«Je n'ai jamais vu de mal ici», dit un blessé dans l'attentat à la mosquée

C'est ce qu'on appelle un vrai gars de Québec. Ni le terrorisme, ni la balle... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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C'est ce qu'on appelle un vrai gars de Québec. Ni le terrorisme, ni la balle qui lui a transpercé la cuisse, ni, du reste, le froid glacial qui pesait sur la Vieille Capitale, cette semaine, n'ont diminué l'amour que Mohamed Khabar porte à sa ville. « Je n'ai jamais vu de mal ici », lance-t-il, en esquissant un sourire dans son lit d'hôpital.

Mohamed Khabar, ancien barbier à Casablanca, s'est installé à... (Photo tirée de Facebook) - image 1.0

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Mohamed Khabar, ancien barbier à Casablanca, s'est installé à Québec il y a environ sept ans et s'est bâti une clientèle assidue. Il était à la mosquée lorsque les tirs ont commencé à retentir et a reçu une balle dans la cuisse. Trois jours après le drame, il s'estime chanceux de ne pas être plus gravement blessé.

Photo tirée de Facebook

« J'aime Québec, j'adore Québec », insiste le quadragénaire d'origine marocaine, allongé au service des soins intensifs de l'hôpital Enfant-Jésus depuis l'attentat de dimanche.

Le père de famille et barbier de profession a accepté de rencontrer La Presse, hier, pour raconter comment il a vécu l'attentat au Centre culturel islamique de Québec. Au bout du corridor, tout près, deux autres blessés graves de l'attentat gisaient, inconscients. Des parents et amis inquiets se relayaient à leur chevet.

UNE MASSE PANIQUÉE

Mohamed Khabar peut lui-même s'estimer chanceux de ne pas être plus gravement blessé. Le propriétaire du salon de barbier Les Amis était à la mosquée, près de son commerce, lorsque les tirs ont commencé à retentir.

Il n'a pas bien vu le visage du tireur, en raison de la distance. Ce qu'il voyait surtout, c'était une masse paniquée de fidèles, certains rivés à leur téléphone pour appeler de l'aide, d'autres qui couraient pour se mettre à l'abri. Et l'un d'eux, qui s'est élancé vers le terroriste avant de s'effondrer, atteint mortellement.

« Ensuite, moi, j'ai voulu faire quelque chose, mais j'ai eu une balle dans la jambe. Je ne réalisais même pas que j'étais blessé, c'est juste après que j'ai vu le sang couler », raconte Mohamed Khabar.

Lorsqu'il s'est rendu compte qu'il était touché, il a essayé de se cacher dans un coin avec d'autres fidèles. « On était cachés. Tu te dis : "Ça y est, il va tous nous tuer." »

«Tu n'as rien pour te défendre. Tu penses à ta femme, tu penses au Maroc, tu penses à ta famille. Je pense qu'il a manqué de balles, sinon il nous tuait.»

Mohamed Khabar

En parlant, il remonte sa chemise d'hôpital pour montrer le pansement sur sa cuisse. Le docteur lui a dit qu'il avait de la chance, car le projectile a poursuivi sa trajectoire et est sorti de sa cuisse sans toucher d'os. Le même projectile, ou un autre, l'a aussi blessé au gros orteil. Lorsqu'une infirmière tente de déplacer sa jambe, Mohamed Khabar grimace de douleur. Sa respiration s'accélère.

Il dit qu'il n'aurait jamais cru être attaqué à la mosquée, dans « la maison de Dieu », où les gens réunis « ne font de mal à personne ».

LA HAINE

Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à commettre un tel massacre ? « C'est la haine, la haine, dit-il. Parfois, les gens vont lire des choses dans les médias et croire n'importe quoi. Mais Dieu nous a donné la morale, pour réfléchir, pour ne pas croire n'importe quoi », dit-il en se tapotant la tempe avec son index.

Il baisse les yeux, lorsqu'il parle des morts de l'attentat. « C'est très triste. »

Autour de lui, dans sa chambre d'hôpital, les fleurs, chocolats et autres gâteries témoignent du soutien qu'il a reçu, notamment de collègues et clients. Ancien barbier à Casablanca, il s'est installé ici il y a environ sept ans et s'est bâti une clientèle assidue, pas seulement dans la communauté musulmane.

Il a aussi trouvé l'amour et est devenu père pour la première fois, en novembre dernier.

Très satisfait des soins médicaux qu'il a reçus depuis dimanche, il a tout de même une demande, une seule, à adresser aux autorités québécoises, dans la foulée de l'attentat.

« On voudrait juste être mieux protégés », lance-t-il timidement, avant qu'un préposé ne l'emmène pour une radiographie.




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