Vito Rizzuto impose sa loi à Montréal

Escorté par des policiers armés jusqu'aux dents, Vito... (Photo Gesca)

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Escorté par des policiers armés jusqu'aux dents, Vito Rizzuto a été extradé vers les États-Unis le 17 août 2006. Après sa libération, il est rentré au pays en 2012.

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Daniel Renaud
La Presse

Il y a un an, personne ne pensait que Vito Rizzuto reviendrait à Montréal. Huit mois après son retour, son clan est redevenu le plus puissant dans la métropole. S'il a pu réussir ce tour de force, c'est parce que la situation du crime organisé était relativement calme sous son règne et que son rôle d'arbitre lui a fait gagner le respect du milieu criminel. La grande organisation de la mafia, qui n'aime pas que les projecteurs soient braqués sur elle, a vraisemblement eu besoin de lui pour mettre fin à son épisode le plus sanglant des 40 dernières années à Montréal.

«Si Vito revient à Montréal, il va se faire passer », avait confié à La Presse un policier il y a un an, presque jour pour jour. Aujourd'hui, force est de constater que ce policier, comme la plupart des gens, s'est royalement trompé sur les chances de retour du parrain, après neuf ans passés dans les geôles canadiennes et américaines.

«Les policiers et les criminels ont fait la même erreur : ils n'auraient jamais pensé que Vito reviendrait», a dit un autre plus récemment, démontrant l'évolution de la situation. Depuis janvier, La Presse a cessé d'accoler le qualificatif déchu après le mot parrain pour décrire Vito Rizzuto. Si ce dernier a pu réussir le tour de force de reprendre le contrôle de la métropole en quelques mois, c'est en raison du respect qu'on lui voue dans le milieu criminel, et ce, depuis qu'il est devenu le président du conseil d'administration du crime organisé à Montréal quelque part durant les années 90.

À l'époque où il dirigeait la mafia d'une main de fer dans un gant de velours, tout était relativement calme. Les règlements de compte sous toutes leurs formes faisaient partie du décor, mais étaient plus espacés. Mais à la suite de son arrestation en janvier 2004, et plus particulièrement de son extradition vers les États-Unis deux ans plus tard, «le sang a coulé», comme il l'avait lui-même prophétisé aux policiers de la GRC qui l'escortaient.

En effet, en à peine neuf ans, entre son arrestation le 19 janvier 2004 et aujourd'hui, au moins 40 meurtres, 18 tentatives de meurtre, huit enlèvements et deux disparitions liés au crime organisé italien sont survenus à Montréal et les environs, selon une compilation effectuée par La Presse. C'est l'épisode le plus sanglant de l'histoire de la mafia montréalaise, y compris la chute des Violi, il y a plus de 30 ans.

Le retour

Après sa libération en octobre, Vito Rizzuto s'est arrêté à Toronto, pour mesurer ses appuis. Visiblement, la grande organisation de la mafia, qui n'aime pas que les projecteurs soient braqués sur elle, que ce soit par la violence ou les commissions d'enquête, a eu besoin de lui pour mettre fin à l'effusion de sang à Montréal.

À son retour, le sang a coulé encore plus, mais le calme est revenu depuis plusieurs semaines, signe qu'un clan a repris les choses en main et que d'autres ont dû se rallier, par choix ou non. La pression policière qui a suivie l'arrestation de deux individus après le meurtre de Gaëtan Gosselin, le bras droit du caïd Raynald Desjardins, a probablement ralenti les ardeurs diront certains, mais des sources nous ont confié que Vito Rizzuto a lancé un appel au calme vers la fin mars.

Depuis, il dirigerait ses affaires, de Montréal ou de la République dominicaine, et aurait même amorcé des discussions de paix avec ses ennemis les plus farouches. Il tenterait même d'étendre son influence en Sicile si l'on se fie à un article du journal italien La Reppublica qui l'a décrit comme « le chef incontesté de la Cosa Nostra canadienne ».

À Montréal, Vito Rizzuto est vu régulièrement sur un terrain de golf ou dans un restaurant du centre-ville, le soir venu. Ses sorties restent discrètes et ce sera le cas tant que son honneur ne sera pas lavé, que les meurtres des membres de sa propre famille ne seront pas vengés. Cela prendra le temps qu'il faudra. Il ne faudrait pas s'étonner si, une fois cela fait, à 67 ans, il laisse les devants de la scène à la relève.

Des pourparlers de paix en cours

La Presse a appris que des discussions visant à conclure la paix ont eu lieu il y a environ trois semaines entre des représentants du parrain Vito Rizzuto et de son ancien lieutenant devenu ennemi, le caïd Raynald Desjardins. «Il y a eu des négociations et, maintenant, les clans en sont au stade de la réflexion. On va voir si cela va fonctionner, mais c'est certain qu'on s'en va plus vers la paix que vers la guerre», nous a confié une source la semaine dernière.

Au cours des derniers mois, des contrats avaient été mis sur la tête de proches des clans de Desjardins et de Giuseppe De Vito, autre chef en guerre avec les Siciliens. Ils vivaient terrés ou avaient quitté la région. Or, La Presse a appris que ces individus se sont fait dire, au cours des dernières semaines, qu'ils n'avaient plus rien à craindre et qu'ils pouvaient revenir dans la métropole.

Lors de la comparution des 26 individus arrêtés la semaine dernière à la suite du démantèlement d'un réseau de trafiquants de drogue, les accusés étaient défendus par des avocats qui ont représenté des clans ennemis au cours des dernières années - un autre signe de la détente qui règne actuellement dans la mafia.

Selon la principale théorie de la police, Desjardins, De Vito et d'autres chefs de clan comme Salvatore Montagna et les frères Arcuri auraient formé une alliance pour diriger la mafia à la suite du renversement des Siciliens, en 2010. Mais depuis la libération de Vito Rizzuto, en octobre dernier, plusieurs membres de leurs clans ont été assassinés. Desjardins a notamment perdu son beau-frère, l'influent Joe Di Maulo, et son ami et homme de confiance Gaétan Gosselin. Celui qui tenait ce rôle pour Giuseppe De Vito était Vincenzo Scuderi, tué en janvier dernier.

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