Le fils d'une victime qualifie Alexandre Bissonnette de «monstre»

Amir Belkacemi, dont le père a été abattu... (Photo Erick Labbé, Le Soleil)

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Amir Belkacemi, dont le père a été abattu par balles à la grande mosquée de Québec, fait partie de ceux qui ont défilé devant le juge François Huot de la Cour supérieure mercredi.

Photo Erick Labbé, Le Soleil

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Québec

Le 29 janvier 2017, Alexandre Bissonnette a tourné le dos à son humanité. Ces mots sombres ont été prononcés par Amir Belkacemi, dont le père a été abattu par balles à la grande mosquée de Québec.

« Il a détruit ce qu'il y avait à l'intérieur de lui, il a détruit sa propre humanité. »

Le jeune homme de 26 ans a qualifié le tireur de la mosquée de « monstre ».

« Je crois que les monstres n'ont pas leur place, entre nous, qui choisissons de chérir notre humanité », a dit Amir Belkacemi au juge, qui lui a demandé, comme aux autres personnes venues témoigner, s'il avait des commentaires à formuler sur la durée de la peine à imposer.

Son père, Khaled Belkacemi, professeur et chercheur en agroalimentaire à l'Université Laval, est mort ce soir-là.

Perdre un parent, on s'y attend un jour, a-t-il expliqué. Mais pas comme ça. Pas dans un contexte de violence et de haine.

Le jeune homme, sa soeur Megda et sa mère, font partie de ceux qui ont défilé mercredi devant le juge François Huot, de la Cour supérieure, expliquant comment la peur plane sur eux depuis.

Les mots « néant », « angoisse » et « douleur » marquent leurs témoignages.

Ils parlent de cauchemars, de vigilance permanente, de panique au moindre bruit, de difficulté à nouer des liens et de repas familiaux empreints de tristesse.

Megda Belkacemi, la plus âgée des orphelins de la tuerie, a témoigné d'une grande incompréhension devant les gestes posés par Alexandre Bissonnette.

Mille questions tournent encore sans cesse dans sa tête.

« Comment un homme qui a le même âge que moi, qui a grandi dans la même ville que moi, qui a un parcours si semblable au mien, quelqu'un que j'aurais pu connaître, qui fréquentait probablement les mêmes endroits que moi, comment cette personne a pu enlever la vie de mon père et de cinq autres pères de famille? », a-t-elle demandé.

Mme Belkacemi a raconté comment ses parents ont justement quitté l'Algérie pour fuir les attaques terroristes, mais que cette violence les a finalement rattrapés au Québec.

L'insouciante et enjouée jeune femme de 29 ans a fait place à une personne très angoissée, dit-elle.

« Alexandre Bissonnette avait si peur que sa famille soit attaquée. Finalement, c'est ma famille qui a été attaquée. »

Avec cette phrase, elle faisait référence à une déclaration faite par Bissonnette dans son interrogatoire policier, au lendemain de la tuerie. Il a dit au policier qu'il avait vu les attaques terroristes commises dans d'autres pays, et était convaincu que ces gens allaient venir tuer sa famille.

Questionnée à son tour sur la peine de prison qu'il devrait avoir, elle s'est dite perturbée par une déclaration de Bissonnette, faite à une intervenante sociale en prison: celle où il a dit qu'il regrettait de ne pas avoir tué plus de gens.

Elle se demande qui sera sa prochaine victime et contre qui sa colère sera dirigée.

Leur mère, Safia Hamoudi, a raconté l'atroce attente après la nouvelle de la fusillade et la tournée désespérée des hôpitaux.

« Ma vie n'a plus aucun sens. J'ai perdu toute joie de vivre. »

Elle dit craindre de remettre les pieds à la mosquée, « peur de subir le même sort que mon mari et de laisser mes trois enfants orphelins de père et de mère ».

De son mari Khaled, elle a dit qu'il était un homme chaleureux, bienveillant et pacifique. « J'ai beaucoup de difficulté à accepter qu'il soit mort par une arme à feu. »

Le juge intervient

Un homme qui était présent à la mosquée le soir de l'attaque a été le premier à regarder Bissonnette et à s'adresser directement à lui.

Le montrant de la main à plusieurs reprises, Ibrahim Bekkari Sbai a dit qu'il ne pouvait l'appeler un être humain. Bissonnette gardait la tête baissée et se frottait les yeux avec ses mains menottées.

Il a dit que le jeune homme avait manqué d'éducation, laissant entendre que son père avait une part de responsabilité.

Mais le juge Huot est rapidement intervenu et a calmement interrompu son témoignage.

Rien dans la preuve ne permet de montrer son père du doigt, a rappelé le magistrat.

Et puis, il avait 27 ans, a dit le juge. Il n'était pas un petit enfant. Il a eu son propre parcours.

Ses parents, a-t-il dit, sont des « victimes collatérales » qui, selon lui, « souffrent énormément de la situation ». Il faut faire attention de ne pas jeter le blâme, a ajouté le magistrat.

Bissonnette s'est alors mis à sangloter et sa tête s'est affaissée sur la balustrade. Le juge a ordonné une pause.

Plus tard, un témoin a noté que Bissonnette écoute tranquillement quand les proches des victimes témoignent de ceux qui sont morts, mais qu'il pleure quand on évoque ses parents.

Bissonnette a fait six morts le soir du 29 janvier 2017 et plusieurs blessés. Il a plaidé coupable à tous les chefs d'accusation déposés contre lui.

Les audiences qui se déroulent actuellement visent à déterminer la peine qui sera imposée au jeune homme de 28 ans.

Comme il a été déclaré coupable de meurtre au premier degré, il est automatiquement condamné à la prison à vie. Les représentations devant le juge Huot ont pour but de déterminer combien de temps il passera derrière les barreaux avant d'être admissible à la libération conditionnelle. Il pourrait être condamné à 150 ans.




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