«Rambo» défend ses méthodes devant la CEIC

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Bernard «Rambo» Gauthier

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Le chef syndical Bernard «Rambo» Gauthier admet que les «comités de chômeurs» qu'il dirigeait ont fait de l'intimidation sur les chantiers de construction sur la Côte-Nord, mais toujours dans l'optique de faire respecter le droit des travailleurs de la région. Et lorsqu'il a enfreint des lois, c'était pour faire «respecter son monde».

Confiant et volubile, Bernard «Rambo» Gauthier a entamé son témoignage avec aplomb à la commission Charbonneau aujourd'hui.

Le représentant syndical a été questionné sur ses méthodes musclées, qui consistaient notamment à envoyer des groupes de travailleurs interrompre des chantiers lorsqu'il éprouvait un désaccord avec un employeur. Les doléances de «Rambo» allaient du ratio trop faible de travailleurs locaux sur un projet au simple congédiement d'un employé membre de son syndicat.

«On structure (les comités de chômeurs) pour ne pas que ça dégénère en malade comme ça dégénérait à l'époque. Je ne veux pas voir personne arriver avec une douze à côté d'une pelle, je ne veux plus vivre ça», s'est-il justifié devant la commission.

«Vous ne voulez pas que ça dégénère trop, mais que ça dégénère juste un peu pour faire passer votre message», lui a alors demandé le commissaire Renaud Lachance.

«Quand je dis aux travailleurs: "Pas de contacts physique, pas de menaces", une fois qu'ils sont partis, moi je ne peux plus rien faire», a-t-il répondu.

«Vous savez que ça peut fort bien dégénérer», a rétorqué la juge France Charbonneau.

«J'me doute, je ne suis pas fou non plus», a-t-il répondu.

««Pour éviter d'être sur le bien-être social, le travailleur va offrir de ne pas se faire payer son temps double ou sa pension. J'appelle ça de la prostitution dans l'industrie! Arrangé comme c'est arrangé là, les gars doivent aller se vendre... Et après, ça sonne à mon bureau parce que ça veut se taper sur la gueule.»»

Bernard « Rambo » Gauthier
représentant syndical

Bernard Gauthier est le représentant syndical du local 791 des opérateurs de machinerie lourde sur la Côte-Nord, affilié à la FTQ-Construction. Il représente environ 600 travailleurs. Les comités de chômeurs pouvaient toutefois inclure des gens de d'autre corps de métiers et même des ouvriers affiliés à d'autres syndicats. «Dans notre région, on s'entraide», a-t-il résumé.

La juge Charbonneau est revenue à la charge en affirmant qu'ils commettaient des actes d'intimidation.

«On peut interpréter ça comme de l'intimidation. Mais l'intimidation c'est quoi? Ça part où, ça arrête où? Je ne le sais pas», a-t-il répondu.

«Rambo» voulait être un «incontournable»

Bernard Gauthier a déclaré qu'il voulait se positionner comme «incontournable» et «indispensable» aux yeux des employeurs qui cognaient à la porte de sa région.

«Ça c'est sûr, ça je vous crois », a immédiatement laissé tomber la juge France Charbonneau. «Mais pourquoi», a-t-elle demandé.

«Pour faire travailler notre monde madame la commissaire, pour pas que ce soit toujours les mêmes qui travaillent!»

Depuis la mise en oeuvre de la loi 135 sur le placement syndical «c'est rendu que le travailleur peut aller cogner à la porte de l'entrepreneur», s'est-il plaint. «Pour éviter d'être sur le bien-être social, le travailleur va offrir de ne pas se faire payer son temps double ou sa pension. J'appelle ça de la prostitution dans l'industrie! Arrangé comme c'est arrangé là, les gars doivent aller se vendre... Et après, ça sonne à mon bureau parce que ça veut se taper sur la gueule.»

La mobilité provinciale donne de l'urticaire à Rambo

Tant que la mobilité provinciale ne sera pas encadré, tant l'intimidation sur les chantiers de la Côte-Nord subsistera, estime Bernard Gauthier.

Adopté dans les années 1990, le concept de mobilité provinciale permet à des entrepreneurs d'embaucher des travailleurs de partout à travers la province même lorsqu'ils remportent un contrat dans un région précise.

«La loi sur la mobilité provinciale je la déteste. Pour moi c'est... des excréments», a-t-il dit.

Le représentant syndical estime qu'il n'est pas suffisant de demander à un entrepreneur de prioriser la main d'ouvre locale, il faut un ratio précis.

«Si vous ne voulez plus d'intimidation et de cochonnerie sur les chantiers il va falloir encadrer la mobilité provinciale», a-t-il déclaré.

De l'armée à représentant syndical

Ancien militaire, Bernard Gautier a commencé à travailler dans le milieu de la construction comme opérateur de chargeur sur roues et de livreuses en 1992 sur le chantier SM3 d'Hydro-Québec. Il a hérité de son surnom à cette époque, après s'être caché sous une roulotte de la société d'État pour espionner une conversation entre des membres de l'équipe de sécurité.

Il a été approché par le directeur général du local 791 Bernard Girard être représentant syndical en 2003, afin de «redresser» la situation sur la Côte-Nord. «Ça prenait quelqu'un qui avait de la torque, qui ne s'en laissait pas imposer», a-t-il expliqué.

Avant son arrivée, a-t-il expliqué, les «comités de chômeurs» employaient déjà des méthodes musclées. «Quand j'ai commencé, ça se réglait à coup de bâton, de claques sur la gueule et de coup de pied dans le cul», a-t-il dit.

Au cours des dernières semaines, des entrepreneurs ont indiqué devant la commission Charbonneau qu'ils prenaient en compte les problèmes avec les syndicats (arrêts de travail, vandalisme) lorsqu'ils soumissionnaient pour des contrats sur la Côte-Nord. Résultat: le contribuable paye plus cher pour la réalisation des travaux publics.

Faux, a rétorqué Bernard Gauthier. «Chez nous on se respecte et on respecte nos conventions», a-t-il déclaré. «Si le même gars fait quatre métiers, sérieusement, la soumission ne sera pas la même.

«Par chez nous, un opérateur, c'est un opérateur: il ne débarquera pas de sa pelle pour faire de la plaque vibrante, poser de la membrane, du tuyau, poser la galerie après la roulotte et réparer la génératrice et la pelle, a-t-il illustré. Ça, c'est perçu comme un voleur d'ouvrage. Si tu commences à faire quatre métiers, on va se ramasser avec la moitié des gars sur le bien-être social et ce n'est pas ça le but, surtout chez nous, où on crevait de faim.»




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