Dessau a fait placer Excavations Panthère sur la liste noire du MTQ

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Si Excavations Panthère n'arrivait pas à obtenir de contrats du ministère des Transports, ce n'est pas à cause de la collusion, mais plutôt en raison de graves erreurs que l'entreprise a commises dans un chantier en 2009. C'est du moins la thèse de l'avocat du gouvernement du Québec.

Le MTQ refuse de payer 1,5 million de dollars à Excavations Panthère depuis 2010. L'entreprise, qui avait obtenu le contrat de réfection de cinq ponceaux dans la région de Lanaudière, avait éprouvé plusieurs difficultés. André Durocher a essentiellement attribué ces problèmes aux fortes précipitations.

> Sur Twitter: notre journaliste Pierre-André Normandin

Vérification faite, le mois de juillet 2009 a en effet été particulièrement pluvieux. Les 3 et 11 juillet, il y a eu d'importantes averses et même une tornade dans la couronne nord.

Le sujet a mis hors de lui le témoin, qui a dû reconnaître que le Ministère l'avait placé sur la liste noire des fournisseurs, ce qui l'a mené à la faillite. «Je vous vois venir, mais si vous regardez mes antécédents, je n'ai eu que des "A", s'est emporté M. Durocher.

- Mais on vous a fait un rapport de rendement insatisfaisant, a souligné Me Boucher qui représente le gouvernement. 

- Effectivement, mais je me suis battu là-dessus. Quand on veut empêcher un entrepreneur de soumissionner, on fait quoi ? On sort une liste noire», s'est indigné André Durocher. Il accuse la firme Dessau d'être responsable de ce rapport.

L'entrepreneur affirme qu'Excavations Panthère est la seule entreprise de la liste noire qui n'ait pas été condamnée pour fraude. «Ça, je l'ai sur le coeur.»

Le MTQ a confirmé que le bannissement d'Excavations Panthère est dû à un rapport rédigé par Dessau. La firme de génie accuse l'entreprise d'avoir bafoué plusieurs règles élémentaires. «Les ressources de l'entrepreneur étaient sûrement pleines de bonne volonté, mais elles ne possédaient pas l'expérience requise pour réaliser ce genre de travaux», peut-on lire dans ce rapport.

André Durocher croit que la firme a cherché à se venger pour une vieille querrelle. En 2003, Excavations Panthère s'était rendu en cour pour obtenir le paiement d'imprévus entraînés par une importante erreur de Dessau. Un ingénieur de la firme avait prévu qu'un chantier se déroulerait sur un terrain essentiellement constitué de sable, alors qu'il était constitué de roc. Cet imprévu avait fait gonflé la facture de plus de 1 million de dollars. Dessau aurait offert à Durocher de le repayer par d'autres contrats, mais il a refusé cet arrangement.

Un fabricant de tuyaux d'égouts viendra témoigner devant la commission Charbonneau. L'ancien directeur des travaux publics de Montréal, Robert Marcil, aurait insisté pour installer des conduites de cette compagnie, Ipex, malgré leur coût plus élevé.

Après le témoignage de l'entrepreneur André Durocher, la Commission entendra Michel Cadotte, directeur des ventes d'Ipex, qui a son siège dans Saint-Laurent, à Montréal. 

C'est l'ingénieur à la retraite Gilles Surprenant, lors de son témoignage du 24 octobre, qui a dit que son ancien patron, Robert Marcil, avait insisté pour utiliser des conduites particulières d'Ipex, TerraBrute, dans un chantier sous le boulevard Marcel-Laurin. Cette directive avait surpris Gilles Surprenant puisqu'elle allait faire augmenter les coûts des travaux. «Étant donné que c'est un tuyau plus complexe, avec des joints et toutes sortes de choses comme ça, le tuyau coûtait plus cher. Et au point de vue temps d'installation, c'était beaucoup plus cher», a relaté M. Surprenant.

Fait intéressant, M. Marcil a donné cette directive peu après que Gilles Surprenant eut rencontré Michel Cadotte, à la demande de ce dernier, qui voulait lui exposer un problème : «La firme Ipex avait commandé environ 10 000 m de tuyaux TerraBrute et ils pensaient que ces tuyaux allaient être posés dans nos contrats à la Ville de Montréal», a raconté M. Surprenant.

Or, la compagnie en avait vendu à peine le cinquième et se trouvait prise avec le reste. «Il était mal pris. Je ne dirais pas qu'il paniquait, sauf qu'il m'a demandé si je pouvais faire quelque chose.» Surprenant a dit à M. Cadotte qu'il ne pouvait l'aider.

Mais peu de temps après, Robert Marcil aurait exigé qu'on utilise finalement les conduites d'Ipex. Gilles Surprenant a indiqué que l'entrepreneur avait été dédommagé pour les coûts supplémentaires qu'entraînait l'utilisation de ces conduites.

Ipex chouchou des gouvernements

Fait à souligner, Ipex a fait l'objet de nombreuses annonces gouvernementales dans les dernières années. En décembre 2007, l'ancien ministre Jacques Dupuis, député de Saint-Laurent, avait annoncé une subvention de 112 000$ à Ipex pour la formation du personnel. Puis, en mai dernier, l'ancien ministre Laurent Lessard a choisi les locaux d'Ipex pour annoncer d'importants investissements partout au Québec dans les conduites d'eau et d'égout.

L'entreprise avait aussi reçu la visite du chef de l'Action démocratique en novembre 2008.

Au fédéral, le ministre Jean-Pierre Blackbrun avait convoqué la presse en juin 2009 pour remettre une subvention d'un million de dollars en crédits d'impôt pour la recherche et le développement en tuyauterie à Ipex.

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