Victoriaville: une dizaine de blessés, une centaine d'arrestations

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Le gouvernement de Jean Charest a décidé d'augmenter les droits de scolarité de 1625 dollars en cinq ans, une hausse décriée par des dizaines de milliers d'étudiants. »

 

Émilie Bilodeau, Gabrielle Duchaine et Paul Journet
La Presse

La manifestation qui a eu lieu devant le centre des congrès de l'hôtel Le Victorin de Victoriaville, où se tient le conseil général du parti libéral, s'est terminée vendredi vers 21h après près de trois heures de violents affrontements. Au total, 106 personnes ont été arrêtées. Plusieurs personnes, dont quelques agents de la Sûreté du Québec, ont été blessés. Un policier a notamment été sévèrement tabassé alors qu'un étudiant du cégep Saint-Laurent a dû être hospitalisé d'urgence après avoir reçu ce qui semble être une balle de caoutchouc en plein visage.

La porte-parole de l'Hôtel-Dieu D'Arthabaska a confirmé que l'étudiant du cégep Saint-Laurent souffre d'un traumatisme crânien. Selon ce qu'a confié une de ses amies à La Presse, il craint de perdre un oeil. La victime, qui est membre de l'association étudiante de son cégep, a été transportée en ambulance à l'Hôtel-Dieu D'Arthabaska.

Son cas étant jugé trop sévère, il a rapidement été transféré au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, où il était toujours en observation durant la nuit. Selon nos informations, la balle de caoutchouc aurait été vraisemblablement tirée par un policier de la Sûreté du Québec.

>>> Voyez en images la manifestation à Victoriaville

Une porte-parole de l'hôpital Hôtel-Dieu D'Arthabaska a confirmé à La Presse que quatre personnes ont dû être traitées à l'urgence. Selon la Sûreté du Québec, quatre policiers et sept manifestants ont été blessés. Leur vie n'est pas en danger. Un ambulancier bénévole, Steve Archambault, affirme être venu en aide à au moins dix personnes. Parmi les cas qu'il a traités: des tympans perforés et une oreille presque entièrement sectionnée.

Autobus interceptés

La SQ avait procédé à quatre arrestations, avant d'intercepter, vers 22h30 un autobus complet qui avait quitté la manifestation un peu plus tôt. Le véhicule a été escorté jusqu'au poste de police de Victoriaville. Selon nos informations, ses passagers sont notamment des étudiants des universités McGill et Concordia.

Un peu avant minuit, deux autres autobus ont été interceptés sur la route 116 près de Saint-Hyacinthe. Leurs occupants ont été amenés dans des postes de la SQ où ils ont été interrogés au cours de la nuit.

Une centaine d'entre eux devront faire face à des accusations d'attroupement illégal et de participation à une émeute.

Au total depuis vendredi soir, 106 personnes ont été arrêtées.

Des casseurs rapidement en action

Les manifestants «se sont présentés dans un premier temps de façon paisible», rapporte le capitaine Jean Finet de la SQ. Selon son interprétation, une «vingtaine de casseurs» ont perturbé la manifestation vers 18h30 en lançant des projectiles. «Ils étaient habillés en noir et portaient un sac à dos, un foulard et des lunettes de ski. Nous ne pensons pas qu'il s'agissait d'étudiants.»

Ces individus ont facilement renversé la clôture érigée devant l'hôtel Le Victorin, où se réunissait le Parti libéral du Québec. La SQ pense qu'il aurait été malavisé d'utiliser une clôture plus imposante. C'était pour ne pas empêcher les gens de manifester, se défend M. Finet.

«Ce qu'on trouve dommage, c'est que les manifestants n'ont pas pu exercer ce droit [...]. La SQ ne ménagera pas ses efforts afin de retrouver les auteurs de ces crimes.»

La SQ n'a pas mis de temps à déclarer le rassemblement illégal et à demander à la foule de se disperser. Voyant que des centaines de protestataires, dont plusieurs étaient masqués et portaient des lunettes de ski, n'obtempéraient pas, ils ont lancé des dizaines de grenades assourdissantes et utilisé du gaz irritant à profusion.

La Sûreté du Québec (SQ) a utilisé «quelques armes d'impact», dont des balles de caoutchouc, mais elle estime être intervenue «rapidement», avec «professionnalisme et rigueur», soutient le capitaine Jean Finet. Selon lui, des manifestants ont été blessés par des projectiles lancés par d'autres manifestants avant que ces armes ne soient utilisées.

Quelques milliers de personnes ont alors quitté les lieux. Les manifestants les mieux équipés se tenaient quant à eux très près du cordon policier et lançaient des projectiles aux agents. D'autres couraient régulièrement se réfugier derrière une maison située en face de l'hôtel le temps de s'organiser et revenaient à la course. À certains moments, l'air était si chargé qu'on ne voyait pas à 10 mètres devant soi. La ventilation de l'hôtel a même été fermée à cause des gaz à l'extérieur, de quoi retarder le discours de Jean Charest.

«C'était une tactique pour nous faire fuir», croit Viviane Bossé, étudiante au cégep André-Laurendeau, qui s'est rendue à Victoriaville pour montrer sa colère. Si elle déplore que des manifestants aient lancé des projectiles aux policiers, elle estime que l'usage de grenades assourdissantes était prématuré.

Pour des raisons de sécurité, la Sûreté du Québec a fermé la route 116 dans les deux directions à la hauteur du centre des congrès.

Rappelons que le rassemblement à Victoriaville était organisé par la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics. Plusieurs étudiants participaient également à l'événement pour dénoncer la hausse des droits de scolarité.

Inquiets de la tournure des événements, plusieurs commerçants avaient décidé de fermer leurs portes pour la journée. D'autres avaient carrément placardé leurs fenêtres pour éviter d'être victimes de vandalisme.

Du côté de Montréal

Pendant ce temps à Montréal, quelque centaines de manifestants marchaient pour un 11e soir consécutif. Comme chaque jour, le départ de la manifestation a été donné vers 20h30 à la place Émilie-Gamelin.

Les manifestants, qui marchent entre 15 et 20 kilomètres par événement, ne donnent jamais leur trajet à l'avance. Mercredi, ils ont rendu une visite surprise au premier ministre Jean Charest dans Westmount. Jeudi, ils sont allés crier et lancer des pétards sur la rue où vivent le maire de Montréal et le chroniqueur Richard Martineau dans Outremont. Il n'est pas clair, qui était leur cible, mais des slogans «anti-Martineau» ont été scandés.



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