Nommé à la CEIC, l'ex-président de l'AMT fulmine

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Joël Gauthier dit avoir rencontré Paolo Catania au club privé 357c pour discuter d'un différend entre l'Agence métropolitaine de transport et M. Catania.

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Denis Lessard
Denis Lessard
La Presse

(Québec) La coupe déborde. Mis en cause mercredi devant la commission Charbonneau, Joël Gauthier est furieux. L'ancien président de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) a été invité à deux reprises par Paolo Catania au fameux club privé 357c du Vieux-Montréal, a-t-on appris mercredi lors des audiences publiques présidées par la juge France Charbonneau.

Sans aucune explication, ces rencontres peuvent avoir une odeur délétère. On nourrit des soupçons sur le financement du Parti libéral du Québec (PLQ) - il en a déjà été le directeur général - ou sur des transactions inavouables avec un entrepreneur douteux visé par trois chefs d'accusation de fraude dans le projet du Faubourg Contrecoeur.

«La réalité est bien plus simple. Je ne pense pas que M. Catania ait un souvenir agréable de ces deux entretiens. L'AMT avait un différend avec sa compagnie sur la valeur de terrains à Candiac. Il nous a même traînés devant les tribunaux après pour trancher ce différend», a expliqué M. Gauthier dans une entrevue accordée à La Presse hier.

Ces explications, les procureurs de la commission Charbonneau auraient pu les obtenir par un simple coup de fil. «Ils ont mon numéro de téléphone. Ils ont communiqué avec moi au début d'août pour me dire qu'ils me revenaient dans la journée. J'attends encore de leurs nouvelles, quatre mois plus tard!», a-t-il lancé avec colère.

Joël Gauthier, avocat, a été directeur général du PLQ pendant plusieurs années, jusqu'en 2003. Arrivé au pouvoir, Jean Charest l'a nommé président de l'AMT. Ce choix avait alors soulevé bien des critiques au Parti québécois.

«J'ai tout de même été nommé deux fois à la commission Charbonneau aujourd'hui, je suis estomaqué devant le manque de professionnalisme et de rigueur tant chez les procureurs que chez les enquêteurs de la Commission», a-t-il dit.

Il affirme être dégoûté par ce qu'il voit quotidiennement aux audiences de la commission chargée de faire la lumière sur l'attribution des contrats de construction dans le secteur public. «On a vu une série d'entrepreneurs qui ont fait des faillites douteuses et qui ont éclaboussé des citoyens à la réputation irréprochable, sans que ces derniers puissent répliquer.»

Les exemples sont nombreux, rappelle-t-il. L'ex-maire de Montréal Gérald Tremblay, mis en cause par un jeune organisateur politique, a été exécuté sur la place publique sans pouvoir se défendre. Cloué au pilori de l'opinion publique, il a dû démissionner dans les jours suivants.

Ami de Pierre Bibeau, vétéran du PLQ, M. Gauthier s'insurge aussi contre le sort réservé à l'apparatchik et à son fils Alexandre, montrés du doigt par un entrepreneur accusé au criminel. «Je connais personnellement quatre ou cinq personnes qui ont été éclaboussées injustement. Jamais la Commission ne leur a donné la chance de répondre», a-t-il relevé. «C'est un peu particulier qu'on donne autant d'espace à des entrepreneurs qui ont des réputations douteuses, tandis qu'on ne donne pas l'occasion aux gens qui ont leur réputation de rectifier les faits.»

Un pressant coup de barre

La Commission interrompt ses travaux aujourd'hui et ne les reprendra que le 21 janvier 2013. «Je n'accepte pas le spectacle qu'ils ont fait aujourd'hui [hier], laisser planer des doutes sans un minimum de corroboration, de vérification, puis de suspendre les travaux pour deux mois, c'est inacceptable», a-t-il ajouté.

«Qu'est-ce que cela a donné de rendre publique cette liste de dîners, une liste sans vérifications qui laisse planer des doutes, pour fermer tout de suite les lumières pendant deux mois? Pourquoi a-t-on choisi de ne pas attendre en janvier?»

La Commission «a fait beaucoup d'efforts pour protéger ses témoins, mais je m'attendrais à ce que les procureurs fassent un minimum de vérifications avant de salir nos réputations!», a accusé Me Gauthier.

Selon lui, les commissaires France Charbonneau et Renaud Lachance doivent rapidement couper court à cette dérive.

«Mme la juge a été une très grande procureure de la Couronne,

M. Lachance est un vérificateur général très rigoureux. Je suis surpris qu'ils laissent ainsi aller les choses. Un coup de barre doit être donné pour ramener un minimum de rigueur!»

Dès lors, tout en offrant son «entière collaboration» à la Commission, l'ancien président de l'AMT jure qu'il ne se laissera pas «traîner dans la boue». «Je vais me défendre», a-t-il assuré. Avec lui, pas question de «problèmes de mémoire», promet-il. «Je sais ce que c'est d'être imputable. Quand on m'a attaqué, le 11 janvier 2012, j'ai démissionné le lendemain!» La présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, avait critiqué l'augmentation des coûts pour le train de l'Est, sous la responsabilité de l'AMT.

Ironique, il a relevé que la Commission avait précisément demandé ses présences aux dirigeants du club privé. «Ils auraient pu alors voir que je suis allé au 357c fréquemment, avec l'ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard et avec le président de la FTQ Michel Arsenault», a-t-il conclu.

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