Des milliers d'étudiants en grève pour la rentrée

Des milliers d'élèves et d'étudiants ne se présenteront pas en classe à la... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Conflit étudiant

Le gouvernement de Jean Charest a décidé d'augmenter les droits de scolarité de 1625 dollars en cinq ans, une hausse décriée par des dizaines de milliers d'étudiants. »

Des milliers d'élèves et d'étudiants ne se présenteront pas en classe à la rentrée. Certains d'entre eux ont voté cette semaine pour la poursuite de la grève, alors que d'autres tiendront des assemblées générales seulement après la rentrée. Entre-temps, ils prévoient dresser des piquets de grève ou boycotter leurs cours.

Conflit étudiant: la police devrait-elle intervenir?

«C'est très inquiétant. On n'a pas de marge de manoeuvre. L'horaire est extrêmement serré, alors si les étudiants manquent quelques journées de classe, on ne pourra pas garantir la session», prévient Jean Beauchesne, président-directeur général de la Fédération des cégeps.

La même menace plane à l'université, mais elle n'a pas refroidi les étudiants en sciences humaines de l'UQAM. Mardi en soirée, ils ont en effet décidé de poursuivre le mouvement de grève et de faire fi de la loi spéciale (78). Environ 350 membres sur les 4623 de l'association se sont prévalus de leur droit de vote.

«Tout ne va pas se régler avec les élections. Qu'on vote pour un retour en classe ou pour continuer la grève, Jean Charest va retourner ça à son avantage. Donc les gens devraient voter selon leurs valeurs», a affirmé Laurent Sioui, étudiant à la maîtrise en histoire, en marge de l'assemblée générale de son association étudiante. D'autres membres craignaient par contre de perdre leur trimestre s'ils poursuivaient la grève. «On est tous contre la hausse des droits de scolarité. Mais il y a un enjeu stratégique. Voter pour un retour en grève veut peut-être dire voter pour l'annulation du trimestre», a déclaré Shady Rahayel, étudiant au doctorat en psychologie.

Lundi, les 600 étudiants en service social de l'Université de Montréal ont été les premiers à voter: ils ont choisi de poursuivre la grève au moins pendant les 10 premiers jours du trimestre, qui n'en compte que 45 en tout.

Au collégial aussi

Du côté collégial, les élèves du cégep Marie-Victorin étaient les premiers à se prononcer sur le retour en classe, mardi matin. Leur verdict était attendu, puisqu'il risque d'influencer celui des autres. Ils ont plutôt convenu de se revoir lundi prochain, à 10h, pour décider s'ils poursuivront ou non leurs moyens de pression. Les cours doivent en principe reprendre la même journée. Mais l'association étudiante, qui refuse de parler aux médias, voit les choses autrement. «Le mandat de grève n'a jamais cessé d'être valide, c'est-à-dire qu'il le sera toujours le 13 août, écrit-elle sur sa page Facebook. Si l'assemblée vote de ne pas reconduire la grève, nous retournons en classe le lendemain. Si l'assemblée générale reconduit la grève, nous restons en grève.»

Au collège de Maisonneuve, l'assemblée est également prévue pour lundi, jour de la rentrée. La réunion aura lieu à midi, soit quatre heures après le début des premiers cours. «Nous sommes donc toujours en grève jusqu'à 12h», affirme l'association étudiante sur son site web. Des piquets de grève sont prévus en matinée devant le cégep «pour empêcher le retour en classe forcé et faire respecter la grève jusqu'à l'assemblée».

D'ici là, certains élèves du collège de Maisonneuve, très militants, se sont donné pour mission de faire passer les votes de grève dans les autres établissements. Ils étaient au cégep Marie-Victorin, mardi matin, pour distribuer des tracts appelant à poursuivre la lutte. «Continuer la grève malgré les élections, [c'est] forcer la classe politique à prendre et respecter ses engagements», dit le document, remis en mains propres à ceux qui se rendaient à l'assemblée générale.

À la Fédération des cégeps, on assure que les cours seront donnés dès la rentrée. «Les enseignants seront dans leurs classes et les cours seront donnés à ceux qui le veulent, quoi qu'il advienne, affirme Jean Beauchesne. Ceux qui veulent des échecs à leur bulletin, c'est leur choix. Mais on espère que la majorité silencieuse va reprendre le trimestre en main.» Un espoir partagé par le premier ministre Jean Charest, qui nie compter sur les votes de grève et d'éventuels affrontements pour marquer des points. «Je ne souhaite pas qu'il y ait de perturbation, a affirmé le chef du Parti libéral. Je souhaite que la rentrée se fasse dans l'ordre et dans le respect du droit des étudiants d'aller dans les classes.»

