Colette Lafrance, 80 ans: «Ce n'est pas du courage, c'est juste l'instinct de survie»

Charles-Hector Fraser, beau-frère de Colette Lachance qui a... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Charles-Hector Fraser, beau-frère de Colette Lachance qui a survécu de justesse au drame, et frère de Madeleine Fraser, qui, elle, a disparu.

Photo Alain Roberge, La Presse

(L'Isle-Verte) Colette Lafrance n'a pas hésité à se jeter dans le vide. C'était ça ou elle brûlait vive.

«Ce n'est pas du courage. Pas du tout. C'est juste l'instinct de survie», souffle la femme de 80 ans, l'une des rares survivantes de l'aile ravagée par l'incendie de la Résidence du Havre.

Nous l'avons rencontrée dans sa chambre au Centre hospitalier de Rimouski. Elle était assise en chemise d'hôpital sur le bord de son lit, les cheveux en bataille, les yeux hagards.

La vieille dame a perdu jusqu'au dernier vêtement. Sa prothèse dentaire et ses lunettes ont été réduites en cendres. Mais elle est vivante.

L'histoire de Colette Lafrance est à peine croyable. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la frêle octogénaire a sauté de son balcon du troisième étage pour échapper aux flammes qui dévoraient le foyer.

«Quand elle a ouvert la porte de sa chambre, elle a vu que le couloir était plein de fumée. Alors elle a viré de bord, elle a pris une couverture et elle est sortie dehors», raconte son neveu, Gilbert Lafrance, propriétaire d'une ferme juste au bout du village.

Une fois dehors, elle s'est laissée tomber jusque sur le balcon du dessous, au deuxième étage, plusieurs mètres plus bas. «Je n'avais pas le choix», dit-elle, encore hébétée. La neige a amorti sa chute. Miraculeusement, elle n'a pas été blessée.

«Sur le balcon du deuxième, il y avait une dame à côté de moi. On a appelé à l'aide ensemble, se rappelle-t-elle. Après un moment, des hommes se sont placés en dessous et ils m'ont crié de sauter.» Elle l'a fait. Encore. Ils l'ont rattrapée sans peine et l'ont engouffrée dans une ambulance.

Et la femme qui était avec elle sur le balcon? «Je ne sais pas. Je ne sais rien. Je n'ai aucune nouvelle des gens là-bas.» Elle hoche la tête. «Je ne veux plus en parler. C'est trop dur. Trop horrible.»

Plus qu'une belle-soeur, une complice

C'est que là-bas, sous les décombres, il y a probablement le corps de sa belle-soeur et amie de longue date, Madeleine Fraser, 86 ans, dont la famille est toujours sans nouvelles.

«On n'a plus d'espoir. Ceux qui sont vivants ont été placés ailleurs. Madeleine est en dessous des débris quelque part. On sait qu'elle fait partie de la gang», dit son frère Charles-Hector, résigné.

Un coup dur pour la survivante. Mme Lafrance est célibataire, Mme Fraser n'a pas eu d'enfants. Depuis la mort de son mari, les deux femmes étaient devenues inséparables. Une vraie famille.

«C'est comme si Colette avait perdu sa mère», dit Ernest Fraser, un autre frère de Madeleine. Colette, toute la famille Fraser la connaît. «Elle et ma soeur sont amies depuis tellement longtemps !», dit Charles-Hector. Il nous montre une vieille photo noir et blanc où les deux jeunes femmes sourient, l'une à côté de son mari, l'autre à côté de son frère.

À la résidence, elles se voyaient pratiquement tous les jours pour «placoter sur les autres résidants», dit à la blague le frère de la disparue. L'une habitait au troisième, l'autre, au deuxième.

«On ne les voyait pas l'une sans l'autre», raconte Gilbert Lafrance. Il est inquiet pour sa vieille tante. «Maintenant qu'une est morte, je ne sais pas comment l'autre va faire pour continuer», dit-il.

«C'est comme si on ne le croyait pas»

Madeleine Fraser a eu une vie d'aventure.

Durant presque 30 ans, elle a suivi son mari dans les coins les plus reculés de la province. Il était gardien de phare. Un métier qui n'existe plus. Elle faisait la cuisine.

Ils ont vécu à Anticosti, à Pointe-au-Père et sur la petite île qui a donné son nom au village de L'Isle-Verte, entre autres. Il est arrivé que le plus proche voisin soit à plus de 100 kilomètres de distance.

Il y a sept ans, lorsque son mari est décédé, elle a déménagé à la Résidence du Havre. Elle y est morte dans la nuit de jeudi.

Son frère Charles-Hector, qui habite à distance de marche du lieu du drame, a appris la nouvelle en se levant au matin. Il était très proche d'elle. «Madeleine n'a pas eu d'enfants, alors c'était un peu moi, son p'tit gars.»

Dans la famille, ils étaient douze. Mais Charles-Hector étant retourné dans sa région natale après avoir aussi passé sa vie dans les phares, c'est lui qui s'en occupait. «J'allais faire mon tour toutes les semaines. Des fois, deux fois par semaine.»

Sa soeur, raconte-t-il, était devenue un peu sourde. «Mais à part ça, elle était en pleine forme.»

Son corps n'a pas été retrouvé. En attendant, les frères ont commencé à se réunir. L'un d'eux est arrivé vendredi de Notre-Dame-du-Portage, d'autres viendront probablement.

«Comme on ne l'a pas vue, dit une belle-soeur de la disparue, c'est comme si on ne le croyait pas.»




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