Funérailles de trois victimes de la tuerie de Québec

Les funérailles d'Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi et Aboubaker... (Photo Paul Chiasson, La Presse Canadienne)

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Les funérailles d'Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi et Aboubaker Thabti sont célébrées aujourd'hui.

Photo Paul Chiasson, La Presse Canadienne

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Plus de 5000 personnes ont assisté jeudi à l'aréna Maurice-Richard aux funérailles d'Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi et Aboubaker Thabti, trois des six hommes tués dimanche au Centre culturel islamique de Québec. Des funérailles sobres, tournées vers le recueillement, l'introspection et la communion de Québécois en deuil, musulmans ou non. Toutefois, ce message martelé par tous les élus aux musulmans d'ici : «vous êtes des nôtres !»

Les gradins de l'aréna de l'est de Montréal, exceptionnellement transformé en salle funèbre, étaient presque remplis jeudi après-midi, tandis que le parterre était plein à craquer de citoyens venus rendre hommage à ces trois hommes happés par une haine innommable.

Les membres de la communauté musulmane composaient l'immense majorité des participants sur les lieux, même si on comptait de nombreux citoyens de toute origine dans l'aréna glacial. Au début du rite funèbre, au moins 2000 musulmans ont participé à une prière, dans un silence solennel, à l'opposé de la cérémonie ponctuée d'applaudissements et de cris enthousiasmes.

« Je veux redire aux Québécois de confession musulmane : sachez que vous êtes ici chez vous ! Que nous sommes tous Québécois et Québécoises ! », a lancé le premier ministre  Philippe Couillard, sous les applaudissements. Des «Allah Akbar!» et des «Vive le Québec!» spontanés ont alors été scandés par la foule en communion. « Vive le Québec tout le monde !», a ensuite renchéri le premier ministre. «Cette horreur, cette violence terrible, plus jamais, plus jamais chez nous ! », a-t-il conclu.

Philippe Couillard a fait une allusion évidente dans son discours aux dérapages racistes observés sur les réseaux sociaux et parfois, à la radio. «Encore une fois, une des leçons qui doit rester avec nous, les mots prononcés, les mots écrits aussi, ne sont pas anodins. C'est à nous de les formuler, à nous de les choisir, car ces mots peuvent unir, peuvent guérir, ou diviser, trancher, blesser. À nous de choisir, c'est notre responsabilité», a-t-il affirmé, sévère.

Dans un court discours sobre et optimiste, le premier ministre Justin Trudeau a assuré que le Canada se relèverait de «cette noirceur plus fort et plus uni que jamais» et a salué la solidarité des Canadiens «envers une communauté, dont la fierté, la force est inébranlable, malgré les atrocités qui l'ont si injustement affligée».

«Cet après-midi, c'est tout un pays qui se joint aux familles des victimes, pour célébrer la vie de ceux qui étaient des époux, des papas, des amis et des collègues», a ajouté le premier ministre, en soulignant le courage et les espoirs de Khaled Belkacemi, Karim Hassane et Aboubaker Thabti.

«Nous sommes tous des frères et soeurs ! Nous sommes tous en deuil!», a tonné le maire Denis Coderre dans son discours ponctué de phrases en arabe chaudement applaudi par la foule animée. Le maire a d'ailleurs lu d'emblée une sourate du Coran. «Nous sommes ici pour nous recueillir et prier pour nos frères martyrs victimes d'un acte terroriste, raciste, islamophobe. Nous sommes ici pour réaffirmer que c'est tout le Canada, tout le Québec qui souffre présentement. Ce n'est pas juste des membres de la communauté musulmane que nous avons perdu, ce sont des Québécois en part entière qui ont été lâchement assassinés ! », a puissamment dit Denis Coderre, presque en colère.

Le maire de Québec Régis Labeaume, plus posé qu'à l'habitude, s'est concentré dans son bref discours sur ces trois hommes qui avaient fait le choix d'habiter Québec. « C'était cependant sans imaginer que pourrait se produire l'impensable et qu'ils seraient fauchés, victimes de l'ignorance, des préjugés et de la peur, alors qu'ils étaient en prière à la mosquée», a affirmé le maire.

