effectuer une autopsie sur sa dépouille. Selon certaines informations, les funérailles seraient célébrées le 30 décembre en l'église Notre-Dame-de-la-Défense, dans la Petite Italie, le même lieu de culte où son fils et son père ont reçu leurs derniers hommages.

- Avec la collaboration d'Hugo Pilon-Larose, Jasmin Lavoie et Philippe Teisceira-Lessard




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