Début d'interrogatoire houleux pour Arsenault

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L'ex-président de la FTQ Michel Arsenault a connu un début de témoignage serré à la Commission Charbonneau aujourd'hui. La procureure Me Sonia Lebel a mené un interrogatoire musclé, n'hésitant pas à interrompre le témoin en claquant des doigts lorsque l'une des réponses débordait du cadre. À la fin de la journée, Arsenault s'est même plaint qu'on le « torturait » avec le même dossier depuis deux heures.

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Michel Arsenault à son arrivée à la Commission, lundi matin.

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Michel Arsenault: 40 ans de batailles syndicales

Le témoignage de Michel Arsenault a commencé sur des chapeaux de roues dès la toute première question, qui portait sur la nature de sa relation actuelle avec l'entrepreneur Tony Accurso. On a appris que les deux hommes se fréquentent toujours, mais que M. Arsenault le considérait davantage comme une « connaissance » que comme un « ami ».

La commission a beaucoup insisté sur le « double chapeau » du président de la FTQ, dont la fonction lui confère automatiquement le siège de président du CA du Fonds de solidarité FTQ.

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Refusant de jouer à la « belle-mère », il n'a pas voulu dire s'il y voyait une situation de conflit d'intérêt ou de pouvoir démesuré entre les mains d'une seule personne.

Arsenault est toutefois catégorique: la majorité au CA du Fonds devrait être tenue par des membres de la FTQ. « Au Canada anglais, lorsqu'on a confié les fonds syndicaux à des spéculateurs, il y en a 28 sur 30 qui ont planté », a-t-il indiqué.

La commission a ensuite diffusé une écoute électronique entre Arsenault et son prédécesseur Henri Massé qui s'est déroulée en avril 2009 au moment où les scandales sur la FTQ commencent à défrayer la chronique. Dans cette conversation, il soulève qu'Yvon Bolduc, PDG du Fonds de solidarité, a songé à retirer lui retirer la présidence du Fonds.

« Sous mon règne, jamais que je vais laisser la présidence à quelqu'un d'autre. M'a crissé mon camp à la place et celui qui va me remplacer, il va avoir la présidence », a martelé Arsenault.

À la toute fin de la journée, il a souligné qu'il serait « tragique » que la commission recommande dans son rapport final de démanteler le Fonds.

Les ordres du « moineau »

La commission a sauté d'un dossier « toxique » à l'autre aujourd'hui, les survolant pour la plupart. Plusieurs bandes d'écoute électronique captées dans le cadre du projet d'enquête Diligence ont été diffusées.

Dans une conversation survenue en février 2009, Arsenault informe le dirigeant syndicat Louis Bolduc que Richard Goyette, ex-directeur-général de  la FTQ-Construction « prend ses ordres du moineau ».

Le moineau, c'est Raynald Desjardins, caïd aujourd'hui emprisonné dans l'attente de son procès pour le meurtre du mafieux Salvatore Montagna, survenu en novembre 2011.

La commission a alors suggéré que Goyette avait demandé la permission à Desjardins avant de se présenter au poste de directeur-général.

Arsenault a répliqué qu'il l'avait plutôt «informé» de son intention de briguer la présidence.

Au départ, Arsenault avait l'impression que Raynald Desjardins était un dirigeant syndical. Le syndicaliste Ken Pereira l'informera plus tard (fin 2008 ou début 2009) qu'il est en fait un proche du crime organisé.

« À partir du moment où vous savez qui est Raynald Desjardins, que vous entendez que c'est un capo du crime organisé qui autorise la candidature de Goyette, ça ne lève pas des drapeaux rouges », a demandé Me Lebel.

« Chaque fois qu'on dit du mal de quelqu'un je ne vais pas faire une enquête », s'est défendu M. Arsenault précisant, du même souffle qu'au moment de l'élection de Goyette il s'était fié à l'investigation du ministère de la Sécurité publique qui avait révélé que Goyette n'avait pas de dossier criminel.

Dossier Carboneutre : Deux heures de «torture», dit Arsenault

L'implication de Raynald Desjardins dans le dossier Carboneutre a aussi été projetée à l'avant-scène en après-midi. Carboneutre était une entreprise de décontamination liée à la mafia qui a tenté d'obtenir du financement du Fonds de solidarité FTQ. Elle était notamment dirigée par Jocelyn Dupuis, directeur-général déchu la FTQ-Construction. 

« Dupuis m'a toujours caché que Desjardins était dans Carboneutre », a dit Arsenault.

Arsenault aurait été informé de la présence de Dupuis dans le dossier à l'été 2009. À ce moment, il ne veut pas que le Fonds investisse dans l'entreprise.

N'empêche, ce n'est pas la raison qui a poussé le Fonds à refuser d'investir.

Même si le dossier était parfaitement ficelé, auriez-vous pu le rejeter avec pour seul motif l'implication d'un membre du crime organisé? Aviez-vous le pouvoir, à l'époque, comme président du Fond de bloquer le dossier, lui a demandé Me Lebel à plusieurs reprises.

« Comme président, je n'ai jamais joué au matamore », a répondu Arsenault en ne répondant jamais vraiment clairement à la question.

« Ça fait deux heures que vous me torturez sur un dossier qu'on a pas fait », s'est-il ensuite plaint.

Ton musclé 

La commission a débuté sur le ton de la confrontation entre le 114e témoin et la procureure. Même la juge France Charbonneau a cru bon, à quelques reprises, de demander à Arsenault de répondre directement aux questions, plutôt que d'aborder d'autres aspects.

« Je peux aller prendre un café et revenir plus tard si vous voulez », a lancé Me Lebel dès le début des audiences

« Je suis poli avec vous, donc je vous demande d'être polie avec moi », a répliqué M. Arsenault.

« Si vous trouvez que j'extrapole trop, dites-moi-le et je vais me fermer la boîte», a-t-il ajouté un peu plus tard.




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