- Avec Tommy Chouinard

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Les positions des partis

> Parti libéral du Québec: «la loi est là»

«La loi spéciale est là, on s'attend à ce qu'elle soit respectée. On a voté la loi pour ça», a répondu Jean Charest. Le chef libéral a laissé entendre que si la rentrée est perturbée, la loi spéciale serait bel et bien mise en application. «Il y a des dispositions qui sont très claires sur le fait qu'on doit respecter le droit d'avoir accès à ses salles de cours. Et on s'attend à ce que la loi soit respectée», a-t-il affirmé. Rappelons que la loi interdit d'entraver l'accès aux salles de cours et de manifester à moins de 50 mètres d'un établissement d'enseignement. Elle prévoit des amendes salées.

- Tommy Chouinard

> Parti québécois: tous en classe

Même si elle répète qu'elle ne veut pas «s'immiscer dans la démocratie étudiante», Pauline Marois n'est pas partisane de la reconduction de la grève. Elle veut que les cours reprennent en août et que tous les cégépiens et universitaires y assistent. «Ce que je souhaite, c'est que 100% des étudiants puissent retourner en classe», a-t-elle déclaré hier en Gaspésie. Mme Marois ne croit pas que les enseignants devraient désobéir à la loi spéciale, une loi «ignoble» qu'elle promet néanmoins d'abroger dès son élection. «Évidemment, on ne peut jamais dire à quelqu'un de ne pas respecter la loi», a-t-elle expliqué. La semaine dernière, Mme Marois et son candidat-vedette Léo Bureau-Blouin avaient laissé entendre que la reconduction de la grève avantagerait les libéraux.

- Paul Journet

> Coalition avenir Québec: la loi et l'ordre

Les autorités doivent faire «tout ce qui est nécessaire» pour assurer que la rentrée se fasse dans l'ordre, y compris recourir à la police, a affirmé le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, hier. «La loi 78 pose des balises pour s'assurer que les cégeps ne seront pas bloqués, a-t-il affirmé. Je m'attends à ce que tout ce qui est nécessaire de faire... et qu'on utilise les policiers pour le faire.» Le chef caquiste avait appelé les étudiants à rentrer en classe avant le début de la campagne, le temps que les électeurs décident du prochain gouvernement. Il souhaite que ceux qui ne sont pas favorables au débrayage puissent assister à leurs cours, particulièrement ceux qui ont obtenu des injonctions des tribunaux.

- Martin Croteau

> Québec solidaire: aux étudiants de trancher

Québec solidaire n'appelle pas au «blocage des portes» à la rentrée la semaine prochaine, mais ne demande pas non plus aux étudiants de respecter la loi spéciale. «Je ne veux pas faire de leçon ou donner des instructions, dit Françoise David, co-chef de Québec solidaire. Je laisse à chaque association étudiante le soin de décider par elle-même. Je fais confiance à leur jugement. Je n'appelle pas au blocage des portes ni au non-respect de la loi, mais je suis pour le principe de la démocratie étudiante. En démocratie, c'est la minorité qui doit se rallier à la majorité. M. Charest a créé le problème en voulant que la majorité se rallie à la minorité.»

- Vincent Brousseau-Pouliot

> Option nationale: le «gros bon sens»

Même si Option nationale croit qu'il «faut respecter les injonctions dans un système de droit», la formation politique dirigée par Jean-Martin Aussant espère que les établissements scolaires s'en remettront «au gros bon sens» pour gérer la rentrée la semaine prochaine. «Si 97% des étudiants vont voter et que la grève passe à 88%, ce vote devrait être respecté, dit M. Aussant. Il faut juger au cas par cas. Quand il n'y a pas de loi [pour le droit de grève aux associations étudiantes], on s'en remet au gros bon sens.» Option nationale a un «préjugé favorable» au droit de grève des associations étudiantes, tout en rappelant qu'une telle loi n'est pas en vigueur au Québec.

- Vincent Brousseau-Pouliot

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