Des auteurs de messages haineux dans le pétrin

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Les insultes et les menaces qui circulent sur l'internet à l'endroit de la communauté musulmane, à la suite de l'attentat de dimanche, risquent de causer de graves ennuis à leurs auteurs : des accusations criminelles ont été portées hier contre un père de famille de l'ouest de Montréal, tandis que des mesures disciplinaires seront sans doute imposées à une jeune femme de la Montérégie par son employeur.

Antonio Padula, un homme de 47 ans de Kirkland, a été arrêté mardi en fin de soirée à son domicile et accusé hier d'incitation à la haine et d'avoir proféré des menaces, à la suite de commentaires haineux à l'endroit des musulmans, tenus sur les réseaux sociaux et par message privé.

Depuis le centre de détention de Bordeaux, il a comparu en après-midi par visioconférence au palais de justice de Montréal et est demeuré détenu. « Je ne serais pas capable de passer une nuit ici », a-t-il dit au juge, qui l'a envoyé à l'Urgence psychosociale. Son enquête sur remise en liberté aura lieu aujourd'hui.

L'accusé est consultant en ressources humaines, à son propre compte.

Des policiers de la Sûreté du Québec, qui effectuaient une surveillance des médias sociaux, ont signalé les propos tenus par l'individu au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a pu le retracer.

Au cours d'une perquisition menée à son domicile, les enquêteurs ont saisi du matériel informatique et un téléphone cellulaire.

MESURES DISCIPLINAIRES OU CONGÉDIEMENT

Samanta Bélair, de Valleyfield, pourrait de son côté se voir imposer des mesures disciplinaires par son employeur, après un commentaire sur la page Facebook d'une station de télévision.

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Samanta Bélair, de Valleyfield, pourrait se voir imposer des mesures disciplinaires par son employeur, après un commentaire sur la page Facebook d'une station de télévision.

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Dimanche soir, elle y félicitait l'auteur de la tuerie de Sainte-Foy, tout en se disant déçue qu'il n'y ait pas plus de victimes.

Un internaute a interpellé l'employeur de la jeune femme, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest. 

« Dans une telle situation, nous faisons une enquête interne et des mesures disciplinaires, qui peuvent aller jusqu'au congédiement, sont imposées si nécessaire », dit Jade St-Jean, porte-parole de l'organisme, sans commenter précisément le cas de cette employée.

Mme St-Jean confirme que Samanta Bélair travaille bien pour le CSSS, mais dans un poste où elle n'est pas en contact avec le public. « Nous n'endossons évidemment pas de tels propos, qui sont contraires aux valeurs de notre organisation », précise-t-elle.

La Presse a tenté de contacter Mme Bélair pour obtenir sa version des faits, mais après avoir expliqué les raisons de notre appel à un proche, joint à son domicile, nos appels subséquents sont demeurés sans réponse.

Le profil de Samanta Bélair est disparu du réseau Facebook et le commentaire litigieux a été effacé, mais des internautes en avaient fait des copies, qui ont largement circulé dans plusieurs réseaux.

D'autres internautes ont tenté de dénoncer les propos violents d'un homme de Trois-Rivières, qui s'est réjoui de l'attentat à la mosquée de Québec dans un message envoyé sur la page Facebook Les musulmans du Québec. L'homme disait travailler pour Acier Sélect.

« Il ne travaille plus ici depuis 2008 », a cependant répondu l'un des associés à la tête de l'entreprise, Francis Benjamin. « Quatre ou cinq personnes m'ont contactées au sujet de ce message, et j'ai tenté de contacter cet ancien employé pour qu'il enlève notre nom de sa page, parce qu'on n'est pas d'accord avec ces propos, et ce n'est pas très bon pour notre image. »

Si cet homme avait été encore son employé, M. Benjamin affirme qu'il n'aurait pas hésité à le congédier.

DÉNONCIATIONS EN HAUSSE

Les corps policiers signalent une augmentation des signalements pour des messages haineux sur l'internet depuis l'attentat de dimanche. Au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), on en a reçu 14 en moins de 48 heures.

«À 99 %, ça se passe sur les réseaux sociaux. Le problème, c'est la difficulté à identifier les gens qui font ces commentaires, parce qu'il s'agit souvent de faux comptes, et ils peuvent utiliser des adresses IP à l'extérieur, pour brouiller les pistes.»

Carolyn Castonguay,
commandante

En 2016, 137 crimes haineux ont été signalés au SPVM, une hausse de 20 % comparativement à 2015. Les victimes de ces crimes ont principalement été attaquées en raison de leur religion (55 cas) et de leur race ou origine ethnique (53). Sur les 137 évènements répertoriés par le SPVM, 56 ont mené à des accusations criminelles.

Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence a de son côté reçu 24 appels depuis l'attentat de dimanche soir. Du nombre, quatre cas ont été transmis à la police, en raison de la gravité des faits avancés, a indiqué hier matin le directeur, Herman Deparice Okomba, en présentant un bilan des activités du centre.

Il rapporte qu'on dénombre présentement de 20 à 25 groupes d'extrême droite au Québec, qui compteraient entre 15 et 25 membres pour les plus petits et jusqu'à une centaine pour les plus grands.

La Belle Province n'a pas le monopole, puisqu'on en recense de 60 à 75 dans le reste du Canada, selon des chercheurs canadiens cités par le Centre de prévention de la radicalisation. Ces groupes compteraient toutefois moins de membres, la majorité en comptant moins d'une quinzaine de membres.

- Avec Pierre-André Normandin et Daniel Renaud, La Presse




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