Une culture de proximité qui dure «depuis des générations»

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Bruno Bisson
Bruno Bisson
La Presse

L'ingénieur à la retraite de la Ville de Montréal Luc Leclerc a fait étalage de son «expertise» dans la manipulation des données, qui lui a permis de gonfler les coûts de centaines de contrats de voirie et de toucher des pots-de-vin et des faveurs excédant 500 000$, entre 2000 et 2009.

Au deuxième jour de son témoignage devant la commission Charbonneau, jeudi, l'ex-gestionnaire de projets a affirmé qu'il «aurait été difficile» pour ses supérieurs de détecter les quantités de matériaux fictifs, les heures de travail jamais faites ou les mètres carrés de trottoirs qu'il ajoutait méticuleusement aux contrats qu'il gérait. L'ingénieur touchait en échange environ 25% des sommes qu'il parvenait à faire payer aux firmes de construction par son employeur, la Ville de Montréal.

Son «expertise» lui permettait de déterminer les «zones grises» dans chaque contrat, où ses délicates manipulations de données pouvaient passer inaperçues.

«Il faut être logique et constant», a-t-il expliqué hier. Par exemple, il ne poussait pas ces manoeuvres jusqu'à «inventer des choses» pour gonfler le coût de réalisation des contrats. «J'ai beau avoir une conscience élastique, l'élastique ne se rendait pas jusque-là.»

Culture d'entreprise

À son arrivée à la Ville de Montréal, en 1990, M. Leclerc a dit avoir été «estomaqué» de la proximité des rapports entre les entrepreneurs qui réalisaient des contrats et les fonctionnaires qui encadraient la réalisation des ouvrages.

Il a raconté une anecdote qui s'est déroulée peu avant Noël, moins de six mois après son arrivée. «On est en train de travailler à nos contrats, dans l'atelier, quand il y en a un qui dit à la gang: Venez-vous-en, mettez vos manteaux, on s'en va dehors.»

Devant la porte de l'immeuble les attendait une camionnette peinte aux couleurs d'une entreprise de construction. Dans la caisse du camion, des cadeaux pour tout le monde. Dans les semaines avant Noël, le manège se répétait tous les jours ou presque. Et même deux ou trois fois par jour.

«C'était la culture de l'entreprise, a dit M. Leclerc. Ça faisait des générations, je pense, que ça se faisait comme ça.»

Autojustification

Ce climat de copinage généralisé et les compressions faites dans le personnel de la division de la voirie, dans les années 90, ont encore accentué la proximité des entreprises et des professionnels de la Ville, a-t-il soutenu. Cela a créé le contexte favorable à l'éclosion des «cartels» d'entrepreneurs, à partir de la fin des années 90.

À maintes reprises, l'ingénieur a défendu la «logique» de son système, qui permettait parfois de réaliser plus rapidement des travaux de voirie encombrants, de clore un chantier malgré un léger dépassement de coûts injustifiable, en notant les pertes des entrepreneurs et en leur promettant une compensation future sur d'autres contrats.

Ces tentatives d'autojustification de l'ex-fonctionnaire corrompu ont même pris un tour loufoque, par moments: «Les citoyens en ont quand même profité parce qu'on offrait de bons services, malgré les 500 000$ que j'ai acceptés.»

«Pour les gens qui restent pris dans la circulation une journée de plus, ça ne fait peut-être pas de différence, mais pour une personne qui n'est pas capable d'accéder à son entrée de garage, deux ou trois jours de moins, ça, c'est important.»

«Et vos supérieurs ne se sont jamais doutés le moindrement de ce que pouviez faire au niveau des zones grises?», lui a demandé le commissaire Renaud Lachance.

«Ils n'ont jamais cherché à savoir, a dit l'ancien ingénieur. Je ne sais pas si j'ai été un magicien. Mais je ne pense pas avoir été très secret non plus. Je m'affichais, j'allais dîner, jouer au golf, je faisais des voyages avec des entrepreneurs, au vu et au su de tous.»

«Vous savez, a-t-il conclu, les entrepreneurs non plus n'étaient pas très discrets. J'ai du mal à imaginer que mes supérieurs n'étaient pas au courant de ce que je faisais.»

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