10+1 questions avec Marc Parent

Marc Parent, chef du Service de police de... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Marc Parent, chef du Service de police de la Ville de Montréal.

Photo: André Pichette, La Presse

Chaque semaine, Nathalie Collard rencontre une personnalité qui s'est retrouvée au premier plan médiatique et lui pose 10 questions. La 11e question provient du public. Cette semaine, notre journaliste s'est entretenue avec Marc Parent, chef du Service de police de la Ville de Montréal.

1 Quel est l'état du moral de vos troupes au moment où on se parle?

Le moral est bon. Je vais souvent sur le terrain rencontrer les policiers et je constate qu'ils sont encore concentrés sur ce qu'ils ont à faire. Notre personnel est plus sollicité et, donc, plus fatigué. C'est exigeant physiquement et mentalement. Nous avons donc mis en place un comité qui analyse la gestion de tous les enjeux - psychologiques, physiques, nutritifs, etc. - et voit à ce que les gens aient suffisamment de repos lorsqu'ils sont trop fatigués.

2 Certains travaillent tout de même de longues heures. La fatigue aidant, sont-ils en mesure d'intervenir dans une situation aussi complexe?

Plus ça va, plus on s'organise afin de mieux déployer nos ressources. La SQ a été plus visible dernièrement, nous avons différents partenaires avec qui nous travaillons pour nous permettre d'envoyer du monde au repos de façon plus régulière. Jusqu'à maintenant, on arrive à bien tenir le fort, mais ça demande toute une logistique.

3 Êtes-vous allé chercher une expertise particulière à l'extérieur du Québec pour faire face à la crise actuelle?

Parfois, on peut s'inspirer des meilleures pratiques, parfois des erreurs. On sait que le G20 a été fortement critiqué. Je ne critique pas le chef de police de Toronto, Bill Blair, loin de là, ce sont des situations exceptionnelles... Toutefois, on peut regarder ce qui a moins bien fonctionné. Je vous dirais que l'approche ici est basée sur ma philosophie en matière de police de quartier, une philosophie de proximité avec les citoyens.

4 Le ministre Dutil a déclaré que son gouvernement avait adopté la loi d'exception à votre demande et à celle de la SQ. Les lois existantes n'étaient-elles pas suffisantes pour vous permettre de faire votre travail et de bien encadrer les manifestations?

La loi a été une décision du gouvernement. Ce que je dis depuis le début, c'est qu'on va l'appliquer avec indépendance et discernement, en fonction des situations auxquelles on fera face. Il faut aussi penser à l'après. Ça fait longtemps qu'on investit pour garder le lien avec les citoyens. Depuis le début, ce qui nous guide dans nos interventions, c'est la sécurité des manifestants et des citoyens. Dans ce contexte, la loi spéciale peut devenir un élément supplémentaire dans notre coffre à outils, mais elle vise principalement ceux qui organisent les manifestations.

5 Depuis que la loi spéciale est appliquée, on assiste à une série d'arrestations massives qui allongent les heures de travail des policiers. Cette loi complique-t-elle votre travail sur le terrain?

La loi n'a pas d'impact sur nos opérations dans la gestion des manifestations actuelles. Elle vise les organisateurs. La dernière arrestation massive de 518 personnes est directement liée à la situation qui avait dégénéré, il y avait urgence d'intervenir.

6 On voit circuler dans les réseaux sociaux des images d'interventions policières très musclées. Comprenez-vous que ces images suscitent une certaine hostilité à votre endroit?

L'usage de la force ce n'est jamais beau, jamais cosmétique, c'est toujours quelque chose qui interpelle l'être humain et c'est la même chose pour les policiers. Ça peut devenir lourd à porter et ça demande de rappeler les consignes et de faire en sorte qu'on fasse notre travail de façon professionnelle. Cela dit, les citoyens de Montréal peuvent être fiers du travail des policiers, qui se sont constamment ajustés depuis le début de ces manifestations. Ces vidéos peuvent occuper beaucoup de place mais, par contre, on ne verra pas les belles interventions, les arrestations ciblées sur un casseur, par exemple.

7 Certains soirs, les manifestations sont déclarées illégales très tôt dans la soirée. Quel est le mot d'ordre sur le terrain?

Quand les gens ne fournissent pas d'itinéraire, ils sont en infraction selon le règlement P6, il faut le dire. Mais on accepte quand même que la manifestation circule, car on veut permettre aux gens de manifester de façon démocratique et paisible. Quand la manifestation prend un itinéraire qu'on ne connaît pas, ça nous pose problème, car on ne peut plus assurer la sécurité. Prenons l'incident récent de cette Mercedes qui a tenté de pousser deux individus, au coin de la rue Berri. Ces derniers voulaient régler la circulation et se sont mis en danger. Si les policiers avaient réglé la circulation à leur place, ce ne serait pas arrivé, d'où l'importance de nous fournir l'itinéraire.

8 Plusieurs personnes s'insurgent contre le traitement que vous réservez à la télé étudiante CUTV. Traitez-vous les médias étudiants sur le même pied que les médias institutionnels?

On est habitué de travailler avec les médias et je les considère comme des acteurs importants. En ce qui concerne CUTV, j'hésite à commenter... Ce que je trouve malheureux, c'est que toute personne qui joue un rôle dans une manifestation - à titre de média ou de porte-parole - et qui incite à la désobéissance et à l'hostilité, eh bien, ces gens ne devraient pas être dans les manifestations. Ils mettent en péril la sécurité du public. Ce qui me fait peur, ce sont les propos et les comportements qui incitent quasiment à la désobéissance civile en exagérant des situations et en criant fort. Je comprends également qu'on veuille être près de l'action pour avoir de bonnes images, mais si un policier vous dit une fois, deux fois, trois fois, dix fois de circuler, il commence à y avoir un problème. Je dirais que 99% des médias le comprennent.

9 Pour vous, les réseaux sociaux sont-ils un outil de travail ou une nuisance?

C'est une nouvelle réalité et un défi en soi, car c'est quand même arrivé soudainement. Dans le contexte actuel, on en a fait un levier positif. Ça nous permet de communiquer avec les manifestants, d'informer les citoyens, les commerçants, etc.. Ce n'est pas un outil d'enquête, mais bien de communication.

10 Depuis toujours, il y a une animosité entre étudiants et policiers lorsqu'il y a des manifestations. C'est dans l'ordre des choses. Est-ce que ça pourrait être différent, selon vous?

Une des priorités que je m'étais données, c'était justement de me rapprocher des jeunes. Dans l'ensemble des quartiers, les policiers sont engagés auprès d'eux. Mais, c'est comme si les arrestations plus musclées lors des premières manifestations avaient terni ce qu'on a bâti avec les jeunes. L'opportunité est toujours là, et il y a encore un dialogue et une complicité avec des jeunes.

TWITTER +1 de Claude André @Claud_Andre

Qu'est-ce qui nous assure que les auteurs des bavures seront sanctionnés et que ces sanctions seront rendues publiques?

Il y a un comité qui révise chaque vidéo qui contient des images troublantes. Il faut faire attention aux conclusions hâtives et au contexte. On évalue, on rencontre la personne et il y a une vérification interne. On prendra les mesures qui s'imposent, disciplinaires ou déontologiques. S'il s'agit d'un cas de discipline, il n'est pas question que ce soit rendu public, mais nous sommes à l'affût de ce qui se passe.




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