Le gouvernement devrait «lutter contre l'islamophobie, le racisme et les discours haineux», a soutenu dans son discours le président du Conseil des imams du Québec Saïd Fawaz. Ce dernier a déclaré que cette tuerie «démontr[ait] une certaine peur envers notre communauté». Or, selon lui, il ne faut pas pour autant «s'isoler et s'enfermer sur nous-mêmes, comme le fait notre voisin du Sud».

L'imam Mahdi Tarkawi a directement fait un lien entre la tuerie et l'influence des médias lors de sa prise de parole à la fin des funérailles, des propos qui ont été longuement applaudis par la foule. « Ce jeune qui a mon âge, qui à cause de certains discours haineux qu'il a entendus ici et là, par certains politiciens, certains médias de masse, certains médias individuels à travers les réseaux sociaux. À cause de ces messages qu'il a pu recevoir, un jeune homme a dégénéré, victime de ces paroles haineuses qui sont la simple traduction d'une méconnaissance de l'autre, d'une suspicion qui n'a aucun fondement», s'est enflammé le jeune imam.

Matasen Abuhammad avait fait le voyage depuis Ottawa ce matin avec une trentaine de membres de la communauté musulmane pour assister à la cérémonie. « Je suis venu d'Ottawa en solidarité avec la communauté. C'est un acte triste qui s'est passé à Québec », a déclaré à La Presse le jeune homme avant le début de la cérémonie.

« C'est très important d'être ici, il faut rendre hommage aux gens qui sont tombés dans cette fusillade inacceptable », a affirmé Abdou Elhlimi, alors qu'il faisait la file pour rentrer dans l'aréna. « Ça fait chaud au coeur de voir tout ce monde. Ça va nous rendre plus fort et renforcer notre place dans la communauté québécoise », a-t-il ajouté.

La Montréalaise Nouria Derkaoui tenait à être présente ce midi. « Ça nous touche. C'est arrivé à nous et ça pourrait arriver à d'autres Québécois. On est tous des Québécois, on cherche la paix. C'est vraiment triste ce qui s'est produit », a-t-elle soutenu.

Trois hommes, trois pères

Le premier ministre Justin Trudeau a rendu hommage à Khaled Belkacemi, Aboubaker Thabti et Abdelkrim [Karim] Hassan dans son discours. «Pour emprunter les mots de ses étudiants, Khaled Belkacemi était beaucoup plus qu'un enseignant, c'était un homme droit, qui avait à coeur la réussite de ses étudiants et le bien-être des siens. C'est quelque chose qu'il partageait avec Karim Hassane qui était venu s'installer au Québec pour donner une meilleure éducation à ses filles, un papa qui comme beaucoup de papas-poule, était prêt à tout faire pour donner à ses enfants un avenir meilleur», a-t-il déclaré.

«Aboubaker Thabti, pour sa part, parlait d'acheter une maison pour sa famille. C'était un homme pieux, un homme respecté et aimé de ceux qui ont la chance de le connaître. Le rêve de Khaled, de Karim et d'Aboubaker, c'est un rêve que les Canadiens d'un bout à l'autre de ce pays connaissent et partagent depuis des générations, celui de donner à nos enfants le meilleur du monde», a dit Justin Trudeau.

Abdelkrim Hassane, 41 ans, habitait à Québec depuis 2011 avec sa femme et ses trois jeunes filles, dont la plus jeune est âgée de 15 mois. Originaire de l'Algérie, cet ingénieur en informatique avait immigré au Québec pour la « paix et [la] sécurité », avait raconté à La Presse son frère. Il travaillait pour le gouvernement québécois.

Âgé de 60 ans, Khaled Belkacemi, était un professeur respecté de la Faculté des sciences de l'Agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval. Cet Algérien d'origine était spécialiste de l'effet du froid sur les aliments et enseignait le génie alimentaire. Il était père de deux enfants d'âge adulte.

Aboubaker Thabti était le père de deux jeunes enfants, un garçon de 11 ans et une fille de 3 ans. Ce technicien en pharmacie de 44 ans travaillait chez Exceldor et habitait à Québec depuis son départ de la Tunisie en 2011.

La cérémonie funèbre pour honorer les trois autres victimes de la tuerie de Québec se déroulera vendredi au Centre des congrès de Québec. Les dépouilles de Mamadou Tanou Barry, d'Ibrahima Barry et d'Azzeddine Soufiane y seront exposées.




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