Le mouvement des casseroles s'amplifie encore

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Conflit étudiant

Le gouvernement de Jean Charest a décidé d'augmenter les droits de scolarité de 1625 dollars en cinq ans, une hausse décriée par des dizaines de milliers d'étudiants. »

Isabelle Hachey

Malgré l'orage, le mouvement des casseroles a encore pris de l'ampleur, ce soir. Des milliers de manifestants de tous les coins du Québec sont descendus sur le trottoir, à 20h tapantes, pour protester contre la loi 78 dans un tintamarre assourdissant.

Une semaine après la naissance du mouvement de protestation populaire à Montréal, la pratique s'est répandue bien au-delà des frontières de la métropole. Et l'enjeu n'a plus grand-chose à voir avec la hausse des droits de scolarité.

On a recensé des manifestations en banlieue de Montréal, mais aussi en Mauricie, en Outaouais, au Saguenay, en Gaspésie. Plusieurs quartiers de Québec ont résonné au rythme des casseroles et des chaudrons.

À Longueuil, ce soir, le bruit des casseroles enterrait le grondement sourd du tonnerre.

« Je trouve ça très beau, ce qui se passe au Québec en ce moment », a dit le député Bernard Drainville, qui faisait tinter sa casserole, rue Saint-Charles. « C'est un signe de santé démocratique. J'espère que le gouvernement va finir par comprendre. »

Parmi les manifestants, Emily Koehler s'affichait comme une « Américaine endettée et solidaire ». Originaire du Maine, elle traîne une dette d'études de plus de 100 000$.

« C'est normal aux États-Unis. Mes amis sont incapables de s'acheter une maison, une voiture, parce qu'ils sont pris à la gorge. Je ne veux pas que cela arrive ici. J'ai choisi de vivre au Québec pour offrir mieux à mes enfants », explique-t-elle.

Mais pour plusieurs, l'enjeu ne concerne plus seulement la crise étudiante. « Les chaudrons, cela dépasse le carré rouge. On n'a pas le droit de mettre le doigt dans l'oeil de la démocratie comme cela », dit Fred Pellerin, qui a organisé une première « chaudronnée », jeudi, à Saint-Élie-de-Caxton.

Pour le conteur, protester en souriant allait de soi. « J'ai de la misère avec les dents serrées. Se rassembler pour s'inventer des fanfares, c'est magnifique. C'est une belle façon d'exprimer son mécontentement face à la gestion cow-boy de la crise actuelle par le gouvernement. »

Par ailleurs, Michael Moore a invité aujourd'hui les Américains à suivre l'exemple des Québécois sur sa page Facebook.

« Le peuple du Québec s'inspire des manifestations du Chili et de l'Argentine, frappant des casseroles tous les soirs, de leurs fenêtres ou dans les rues. La pratique se répand de Montréal à toute la province, écrit le documentariste engagé. Pourquoi pas au sud de la frontière ? »

Mauvais souvenir pour des Chiliens

Le mouvement, lancé il y a une semaine par un enseignant du cégep de Saint-Hyacinthe, s'inspire d'une pratique répandue en Amérique du Sud, le plus souvent pour exprimer un ras-le-bol de la vie chère et des politiques néolibérales.

Mais pour des Chiliens qui se sont établis au Québec après avoir fui la dictature d'Augusto Pinochet, ce tintamarre rappelle de biens mauvais souvenirs.

Ironiquement, la pratique a été initiée par des partisans de l'extrême-droite chilienne, en 1971, pour déstabiliser le gouvernement socialiste de Salvador Allende.

« Ces femmes sortaient dans la rue, couvertes de bijoux, pour protester contre Allende et les pénuries, alors que leurs réfrigérateurs étaient pleins à craquer de nourriture », raconte Ximena, qui a fui la dictature de Pinochet en 1974.

Si la pratique du « cacerolazo » s'est poursuivie après la mort d'Allende, cette fois pour protester contre Pinochet, c'était de façon très furtive - quelques minutes à peine, du haut des balcons.

« Quiconque sortait dans la rue, ne serait ce que pour dire un mot contre la dictature, était abattu, rappelle Ximena. Pensez-vous qu'une seule casserole aurait été tolérée ? »

Aujourd'hui, cette Québécoise d'adoption trouve « difficile de voir les gens copier ce geste, surtout quand on a vu et connu tant de personnes qui en ont souffert ».




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