Pleins feux sur les motards criminalisés

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La commission Charbonneau tourne son attention sur les motards afin de mettre la table au volet de l'enquête publique sur l'infiltration du crime organisé dans l'industrie de la construction.

Le sergent Alain Belleau de la Sûreté du Québec est à décrire comment ces groupes se sont enracinés dans la province, sorte de «motards 101». Le policier a expliqué que les motards criminalisés ont fait leur apparition au Québec en 1977 avec l'arrivée des Hells Angels. Le groupe a étendu au fil du temps ses tentacules dans le reste du Canada.

À la suite d'une longue et sanglante guerre des motards, marquée par plus de 160 meurtres et tentatives de meurtres, les Hells Angels sont aujourd'hui les seuls encore présents au Québec. Ils ont toutefois été durement ébranlés par l'opération Printemps 2001 de la Sûreté du Québec.

Le sergent Belleau doit aborder cet après-midi comment les groupes de motards criminalisés en sont venus à infiltrer l'économie légale.

Collusion jusqu'en 2011 à Québec

Plus tôt aujourd'hui, un témoin de la commission Charbonneau a révélé que la collusion entre huit firmes de génie de Québec a perduré jusqu'en 2011, soit deux ans après le début des enquêtes policières ayant mis fin au stratagème de partage des contrats à Montréal.

Un ancien vice-président de la firme AECOM-Tecsult, Patrice Mathieu, a levé le voile sur la collusion ayant régné à Québec à partir de 2005. Selon son témoignage, huit firmes ont pris part à la collusion : SNC-Lavalin, Génivar, Dessau, BPR, Roche, Cima+, Teknika-HBA et Tecsult-AECOM. L'objectif de leur entente n'était pas d'assurer des parts de marché, mais plutôt de maintenir des tarifs élevés, a-t-il précisé.

Patrice Mathieu assure ne jamais avoir corrompu de fonctionnaire ou d'élu. Selon lui, les firmes de génie réussissaient seules à faire vivre la collusion.

Code d'éthique facultatif

Le témoignage de Patrice Mathieu permet de constater que les firmes de génie québécoises faisaient peu de cas des codes d'éthiques. En 2004, les firmes membres de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ) ont signé une sorte de charte, les engagements des présidents, dans laquelle ils s'engageaient à respecter les lois.

Or Patrice Mathieu affirme que l'entente intervenue à l'époque a plutôt servi de signal de départ à la collusion, enjoignant les firmes à mettre fin à la guerre des prix et à maintenir des tarifs élevés. En fait, le témoin a même affirmé que les rencontres de l'AICQ dans la région de Québec ont servi au partage des contrats. L'AICQ a assuré que ces rencontres se sont faites à son insu.

Même résultat quand le nouvel employeur de M. Mathieu, la firme AECOM ayant racheté Tecsult, demande à tous ses employés de signer - et respecter - un code d'éthique. Patrice Mathieu le signe, mais continue malgré tout à prendre part à la collusion. «Ça nous a surpris de voir une rigidité semblable. Ce document est à des années-lumière de la culture québécoise», a dit le témoin.

Collusion débusquée, mais maintenue

Selon Patrice Mathieu, la Ville de Québec a détecté la toute première tentative de collusion entre les firmes de génie sur son territoire. Mais malgré l'avertissement servi par l'administration municipale, les ingénieurs ont maintenu leur entente pour se partager les contrats, a reconnu un témoin de la commission Charbonneau.

En octobre 2004, Québec a annulé un appel d'offres pour l'aménagement de bassins de rétention dans la rivière St-Charles, un cadeau que la capitale s'est fait dans le cadre de son 400e anniversaire. Dans les documents justifiant cette décision, la Ville constate que les prix soumis «ne reflètent pas du tout un contexte de mise en concurrence».

L'administration a vu clair dans le jeu des firmes de génie qui s'étaient entendues pour maintenir des prix élevés, a reconnu devant la Commission Patrice Mathieu, ex-vice-président d'AECOM. «On a joué avec le feu.» L'ex-directeur général de la Ville, Denis De Belleval, a même convoqué les principales firmes de génies pour leur expliquer pourquoi l'appel d'offres avait été annulé.

Mécontentes, les firmes décident de se rencontrer à nouveau et conviennent alors de maintenir leur entente de collusion. Pour éviter de se faire prendre, elles raffinent toutefois leur technique : plutôt que soumettre des prix similaires, les firmes «perdantes» soumissionnaient de 2% à 10% de plus du prix du «vainqueur» de l'appel d'offres.

Le partage des soumissions ne se faisait jamais au téléphone. «C'est des choses dont on ne voulait pas parler pour des raisons que vous connaissez», a résumé M. Mathieu. La collusion s'est plutôt orchestrée lors de rencontres en personne de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ). Les firmes se réunissaient pour parler des règles d'octroi des contrats à la Ville de Québec qu'elles souhaitaient changer, puis elles se partageaient les contrats. «C'est sûr que c'est ça qui intéresse le monde», a reconnu M. Mathieu.

Après son tour de piste à Québec, la commission Charbonneau tournera son attention sur les motards criminalisés ce matin. Le sergent Alain Belleau de la Sûreté du Québec est attendu à la barre au cours de la journée.

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